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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201416

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201416

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDANET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 31 janvier 2022 et 9 mars 2023, Mme A C, représentée par Me Danet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de base légale compte tenu de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Le préfet de la Loire-Atlantique a transmis des pièces le 23 février 2023.

Par une décision du 21 février 2022, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Chaumette, substituant Me Danet, avocate de la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 30 septembre 2000, est entrée en France le 21 décembre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. Par un courrier du 24 octobre 2019, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en qualité d'étudiante et sur le fondement de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté attaqué du 18 octobre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Sur le moyen commun aux trois décisions :

2. L'arrêté attaqué du 18 octobre 2021 a été signé par M. B, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 31 août 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique le 1er septembre 2021, le préfet de ce département a donné délégation à Mme D, directrice, et à M. B en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de séjour, les obligations de quitter le territoire et les décisions fixant le pays de destination. Alors qu'il n'est pas contesté que Mme D était absente et empêchée ce jour, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté comme manquant en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles de l'accord franco-algérien et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, et les éléments concernant la situation personnelle de Mme C, notamment l'absence de visa de long séjour lors de son entrée en France lui permettant d'obtenir un titre de séjour sur le fondement du titre III du protocole de l'accord franco-algérien, la durée de son séjour en France et sa situation familiale. Dans ces conditions, elle comprend les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas mené un examen sérieux et attentif de la situation personnelle de Mme C, qui ne justifie pas de la réception par les services préfectoraux de son courrier du 24 août 2021 comprenant des pièces complémentaires relatives à sa scolarité et à son engagement associatif. Par ailleurs, le préfet a examiné la demande de titre de séjour présentée par Mme C tant sur le fondement du titre III du protocole de l'accord franco-algérien que de l'article 6-5 de cet accord.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France le 21 décembre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour avec sa mère et ses quatre frères et sœurs. Aucun membre de sa famille ne dispose d'un titre de séjour en France. Mme C a suivi pendant trois ans une scolarité, d'abord, en première année de BTS " Maintenance des systèmes ", puis, en première et deuxième années de BTS " Service informatique " et a accompli un stage d'un mois en 2020 au sein d'une association qui a souhaité continuer de l'accueillir en qualité de bénévole dans le cadre d'un " accompagnement e-démarche " pour les habitants du quartier des Dervaillières. Si ses efforts d'insertion sont soutenus par l'agence départementale de la prévention spécialisée de ce quartier, la confédération syndicale des familles pour laquelle elle est monitrice à l'entraide scolaire, et le conseil départemental de la Loire-Atlantique avec lequel la requérante a conclu un contrat de soutien à l'autonomie des jeunes lui permettant de bénéficier d'une aide financière, Mme C ne justifie que d'une entrée récente en France où les membres de sa famille n'ont pas vocation à se maintenir. Dans ces conditions, Mme C, qui a vécu dix-huit ans dans son pays d'origine, ne peut se prévaloir de liens anciens, intenses et stables en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions et de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Le 3° de l'article L. 611-1 est notamment relatif à l'hypothèse où l'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit précédemment la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C, qui a au demeurant pu se présenter aux épreuves de deuxième année de BTS en juin 2022, n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas mené un examen sérieux et attentif de sa situation personnelle.

9. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la décision obligeant à quitter le territoire français Mme C, qui ne justifie pas être isolée en Algérie où elle a vécu pendant dix-huit ans et où sa mère et sa fratrie ont vocation à retourner, ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité des décisions refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 octobre 2021. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Danet.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La rapporteure,

H. E

Le président,

T. GIRAUD

La greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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