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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201330

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201330

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSI HASSEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 février 2022, Mme B A, représentée par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif préalable contre la décision du préfet de la Côte d'Or du 22 juin 2021 constatant l'irrecevabilité de sa demande de naturalisation, ainsi que cette décision préfectorale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire droit à sa demande de naturalisation ou, à défaut, de la réexaminer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre la décision préfectorale sont irrecevables dès lors que la décision implicite prise sur le recours préalable obligatoire formé par l'intéressé s'y est substituée ;

- les moyens soulevés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Delohen a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante kirghize née le 20 décembre 1954, a présenté une demande de naturalisation auprès du préfet de la Côte d'Or, qui a constaté son irrecevabilité par une décision du 22 juin 2021. Le ministre de l'intérieur, saisi de son recours préalable obligatoire contre la décision préfectorale, a implicitement confirmé le constat de l'irrecevabilité de la demande de naturalisation de Mme A.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Il résulte des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles prises par le préfet. Il suit de là que le ministre est fondé à soutenir que les conclusions de Mme A dirigées contre la décision préfectorale du 22 juin 2021, à laquelle s'est substituée sa propre décision, sont irrecevables.

Sur la légalité de la décision ministérielle :

3. En premier lieu, Mme A ne justifie pas avoir sollicité la communication des motifs de la décision implicite du ministre de l'intérieur portant rejet de son recours administratif préalable obligatoire, en sorte qu'elle ne saurait invoquer utilement le défaut de motivation de cette décision.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A n'aurait pas bénéficié, dans le cadre de l'instruction de sa demande de naturalisation, d'un examen particulier de sa situation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 21-24 du même code : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République () ". Aux termes de l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 précité : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : / 1° Tout demandeur doit justifier d'une connaissance de la langue française à l'oral et à l'écrit au moins égale au niveau B1 du Cadre européen commun de référence pour les langues, tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) du 2 juillet 2008 () ". Aux termes de l'article 37-1 du même décret, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le demandeur fournit, selon les mêmes conditions de recevabilité que celles prévues par l'article 9 : () / 9° Un diplôme ou une attestation, délivrée depuis moins de deux ans, justifiant d'un niveau de langue égal ou supérieur à celui exigé en application de l'article 37 et délivré dans les conditions définies par cet article. Sont toutefois dispensées de la production de ce diplôme ou de cette attestation : () / b) Les personnes dont le handicap ou l'état de santé déficient chronique rend impossible leur évaluation linguistique () ".

6. Pour confirmer la décision du préfet de la Côte d'Or portant constat de l'irrecevabilité de la demande de naturalisation de Mme A, le ministre de l'intérieur, qui doit être regardé comme s'étant approprié le motif de la décision préfectorale, s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée ne justifie pas d'un niveau de connaissance suffisant de la langue française.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, âgée de soixante-huit ans à la date de la décision attaquée, a été dispensée de produire le diplôme ou l'attestation prévue à l'article 37-1 du décret du 30 décembre 1993. En revanche, ces mêmes dispositions n'exonèrent pas le postulant à la nationalité française âgé de plus de soixante ans de justifier d'une connaissance de la langue française dans les conditions qu'elles édictent. Mme A a ainsi bénéficié d'une procédure dérogatoire consistant à passer un entretien avec un agent de la préfecture de la Côte d'Or en vue d'évaluer son niveau de langue. Il ressort du compte rendu de cet entretien qui s'est déroulé le 26 octobre 2020 que Mme A n'a su répondre qu'à deux énoncés l'invitant, d'une part, à s'asseoir et présenter son titre de séjour, et d'autre part à s'exprimer sur son état civil et sa situation familiale. En revanche, elle n'a pas été capable de comprendre les points essentiels d'une conversation courante ou de converser sur des sujets familiers et concernant ses centres d'intérêts. Elle n'a ainsi pas justifié d'un niveau linguistique suffisant pour valider la première étape de l'entretien, montrant que le niveau B1 ne pouvait être considéré comme atteint. Aussi, bien qu'elle se prévale de sa bonne intégration dans la société française, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le ministre aurait commis une erreur d'appréciation en confirmant le constat de l'irrecevabilité de sa demande de naturalisation pour le motif tiré de son niveau insuffisant de connaissance de la langue française.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Si Hassen et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 août 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

D. DELOHENLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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