lundi 25 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2201213 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | SERHANE |
Vu la procédure suivante :
I, Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 janvier 2022 et le 2 février 2022 sous le numéro 2201213, Mme A D, agissant en son nom et en tant que représentant légale de Chahinez C, représentée par Me Serhane, demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 15 août 2021 des autorités consulaires françaises à Oran refusant de délivrer à Chahinez C un visa d'établissement, ainsi que celle des autorités consulaires.
Elle soutient que :
- la décision des autorités consulaires françaises est entachée d'un défaut de motivation ;
- l'administration n'a pas demandé à Chahinez C de compléter son dossier de demande de visa et n'a pas sollicité la production de pièces complémentaires ;
- la décision des autorités consulaires françaises et la décision de la commission de recours sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors que la demandeuse de visa justifie des conditions de son séjour en France et qu'il a été produit une autorisation de voyage ainsi qu'une autorisation signée par l'autre parent qui demeure sur le territoire français ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la décision des autorités consulaires sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
II, Par une requête, enregistrée le 2 février 2022 sous le numéro 2201496, Mme A D, agissant en son nom et en tant que représentant légale de Nourhene C, représentée par Me Serhane, demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 15 août 2021 des autorités consulaires françaises à Oran refusant de délivrer à Nourhene C un visa d'établissement, ainsi que celle des autorités consulaires.
Elle soutient que :
- la décision des autorités consulaires françaises est entachée d'un défaut de motivation ;
- l'administration n'a pas demandé à Nourhene C de compléter son dossier de demande de visa et n'a pas sollicité la production de pièces complémentaires ;
- la décision des autorités consulaires françaises et la décision de la commission de recours sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors que la demandeuse de visa justifie des conditions de son séjour en France et qu'il a été produit une autorisation de voyage ainsi qu'une autorisation signée par l'autre parent qui demeure sur le territoire français ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la décision des autorités consulaires sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, ressortissante algérienne, née le 18 septembre 1987, réside en France sous couvert d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 9 septembre 2030. Par des décisions du 15 août 2021, les autorités consulaires françaises à Oran ont refusé de délivrer à ses filles, E C et F C, nées respectivement le 3 septembre 2011 et le 5 février 2015, un visa d'établissement. Par une décision implicite née le 14 décembre 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires. Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision de la commission de recours ainsi que celles des autorités consulaires.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2201213 et 2201496 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions des autorités consulaires françaises :
3. L'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite née le 14 décembre 2021 de cette commission s'est substituée aux décisions du 15 août 2021 des autorités consulaires françaises à Oran. Il en résulte, ainsi que le fait valoir le ministre de l'intérieur, que les conclusions de la requête dirigées contre ces décisions consulaires sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
4. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour rejeter les demandes de visas d'établissement présentées par Chahinez C et Nourhene C, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, Mme D, leur mère, n'a pas initié de procédure de regroupement familial en leur faveur, d'autre part, les demandeuses de visa ne remplissent pas les conditions pour obtenir la délivrance de visas portant la mention " visiteur ", enfin, il n'est pas établi que le père des enfants aurait donné son autorisation pour qu'ils rejoignent leur mère sur le territoire français.
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ait demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de la commission de recours. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation, à le supposer soulevé à l'encontre de cette décision implicite, est inopérant et doit, dès lors, être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. () ". Les dispositions précitées n'imposent pas à l'administration d'inviter spontanément un demandeur de visa à produire des pièces de nature à justifier l'objet de sa demande. En outre, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée précédemment rappelée que la commission de recours a fondé sa décision sur le caractère incomplet des demandes de visas. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait dû l'informer du caractère incomplet des demandes de visa ou inviter les demandeuses à produire des informations ou des pièces complémentaires.
7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° () des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs, d'une part, à l'objet et aux conditions de son séjour et, d'autre part, s'il y a lieu, à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement () ". Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois () peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial () par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". En vertu de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente () ".
8. D'autre part, en l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où le visa peut être refusé à un étranger désirant se rendre en France, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises disposent d'un large pouvoir d'appréciation à cet égard, et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public, mais sur tout considération d'intérêt général. Il en va notamment ainsi des visas sollicités en vue de bénéficier du certificat de résidence portant la mention " visiteur " prévu par le a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.
9. La requérante, qui réside en France sous couvert d'un certificat de résidence algérien valable du 10 septembre 2020 au 9 septembre 2030 ne conteste pas le premier motif de la décision attaquée tiré de ce qu'elle n'a pas initié de procédure de regroupement familial au bénéfice de Chahinez C et Nourhene C. Dès lors, ces dernières ne peuvent prétendre à la délivrance d'un visa d'établissement au titre du regroupement familial. Par ailleurs, en se bornant à produire trois bulletins de salaires, attestant que son époux a effectué des missions d'intérim sur la période allant du 1er mai 2021 au 30 juillet 2021, la requérante ne démontre pas que son foyer disposerait de ressources suffisantes pour financer les frais liés au séjour de ses deux filles sur le territoire français. Dès lors, Chahinez C et Nourhene C ne peuvent prétendre à la délivrance d'un visa d'établissement portant la mention " visiteur ". Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant, pour les deux premiers motifs exposés au point 4, de délivrer les visas sollicités. Il résulte de l'instruction que la commission de recours aurait pris la même décision en se fondant sur ces deux seuls motifs.
10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les demandeuses de visas seraient isolées en Algérie. En outre, il n'est pas établi ni même allégué que les membres de leur famille qui résident en France seraient dans l'impossibilité de leur rendre visite dans leur pays de résidence. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2201213 et n°2201496 de Mme D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Sarda, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.
Le rapporteur,
M. B
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
J. HUMANN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2201213, 2201496
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026