jeudi 30 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2201340 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | ALIMOUSSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 janvier 2022 et le 26 septembre 2023, M. B C, représenté par Me Alimoussa, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 juin 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ainsi que la décision du 27 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre cette décision ;
2°) d'enjoindre à l'administration de faire droit à sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois, dans les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros de dommages et intérêts compte tenu du préjudice moral qu'il estime avoir subi ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que les décisions attaquées ont été signées par une autorité compétente ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- l'ajournement litigieux est entaché d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article 21-2 du code civil, dès lors que sa demande étant fondée sur une déclaration de nationalité du fait de sa qualité de conjoint de français, ses ressources n'auraient pas dû être prises en compte ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il bénéficie de ressources suffisantes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Frelaut a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 21 mai 1987, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet des Alpes-Maritimes qui a ajourné à deux ans sa demande. Il a formé un recours contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur, qui a rejeté son recours par une décision du 27 octobre 2021. Par sa requête, M. C demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet des Alpes-Maritimes :
2. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ". Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont soumises. Par suite, la décision du 27 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours de M. C s'est substituée à la décision préfectorale du 11 juin 2021. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont irrecevables, et la requête de M. C doit être regardée comme tendant exclusivement à l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 27 octobre 2021. Il suit de là que les moyens tirés du défaut de motivation de la décision préfectorale et de ce qu'elle aurait été signée par une autorité incompétente doivent être écartés comme inopérants.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur :
3. En premier lieu, en vertu de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur de l'intégration et de l'accès à la nationalité bénéficie d'une délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. En vertu de l'article 3 du même décret, ce directeur est habilité à déléguer lui-même cette signature. En l'espèce, par une décision du 27 septembre 2021, publiée au Journal officiel de la République française du 3 octobre 2021, M. A, directeur de l'intégration et de l'accès à la nationalité, nommé dans ces fonctions par décret du président de la République du 19 mai 2021, régulièrement publié, a donné à Mme D E, attachée d'administration de l'Etat, signataire de la décision attaquée, une délégation pour signer les décisions statuant sur les recours formés sur le fondement de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, et indique que l'examen du parcours professionnel du requérant, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permet pas de considérer qu'il a pleinement réalisé son insertion professionnelle puisqu'il ne dispose pas de ressources suffisantes et stables. Elle comprend ainsi l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit en conséquence être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'insertion professionnelle et d'autonomie matérielle du postulant, ainsi que le caractère suffisant et durable des ressources lui permettant de demeurer en France.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a déposé une demande d'acquisition de la nationalité française par naturalisation, dont il a été accusé réception par l'administration le 13 février 2020. La seule production, par le requérant, d'un formulaire " cerfa " en vue de souscrire une déclaration de nationalité au titre du mariage avec un conjoint français (article 21-2 du code civil), ne permet pas d'établir que l'administration n'aurait pas étudié la situation du requérant sur le bon fondement. C'est donc à bon droit que le ministre de l'intérieur s'est fondé sur les dispositions citées au point 5, et non sur celles de l'article 21-2 du code civil, pour ajourner à deux ans la demande du requérant pour le motif tiré du caractère insuffisant de son insertion professionnelle et de ses ressources.
7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que les revenus fiscaux de référence du foyer de M. C s'élevaient à la somme de 12 868 euros au titre de l'année 2019 et de 9 317 euros au titre de l'année 2020 et qu'en janvier 2021, le foyer avait perçu l'aide personnalisée au logement ainsi que des allocations familiales avec conditions de ressources. Si M. C justifie de quelques contrats à durée déterminée à temps plein jusqu'au 31 décembre 2020 au sein de l'association " Agir pour le lien social et la citoyenneté " en tant que médiateur spécialisé, avoir été chargé d'enseignement à l'université de Côte-d'Azur, où il était doctorant, pendant les années universitaires 2019-2020 et 2020-2021, puis avoir, quelques jours avant la date de la décision attaquée, repris une entreprise en qualité de directeur général, ces éléments, s'ils témoignent de réels efforts d'intégration de la part du requérant, ne permettent toutefois pas de considérer qu'il avait pleinement, à la date de la décision attaquée, réalisé son insertion professionnelle sur le territoire français. En conséquence, le ministre, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose, a pu ajourner à deux ans la demande de naturalisation de M. C pour le motif cité au point 4, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit en conséquence être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par M. C ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
10. L'illégalité de la décision litigieuse n'étant pas établie, M. C n'est pas fondé à demander au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros du fait de l'illégalité fautive de cette décision.
Sur les frais liés au litige
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que demande le requérant au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Benoist, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.
La rapporteure,
L. FRELAUT
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
C. MICHAULT
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026