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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201278

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201278

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCESSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 31 janvier et 15 février 2022, M. C A B, représenté par Me Cesse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, sa demande n'ayant pas été suffisamment instruite ;

- elle est entachée d'erreur de fait, dès lors que contrairement à ce qui y est relevé, il bénéficie d'un contrat de travail auprès d'une entreprise ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-1 à L. 423-3, L. 432-2, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors d'une part qu'à la date de sa condamnation, le 25 juin 2021 par le tribunal judiciaire du Mans, à quitter le domicile conjugal, il justifiait de plus de six mois de vie commune avec son épouse, d'autre part qu'en dépit de la plainte déposée par son épouse pour violences conjugales et du jugement du 25 juin 2021 dont ils ont d'ailleurs fait appel avec cette dernière, le souhait des époux est de maintenir une communauté de vie, enfin, qu'il justifie de son insertion familiale et professionnelle sur le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et de son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 511-1 et L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 17 août 1990, déclare être entré en France le 10 juillet 2019, sous couvert d'un visa de court séjour valable du 21 juin 2019 au 20 juin 2020. Il a épousé une ressortissante française le 19 août 2019. Une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 8 janvier 2020 au 7 janvier 2021, lui a été délivrée en sa qualité de conjoint de française. Le 29 décembre 2020, le requérant a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 23 décembre 2021, portant également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande, au motif de la rupture de la vie commune entre les époux. Par sa requête, M. A B demande l'annulation de cette décision.

Sur les moyens communs à l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, saisines juridictionnelles, circulaires, rapports, correspondances, documents et avis relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe, à l'exception de catégories d'actes limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé. Il résulte en outre des termes de cet arrêté que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, que sa demande de titre de séjour a été instruite et que le préfet de la Sarthe a, ainsi qu'il a été dit au point 3, procédé à un examen de sa situation personnelle, sans méconnaître l'étendue de sa compétence, au regard de son pouvoir de régularisation au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'instruction doit être écarté.

5. En deuxième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qui est relevé dans la décision attaquée, M. A B disposait, à la date de la décision attaquée, d'un contrat à durée déterminée au sein de l'entreprise " E.T. Maine ", cette circonstance est en tout état de cause sans incidence sur la décision attaquée eu égard au motif sur lequel elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 423-2 de ce code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le 28 janvier 2021, l'épouse de M. A B a déposé une plainte contre ce dernier pour des faits de violences conjugales, et que le requérant a été placé, le 30 janvier 2021, sous contrôle judiciaire lui faisant interdiction d'entrer en relation avec sa conjointe, avant d'être reconnu coupable de ces violences et d'être condamné, par un jugement correctionnel du tribunal judiciaire du Mans du 25 juin 2021 confirmé par un arrêt de la cour d'appel d'Angers du 28 juillet 2022, notamment à une peine de 4 mois d'emprisonnement avec sursis et à une interdiction de paraître au domicile de la victime. Compte-tenu de l'ensemble de ces éléments, la communauté de vie des époux doit être regardée comme ayant cessé le 30 janvier 2021, soit depuis près d'un an à la date de l'arrêté attaqué. Si M. A B fait valoir qu'en dépit de ces faits de violences, le souhait des époux est de maintenir leur lien conjugal, il est toutefois relevé, dans l'arrêt de la cour d'appel d'Angers du 28 juillet 2022, que le conseil de son épouse a signalé que cette dernière était " importunée par le prévenu et sa famille qui font pression sur elle pour reprendre la vie commune ". Compte-tenu de l'ensemble de ces éléments, l'administration n'a ni méconnu les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 6, ni entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

9. Aucun des éléments relatifs à la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. A B ne suffit à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions doivent être écartés.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

11. M. A B se prévaut tout d'abord de sa relation avec son épouse. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 7 que sa communauté de vie avec cette dernière doit être regardée comme ayant cessé depuis le 30 janvier 2021. Le requérant ne justifie pas par ailleurs d'autres attaches personnelles ou familiales sur le territoire français. En outre, le fait qu'il disposait d'un contrat à durée déterminée à la date de la décision attaquée ne peut suffire à justifier de son insertion professionnelle en France. Ainsi, M. A B n'établit pas avoir en France des liens intenses, anciens et stables, de sorte que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-1 code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ".

13. Le requérant a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour. A cette occasion, il a eu la possibilité de faire valoir tous éléments justifiant qu'il soit autorisé à séjourner en France et ne soit pas contraint de quitter ce pays et de retourner en Tunisie. Il ne justifie d'ailleurs d'aucun élément quelconque relatif à sa situation qui, s'il avait été connu du préfet de la Sarthe, aurait fait obstacle à ce que soit décidée la mesure d'éloignement attaquée ou qui aurait pu le conduire à ne pas la décider. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et du droit d'être entendu doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

15. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 11 que le requérant se trouvait dans un cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le préfet de la Sarthe pouvait l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

16. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

17. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

18. M. A B n'apporte aucun élément de nature à apprécier le bien-fondé du moyen qu'il tire de la méconnaissance de cet article, qui doit, en conséquence, être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, au préfet de la Sarthe et à Me Cesse.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

L. D

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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