lundi 25 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2201242 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | CHELLY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 janvier 2022 et le 17 mai 2022, M. A B, représenté par Me Chelly, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 22 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 26 octobre 2021 du consul général de France à Tunis refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire de procéder à un nouvel examen de la demande de visa dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus consulaire est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;
- la décision de la commission de recours est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;
- cette décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'aucune information complémentaire ne lui a été demandée, en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation, au regard de l'autorisation de travail qui lui a été délivrée, de son expérience et de ses qualifications professionnelles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2022 le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Chelly, avocat de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 27 février 1982, a présenté une demande de visa de long séjour en qualité de travailleur salarié auprès des autorités consulaires françaises à Tunis en se prévalant d'une autorisation de travail en tant que technicien d'installation de réseaux câblés de communication en fibre optique au sein de l'entreprise " In Service Telecom " située à Chatelaudren (Côtes d'Armor). Par une décision du 26 octobre 2021, ces autorités ont refusé de délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite née le 22 janvier 2022, dont M. B demande au tribunal l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
2. En premier lieu, l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite du 6 octobre 2021 de cette commission s'est substituée à la décision du 14 juin 2021 des autorités consulaires françaises à Luanda. Il en résulte que le moyen tiré d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de la décision consulaire doit être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ". Contrairement à ce qu'indique le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que celui-ci aurait demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. En particulier le courrier du 13 janvier 2021 du conseil de M. B intitulé " conclusions récapitulatives par devant la CRRV Article D. 211-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " ne saurait être regardé comme une telle demande de communication de motifs de la décision attaquée intervenue le 22 janvier suivant. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite attaquée doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de visa n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux. Ce moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen)/ () 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une ". Aux termes de l'article L. 312-2 du même code : " () Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour () ". Enfin, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".
5. La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'un contrat de travail visé par le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) ou d'une autorisation de travail, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général. Constitue un tel motif l'inadéquation entre l'expérience professionnelle et l'emploi sollicité et, par suite, le détournement de la procédure de visa à des fins migratoires.
6. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée par M B, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que l'adéquation entre ses compétences et l'emploi auquel il postule n'est pas démontrée, de sorte qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa.
7. Il ressort de pièces du dossier que M. B a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour afin de travailler en qualité d'agent technique en télécommunication courants faibles. Pour justifier de son expérience et de ses qualifications, le requérant produit un diplôme de formation délivré par le Collège LaSalle à Tunis ainsi qu'une attestation de stage effectuée auprès de la société Jaafar Service à Sousse du 5 octobre 2019 au 5 janvier 2020, qui présente une erreur grossière. Par ailleurs, il ne ressort d'aucun élément du dossier que ces qualifications seraient suffisantes pour exercer l'emploi sollicité. En outre, si le requérant produit une attestation de travail au sein de cette société Jaafar Service du 5 janvier 2020 au 30 septembre 2021, les seuls éléments produits, tenant à un relevé de carrière de la caisse nationale de sécurité sociale du 8 janvier 2022 et des bulletins de salaires d'avril à juin 2021, ne suffisent pas établir la réalité de l'exercice effectif de cette activité sur cette période. Enfin, alors que le curriculum vitae produit par M. B fait mention de plusieurs emplois en qualité d'électricien de 2014 à 2019, ces activités ne sont pas cohérentes avec les mentions du relevé de salaires de la caisse nationale de sécurité sociale tunisienne qui font apparaître que ce dernier cotisait en tant qu'ouvrier agricole de 2009 à 2019. Dans ces conditions, quand bien même M. B dispose d'un contrat de travail visé par la DIRECCTE, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité au motif tiré de l'inadéquation entre ses compétences professionnelles et l'emploi sollicité, induisant un risque de détournement de la procédure de visa à des fins migratoires.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. () ". Les dispositions précitées n'imposent pas à l'administration d'inviter spontanément un demandeur de visa à produire des pièces de nature à justifier l'objet de sa demande. En outre, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée précédemment rappelée au point 6 que la commission de recours a fondé sa décision sur le caractère incomplet de la demande de visa. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait dû l'inviter à produire des informations supplémentaires pour justifier de ses qualifications et de son expérience professionnelle.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Sarda, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.
La rapporteure,
S. C
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
J. HUMANN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°220124
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026