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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201266

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201266

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantJEANNETEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2022, Mme B A, représentée par Me Jeanneteau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiante " dans un délai d'un mois ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour portant la mention " étudiant en recherche d'emploi ", dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle démontre le caractère réel et sérieux de ses études ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour les prive de base légale.

Une mise en demeure a été adressée le 16 décembre 2022 au préfet de Maine-et-Loire.

Par ordonnance du 16 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2023 à 12h00.

Un mémoire en défense, présenté par le préfet de Maine-et-Loire, a été enregistré le 6 avril 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante ivoirienne, née le 15 mai 1989, est entrée en France le 5 octobre 2017, munie d'un visa de long séjour portant la mention " étudiante " valable du 26 septembre 2017 au 26 septembre 2018. Elle a par la suite sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante et a obtenu son renouvellement jusqu'au 26 octobre 2021. Elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 6 janvier 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire présentée par un ressortissant étranger en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

3. Par l'arrêté attaqué du 6 janvier 2022, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de faire droit à la demande de renouvellement du titre de séjour portant la mention " étudiante " présentée par Mme A au motif de l'absence du caractère réel et sérieux de ses études, dès lors que cette dernière s'est inscrite deux années de suite, en 2019-2020 et en 2020-2021, au Centre régional de formation professionnelle d'avocats (CRFPA) à l'université d'Angers, sans obtenir le concours d'entrée à l'école d'avocat. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle ne s'est présentée qu'une seule fois au concours, à l'issue de l'année 2020-2021. En outre, il ressort des pièces du dossier, en particulier de son curriculum vitae, que l'intéressée a fait preuve d'assiduité et de motivation tout au long de son parcours universitaire, en obtenant avec succès un master 2 en droit international européen et en effectuant plusieurs stages, notamment dans un cabinet d'avocats, entre mai et août 2021, et en poursuivant cette expérience professionnelle par un emploi à temps partiel en tant que juriste au sein du même cabinet entre septembre 2021 et janvier 2022. Dans ces conditions, en dépit de son seul échec au concours d'entrée à l'école d'avocat, au regard de ses nombreuses expériences professionnelles, Mme A établit le caractère réel et sérieux de ses études. Il suit de là qu'en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de Maine-et-Loire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 6 janvier 2022 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé à Mme A le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiante " doit être annulée.

5. Compte tenu de l'annulation de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, Mme A est fondée à demander l'annulation, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination, privées de base légale.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 [] d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".

7. Compte tenu du motif d'annulation retenu, le présent jugement implique la délivrance à Mme A d'un titre de séjour portant la mention " étudiante ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un tel titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à Me Jeanneteau, avocate de Mme A, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 janvier 2022 du préfet de Maine-et-Loire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " étudiante " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Jeanneteau la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Jeanneteau.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le président-rapporteur,

S. CL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. FRELAUT

La greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

vb

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