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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201210

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201210

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantMORDANT FILIOR SERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2022, M. A C, représenté par Me Odin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 17 août 2021 des autorités consulaires françaises à Casablanca refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiant, ainsi que celle des autorités consulaires ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de deux jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision des autorités consulaires françaises et la décision de la commission de recours sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 312-2 et R. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, d'une part, il justifie de ressources suffisantes pour financer les frais liés à séjour en France, d'autre part, son projet d'études présente un caractère cohérent et sérieux et, enfin, il n'a pas l'intention de détourner l'objet du visa sollicité pour études ;

- la circonstance que la date de rentrée tardive des cours à la " Sports études academy " du Mesnil Saint-Denis soit dépassée ne prive pas d'objet sa demande de visa.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendus au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain, né le 15 avril 2003, a présenté une demande de visa de long séjour en qualité d'étudiant auprès des autorités consulaires françaises à Casablanca. Par une décision du 17 août 2021, ces autorités ont refusé de délivrer le visa sollicité. Par une décision du 17 novembre 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. M. C demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision des autorités consulaires françaises :

2. L'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision du 17 novembre 2021 de cette commission s'est substituée à la décision du 17 août 2021 des autorités consulaires françaises à Casablanca. Il en résulte, d'une part, que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours, d'autre part, que les moyens soulevés à l'encontre de la décision consulaire doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. En premier lieu, la décision attaquée se réfère aux articles L. 311-1 et L. 312-2 et L. 422-1 à L. 422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que, pour refuser de délivrer à M. C le visa sollicité, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, la date de rentrée tardive des cours à la " Sports études academy " étant dépassée, sa demande de visa pour études, formée à cette seule fin, est devenue sans objet, d'autre part, ses parents ainsi que l'une de ses tantes qui se sont engagées à le prendre en charge financièrement n'ont pas justifié, compte tenu notamment de leurs charges familiales et locatives, de moyens financiers et matériels suffisants pour assumer cet engagement et, enfin, compte tenu de la situation personnelle du demandeur, âgé de 18 ans, célibataire, dont une tante réside en France, et en l'absence d'éléments convaincants susceptibles d'assurer des garanties de retour suffisantes, il existe un risque de détournement de l'objet du visa, sollicité pour études, à d'autres fins. Dès lors, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision de la commission de recours mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la motivation de la décision contestée, que la situation du demandeur de visa n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour. () ". Aux termes de l'article R. 312-2 du même code : " () Les autorités diplomatiques et consulaires sont tenues de statuer sur les demandes de visa de long séjour formées par les conjoints de Français et les étudiants dans les meilleurs délais ". Lorsque la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est saisie d'un recours dirigé contre une décision consulaire refusant un visa de long séjour en qualité d'étudiant, elle peut fonder sa décision de refus sur l'insuffisance des ressources de l'intéressé. Elle peut, en outre, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont elle dispose, fonder sa décision sur tout motif d'ordre public ou toute considération d'intérêt général, tirée notamment du défaut de caractère cohérent et sérieux des études envisagées ou du risque que l'intéressé entende, sous couvert de sa demande de visa, mener à bien un projet d'installation d'une autre nature sur le territoire national.

5. M. C s'est inscrit, au titre de l'année académique 2021-2022, en classe de terminale générale, section football, au sein de la " Sports études academy " localisée au Mesnil Saint Denis. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été inscrit dans un établissement marocain, au titre de l'année scolaire 2020-2021, en première année de " baccalauréat, sciences expérimentales, option français ". Si M. C soutient que son projet d'études est " solide ", il ne produit aucun élément permettant d'apprécier la qualité de son parcours scolaire. En outre, il ne justifie pas de la cohérence entre son parcours antérieur et les études envisagées. Par ailleurs, et alors que l'intéressé a sollicité au mois de juillet 2021 la délivrance d'un visa de long séjour pour suivre en France une formation au sein d'une école de kinésithérapie, il n'apporte aucune précision sur son projet professionnel. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation en se fondant, pour refuser de délivrer à M. C un visa de long séjour, sur le défaut de caractère cohérent et sérieux des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études. Il résulte de l'instruction que la commission de recours aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

6. En dernier lieu, si M. C soutient qu'il justifie des conditions de son séjour en France et que sa demande de visa n'a pas perdu son objet, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif retenu au point précédent.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Sarda, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

Le rapporteur,

M. B

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2201210

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