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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201294

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201294

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL DESMARS BELONCLE BARZ CABIOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2022, M. A D, représenté par Me Cabioch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée et révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les articles L. 422-8, L. 422-10 et L. 422-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée de ce fait d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où il n'a pas été entendu ni mis en mesure de faire valoir ses arguments préalablement à l'édiction de la décision attaquée en violation des dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle au regard de la durée de son séjour en France ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant gabonais né le 17 mars 1991, est entré en France le 20 octobre 2009, muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant et valable jusqu'au 20 octobre 2010. Il a par la suite disposé de cartes de séjour provisoires portant la même mention jusqu'au 6 octobre 2018. Sa demande de renouvellement de titre de séjour a été rejetée par un arrêté du 24 août 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée énonce, avec une précision suffisante, les stipulations conventionnelles et les dispositions légales qui la fondent, en particulier l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne en outre les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, notamment l'historique des études entreprises par l'intéressé sur le territoire français depuis l'année universitaire 2009/2010. Elle satisfait ainsi aux obligations mises à la charge de l'administration par l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études sur le territoire français et d'apprécier la réalité et le sérieux des études poursuivies.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C, entré en France en octobre 2009 muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant, a obtenu un brevet de technicien supérieur (BTS) en commerce international en juin 2011, puis a validé en juin 2016, à l'issue de cinq années d'études à l'université de Tours, une licence d'économie et, enfin, a obtenu un master 1 " Economie générale " en juin 2017, dans cette même université. Il ressort des pièces du dossier qu'au titre de l'année universitaire 2017/2018, le requérant était inscrit en master 2 " Economiste d'entreprise ", pour lequel il a été déclaré défaillant, en dépit de la validation de l'ensemble des enseignements théoriques, faute d'avoir effectué son stage de fin d'études. Si M. C fait valoir qu'il s'est efforcé de trouver un stage en vain, il n'en demeure pas moins qu'à la suite de cet échec, au demeurant concomitant à l'expiration de son titre de séjour, il ne s'est inscrit dans aucune autre formation ni même ne s'est réinscrit dans le même master 2. A cet égard, s'il fait valoir que l'université a fait obstacle à sa réinscription en dépit de ce qu'il avait trouvé un stage au cours de " l'année suivante ", une telle allégation, imprécise, ne permet pas d'expliquer les raisons de l'absence de poursuite d'une quelconque formation au cours des deux années universitaires qui ont suivi. Dans ces conditions, alors même qu'à la date de la décision attaquée M. C, alors âgé de trente ans, avait validé sa première année de MBA Manager de la Stratégie commerciale et marketing à l'IDRAC Business School Nantes, diplôme équivalent à un master 1 qui ne caractérise pas une progression dans les études du requérant déjà titulaire d'un tel diplôme, le préfet de la Loire-Atlantique ne s'est pas livré à une inexacte application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni n'a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que l'intéressé ne justifie pas de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare suivre et, par suite, n'est pas en droit de prétendre au renouvellement de son titre de séjour étudiant.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche de " Renseignements relatifs au demandeur " complétée par le requérant le 6 mai 2021 et produite par le préfet de la Loire-Atlantique en défense, que M. C s'est borné à demander le renouvellement de son titre de séjour portant la mention étudiant, expiré depuis le 6 octobre 2018, sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C n'a pas sollicité un changement de statut en demandant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni davantage sur le fondement des articles L. 422-10 et L. 422-14 de ce code. Dès lors, le moyen tiré de ce que préfet, qui n'était pas en situation de compétence liée pour examiner la situation du requérant à l'aune de ces dispositions, aurait fait une inexacte application des dispositions des articles L. 422-8, L. 422-10 et L. 422-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, M. C n'a pas sollicité le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet, qui n'avait pas l'obligation de le faire, n'a pas recherché de sa propre initiative s'il y avait lieu de régulariser la situation de séjour de l'intéressé sur ce fondement. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté comme inopérant.

7. En cinquième et dernier lieu, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles toute personne a droit au respect d'une vie privée et familiale normale sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies lors de l'instruction d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, le moyen tiré par M. C de ces stipulations est inopérant à l'appui des conclusions dirigées contre le refus de renouveler la carte de séjour temporaire qui lui avait été délivrée en qualité d'étudiant.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". La décision obligeant M. C à quitter le territoire français, qui mentionne expressément qu'elle a été prise en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision portant refus de séjour. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 ci-dessus que cette dernière décision est suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit, par suite, être écarté.

9. En deuxième lieu, il ressort des dispositions des chapitres III et IV du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Par suite, M. C ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, prévoyant une procédure contradictoire, qui ne sont pas applicables au présent litige.

10. En troisième lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui été dit précédemment, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. C invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

11. En quatrième et dernier lieu, M. C fait valoir que le préfet de la Loire-Atlantique a entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée de son séjour en France, de près de douze ans à la date de la décision attaquée, et de l'ensemble des liens amicaux qu'il a tissés sur le territoire français. Toutefois, il ne justifie pas de liens personnels particuliers en France, à l'exception d'une sœur présente sur le territoire, alors que le reste de sa famille vit au Gabon. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour en une autre qualité que celle d'étudiant. Il lui est loisible de le faire ou de solliciter un visa de long séjour en vue de s'établir en France par l'activité professionnelle. Par suite, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une telle décision sur la situation personnelle du requérant.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, la décision attaquée se fonde sur la circonstance que M. C n'établit pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées dans son pays d'origine, ni qu'il y serait soumis à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Par suite, cette décision satisfait à l'exigence de motivation prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

13. En second lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui été dit précédemment, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. C invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Cabioch et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

S. BLe président,

Y. LIVENAISLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

5

ell

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