lundi 25 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2201209 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | MAHJOUB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 janvier 2022 et le 16 mai 2022, M. B C, représenté par Me Mahjoub, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 22 octobre 2021 des autorités consulaires françaises à Tunis refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié ;
2°) d'enjoindre aux autorités consulaires françaises, à titre principal, de lui délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande de visa ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son dossier de demande de visa était complet ;
- il ne lui a pas été demandé de fournir des pièces ou des informations complémentaires à l'appui de sa demande de visa ;
- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 5221-1 et suivants du code du travail ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de l'adéquation entre, d'une part, son expérience et ses compétences professionnelles, d'autre part, l'emploi envisagé ; en outre, il n'a aucune intention de détourner l'objet du visa sollicité ;
- la commission de recours n'a pas retenu le même motif que la décision consulaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant tunisien, né le 21 avril 1985, a présenté une demande de visa de long séjour en qualité de travailleur salarié auprès des autorités consulaires françaises à Tunis en se prévalant d'un contrat de travail signé avec la société Alliance Com. Par une décision du 22 octobre 2021, ces autorités ont refusé de délivrer le visa sollicité. Par une décision du 22 décembre 2021, dont M. C demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
2. Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen)/ () 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une ". Aux termes de l'article L. 312-2 du même code : " () Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour () ". Enfin, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".
3. La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'un contrat de travail visé par le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) ou d'une autorisation de travail, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général. Constitue un tel motif l'inadéquation entre l'expérience professionnelle et l'emploi sollicité et, par suite, le détournement de la procédure de visa à des fins migratoires.
4. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée par M. C, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'intéressé, diplômé en marketing, qui soutient être technicien de réseaux câblés de communication en fibre optique et qui n'a produit que deux bulletins de salaire correspondant à cet emploi pour les mois de février et mars 2018, ne justifie pas de manière probante des qualifications ou de l'expérience professionnelle requises pour l'emploi auquel il postule. La commission de recours a ainsi estimé, alors que son épouse a obtenu un visa le 10 novembre 2021, qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa, son contrat de travail n'ayant été conclu que dans le but de faciliter son établissement en France.
5. Il ressort de pièces du dossier que M. C a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour afin de travailler en qualité de " technicien d'installation de réseaux câblés de communication ", dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, à temps complet, conclu avec la société Alliance Com localisée à Ivry-sur-Seine. Pour justifier de l'adéquation entre, d'une part, ses qualifications et son expérience professionnelles, d'autre part, l'emploi auquel il postule, le requérant produit une attestation, délivrée le 4 septembre 2016 par un centre de formation professionnelle agréé par l'Etat tunisien, qui mentionne qu'il a suivi une formation de " technicien en installation de télécommunications ". Il verse également aux débats un certificat délivré le 23 juin 2021 par la directrice d'un institut de formation tunisien attestant qu'il a validé " une session de certification " en fibre optique. Par ailleurs, M. C justifie avoir effectué en novembre 2016 un stage en qualité de " technicien de fibre optique " au sein d'une entreprise tunisienne. Il démontre également, en produisant deux attestations d'employeurs et des bulletins de salaires, avoir occupé des emplois de technicien en réseaux au sein du département informatique de sociétés tunisiennes sur la période allant du 1er janvier 2017 au 31 mars 2018 et à compter du 5 juillet 2021. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que M. C est détenteur d'un diplôme en marketing, cette circonstance ne saurait remettre en cause l'adéquation entre ses compétences, son expérience professionnelle et l'emploi envisagé. Si le ministre relève également que les documents versés aux débats ont été établis au nom de " M. B C ", nom et prénom qui diffèrent du passeport produit à l'appui de la demande de visa, il reconnaît que ce passeport comportait des erreurs matérielles qui ont été rectifiées par les autorités tunisiennes. Si le ministre fait également valoir que l'entreprise dans laquelle travaille M. C depuis le 5 juillet 2021 est spécialisée dans la fabrication d'accessoires et de chaussures, les pièces produites permettent d'établir que l'intéressé exerce au sein de cette société les fonctions de technicien en réseaux et que ce poste est rattaché à son département informatique. Par ailleurs, si le ministre soutient que les attestations de formation produites par M. C sont " douteuses ", il n'apporte aucun élément permettant d'établir leur caractère frauduleux. Si le même ministre souligne que le requérant ne justifie d'aucune activité professionnelle sur la période allant d'avril 2018 à juin 2021, cette circonstance n'est pas de nature à démontrer qu'il ne disposerait pas des compétences et de l'expérience professionnelle requises pour occuper l'emploi proposé par la société Alliance Com. Enfin, si la commission de recours a relevé que l'épouse de M. C a obtenu le 10 novembre 2021 la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour, à entrées multiples, valable jusqu'au 8 mai 2022, cette circonstance ne suffit pas à établir qu'il existerait un risque de détournement de l'objet du visa sollicité par le requérant à des fins migratoires. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant, pour le motif exposé au point précédent, de délivrer à M. C un visa de long séjour.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de la présentation d'une autorisation de travail en cours de validité, qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France du 22 décembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à M. C un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Sarda, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.
Le rapporteur,
M. A
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
J. HUMANN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2201209
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026