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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201216

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201216

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201216
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantGEORGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2022, Mme E B, agissant en son nom et en qualité de représentante légale de F B, et M. C F D, représentés par Me Georges, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 29 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions du 5 août 2021 des autorités consulaires françaises à Conakry refusant de délivrer à M. C F D, Amadou D et Mamadou D un visa de long séjour en qualité de membres de famille de réfugiée, ainsi que celles des autorités consulaires ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités.

Ils soutiennent que :

- les décisions des autorités consulaires françaises sont entachées d'un défaut de motivation ;

- les décisions des autorités consulaires françaises et la décision de la commission de recours méconnaissent les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard des actes d'état civil produits ;

- elles ont été prises en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, ressortissante guinéenne, née le 20 novembre 1990, réside en France sous couvert d'un titre de séjour qui lui a été délivré par la préfecture de la Gironde en qualité de mère de la jeune F B, née le 2 septembre 2019, qui a obtenu le statut de réfugiée. M. C F D, qu'elle présente comme son concubin, Amadou D et Mamadou D, nés respectivement le 12 août 2008 et le 28 septembre 2010, qu'elle présente comme ses enfants, ont déposé des demandes de visas de long séjour, auprès des autorités consulaires françaises à Conakry, en qualité de membres de famille de réfugiée. Par des décisions du 5 août 2021, ces autorités ont refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision implicite née le 29 novembre 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires. Mme B et M. D demandent au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions des autorités consulaires françaises :

2. L'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite née le 29 novembre 2021 de cette commission s'est substituée aux décisions du 5 août 2021 des autorités consulaires françaises à Conakry. Il en résulte, d'une part, que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours, d'autre part, que les moyens soulevés à l'encontre de ces décisions consulaires doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants aient demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de la commission de recours. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation, à le supposer soulevé à l'encontre de cette décision implicite, est inopérant et doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

6. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour rejeter le recours formé pour M. C F D, Amadou D et Mamadou D, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que les documents d'état civil produits à l'appui de leurs demandes de visas présentent un caractère frauduleux.

En ce qui concerne M. C F D :

7. Les requérants produisent, pour justifier de l'identité du demandeur de visa, le volet n°1 d'un acte de naissance n°0480/137, dressé le 15 janvier 1980 par un officier d'état civil de la commune de Conakry-Ratoma, qui mentionne que M. C F D est né le 1er janvier 1980 à Siguiri. A également été produit à l'appui de la demande de visa le passeport de M. C F D.

8. Toutefois, il ressort d'une note du ministre guinéen de l'administration du territoire et de la décentralisation du 19 mai 2014, produite en défense par le ministre de l'intérieur, que, dans le cadre de la mise en œuvre des passeports biométriques, un numéro d'identification national unique a été élaboré, lequel est composé de quinze chiffes dont les 11ème, 12ème et 13ème chiffres, doivent correspondre à ceux portés sur l'acte de naissance présenté à l'appui de la demande du document de voyage. Cette note précise que " ce numéro d'identification unique est conçu en fonction des actes de naissance fournis par les demandeurs du passeport biométrique qui est le document de voyage par excellence en guinée. Ces actes doivent être authentifiés par la Division des affaires administratives et juridiques de la Direction Nationale de l'Etat Civil, responsable de la gestion de ce numéro auprès de la police de l'air et des frontières au Ministère de la Sécurité el de la Protection Civile " et que " le numéro de l'extrait de naissance doit être conforme à celui du numéro d'identification unique, élément clé du passeport c'est- à-dire le onzième, le douzième et le treizième chiffre ".

9. En l'espèce, le passeport de M. C F D, qui dispose d'un numéro d'identification unique, a été délivré le 17 janvier 2018 soit postérieurement à l'établissement de l'acte de naissance n°0480/137. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, sur ce passeport, sont portés aux 11ème, 12ème et 13ème rang, les chiffres " 020 ", qui ne correspondent pas aux numéros de l'acte de naissance n°0480/137. Il suit de là, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, que le passeport de M. C F D a été délivré au vu d'actes d'état civil autres que ceux présentés à l'appui de la demande de visa de long séjour. Ainsi, l'acte de naissance produit dans le cadre de cette demande de visa doit être regardé comme dénué de toute force probante. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation en refusant, pour le motif exposé au point 6, de lui délivrer le visa sollicité.

En ce qui concerne Amadou D et Mamadou D :

10. Les requérants produisent, pour justifier de l'identité des demandeurs de visa, des jugements supplétifs n°5110 et n°5108, rendus le 11 août 2020 par le tribunal de première instance de Conakry III- Mafanco, qui mentionnent qu'Amadou D et Mamadou D sont nés respectivement le 12 août 2008 et le 28 septembre 2010 à Conakry et qui font état de leur lien de filiation avec Mme E B et M. C F D. Ils produisent également les actes de naissance n°9143 et n°9145 établis le 6 novembre 2020 en transcription de ces jugements. Ont également été fournis à l'appui des demandes de visas les passeports de Amadou D et Mamadou D.

11. Toutefois, ces passeports, qui disposent d'un numéro d'identification unique, ont été délivrés le 16 et le 22 décembre 2020 soit postérieurement à l'intervention des jugements supplétifs n°5110 et n°5108 et de leur transcription sous les actes de naissance n°9143 et n°9145. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, sur ces passeports, sont portés aux 11ème, 12ème et 13ème rang, les chiffres " 233 " et " 891 ", qui ne correspondent pas aux trois derniers numéros des actes de naissance n°9143 et n°9145. Il suit de là, eu égard à ce qui a été dit au point 8, que les passeports d'Amadou D et de Mamadou D ont été délivrés au vu d'actes d'état civil autres que ceux présentés à l'appui des demandes de visas de long séjour. Ainsi, les actes d'état civil produits dans le cadre de ces demandes de visas doivent être regardés comme dénués de toute force probante. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation en refusant, pour le motif exposé au point 6, de délivrer les visas sollicités.

12. En dernier lieu, faute d'établissement de l'identité des demandeurs de visas, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B et M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B et M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à M. C F D, à Me Georges et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Sarda, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

Le rapporteur,

M. A

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2201216

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