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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201328

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201328

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 février 2022 et une pièce complémentaire enregistrée le 25 août 2022, M. B C, M. A C et M. D E, représentés par Me Kaddouri, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 22 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Casablanca du 13 octobre 2021 refusant de délivrer à M. B C un visa de long séjour en qualité de parent étranger d'un enfant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer le visa sollicité ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande de visa, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à leur avocat en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation concernant la menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît l'autorité de chose jugée.

La requête a été transmise le 7 février 2022 au ministre de l'intérieur, qui n'a pas produit d'observation en défense.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guilloteau, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 5 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de parent étranger d'un ressortissant français auprès de l'autorité consulaire française à Casablanca, laquelle a rejeté sa demande par une décision du 13 octobre 2021. Le recours formé contre ce refus consulaire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision implicite née le 22 janvier 2022, dont le requérant demande au tribunal l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En présence d'une décision implicite de la commission de recours et en l'absence tant de réponse à la demande de communication des motifs adressée à ladite commission que de production d'un mémoire en défense par le ministre de l'intérieur dans le cadre de la présente instance, la décision attaquée doit être regardée comme étant fondée sur le même motif que la décision consulaire à laquelle elle s'est substituée, à savoir le risque de menace pour l'ordre public/la sécurité publique/la santé publique que représente M. C.

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B C est le père de M. E, né le 24 octobre 2003, de nationalité française, ainsi que de trois autres enfants de nationalité française issus d'une précédente union, nés respectivement en 1989, 1995 et 1997. Les parents de M. C résident également en France sous couvert d'une carte de résident. Les requérants soutiennent sans être contestés que M. C, né en 1967, est entré en France à l'âge d'un an et qu'il n'a plus d'attaches au Maroc. Si le préfet de Maine-et-Loire a, par un arrêté du 23 janvier 2019, prononcé l'expulsion de l'intéressé du territoire français au motif que sa présence constituait une menace grave pour l'ordre public, cet arrêté a été annulé par un jugement de ce tribunal rendu le 13 janvier 2022 sous le n°1900897. M. C ne conteste pas avoir fait l'objet de diverses condamnations pénales en France pour des faits de vols, vols avec effraction et en réunion, coups et violences volontaires, destruction d'un bien appartenant à autrui, filouterie de carburant et escroquerie par emploi de manœuvres frauduleuses commis entre 1989 et 1991, puis de nouvelles condamnations pour des faits de trafic de stupéfiants en 2007, ainsi que d'une condamnation en Espagne en 2013 pour des faits de culture, élaboration et trafic de drogue. Il ne ressort, toutefois, pas des pièces du dossier que M. C se serait, depuis son retour en France en 2015, livré de nouveau à des faits pénalement répréhensibles.

5. Dans ces conditions, au vu, d'une part, de l'ancienneté des faits ayant valu à M. C les condamnations pénales évoquées au point précédent, et, d'autre part, de la durée de séjour et de l'intensité des attaches personnelles et familiales en France de l'intéressé, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Eu égard à ses motifs, et compte tenu de ce que le préfet de Maine-et-Loire a décidé, par arrêté du 18 août 2022, de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sous réserve de l'obtention d'un visa, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. C le visa de long séjour sollicité, dans un délai d'un mois à compter de sa notification.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer contre l'Etat, à défaut pour lui de justifier de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné au point précédent, une astreinte de 100 euros par jour jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.

Sur les frais liés au litige :

9. M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Kaddouri de la somme de 1 200 euros, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 22 janvier 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. C le visa de long séjour sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Une astreinte de 100 euros par jour est prononcée à l'encontre de l'Etat, s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 2 ci-dessus.

Article 4 : L'Etat versera à Me Kaddouri une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, M. A C, M. D E, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

Le rapporteur,

T. GUILLOTEAU

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

S. JEGO La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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