lundi 26 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2201459 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | PRONOST |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 février 2022, 1er avril 2022 et 16 mai 2022, et des pièces complémentaires enregistrées les 8 février 2022 et 29 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Pronost, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 2 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions de l'ambassade de France en Ethiopie et auprès de l'Union africaine refusant de délivrer à Mme E et à l'enfant Nobel Dawit Amare des visas de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas sollicités ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen des demandes, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation concernant l'éligibilité des demandeurs de visa au dispositif de la réunification familiale ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Pronost, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant érythréen, a été admis au bénéfice de la protection subsidiaire par une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 janvier 2018. Des demandes de visa de long séjour au titre de la réunification familiale ont été déposées pour Mme D, qu'il présente comme sa conjointe, ainsi que leurs quatre enfants allégués. Des visas ont été délivrés à trois d'entre eux, mais les demandes présentées pour Mme D et l'enfant Nobel Dawit Amare, né le 12 juillet 2019, ont été rejetées par l'ambassade de France en Ethiopie et auprès de l'Union africaine. Le recours formé contre ces décisions de refus devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision implicite née le 23 novembre 2021, à laquelle s'est substituée une décision explicite de rejet intervenue le 2 février 2022. Le requérant doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision attaquée est fondée sur l'inconstance des déclarations de M. B à l'OFPRA concernant sa situation familiale, l'absence d'acte de naissance de Mme D et le défaut de valeur probante du certificat de baptême de l'enfant Nobel Dawit Amare, qui ne présente pas les conditions de forme et de fond permettant de le considérer comme un acte d'état civil.
3. Aux termes des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
4. Il est constant qu'aucun acte de naissance n'a été fourni concernant Mme D. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, son identité doit être tenue pour établie par sa carte d'identité érythréenne, dont les mentions relatives à ses nom, lieu et date de naissance sont cohérentes avec celles figurant dans le certificat d'enregistrement établi par le haut-commissariat aux réfugiés (HCR). L'identité de l'enfant Nobel Dawit Amare doit, quant à elle, être considérée comme établie par son certificat de baptême, dont les mentions relatives à ses nom et date de naissance correspondent également à celles figurant dans le certificat d'enregistrement précité, quand bien même ce document ne pourrait être considéré comme un acte d'état civil.
5. Il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté en défense que M. B et Mme D sont les parents des trois enfants s'étant vus délivrer des visas d'entrée et de long séjour, qui sont nés les 27 mai 2009, 24 mars 2011 et 26 septembre 2013 et se sont vus reconnaître la qualité de réfugiés par l'OFPRA le 24 novembre 2021, à la suite de leur entrée en France. Ces trois enfants, ainsi que leur mère et l'enfant Nobel Dawit Amare, avaient, auparavant, été enregistrés comme réfugiés par le HCR le 17 décembre 2019, et résidaient ensemble au camp d'Adi-Hirush, en Ethiopie. Le refus de délivrance du visa opposé à Mme D a ainsi pour effet de la séparer de ses trois enfants arrivés en France, âgés respectivement de 12, 10 et 8 ans à la date de la décision attaquée, et est ainsi contraire à leur intérêt supérieur.
6. Par ailleurs, le lien de filiation entre Mme D et l'enfant Nobel Dawit Amare, qui n'est en lui-même pas sérieusement contesté en défense, doit être regardé comme établi par le certificat de baptême du 18 août 2019, nonobstant les circonstances, il est vrai peu claires, relatives aux conditions dans lesquelles l'enfant a été conçu et déclaré, l'enregistrement de l'enfant par le HCR en même temps que la demanderesse de visa étant de nature à corroborer l'existence de leur lien de filiation. La présence de l'enfant dans un camp de réfugiés éthiopien aux côtés de sa mère et des autres enfants de cette dernière est, enfin, de nature à établir les allégations du requérant selon lesquelles le père biologique de Nobel, de nationalité érythréenne, ne s'en occupe pas et réside dans un autre pays, de sorte que l'enfant, âgé de 2 ans et demi à la date de la décision attaquée, se retrouverait isolé en Ethiopie en cas de départ de sa mère. Dans ces conditions, son intérêt supérieur justifie qu'il puisse accompagner sa mère en France pour retrouver ses demi frères et sœurs.
7. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à en demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme D et à l'enfant Nobel Dawit Amare les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de sa notification.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer contre l'Etat, à défaut pour lui de justifier de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné au point précédent, une astreinte de 100 euros par jour jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.
Sur les frais liés au litige :
10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pronost d'une somme de 1 200 euros, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 2 février 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme D et à l'enfant Nobel Dawit Amare les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Une astreinte de 100 euros par jour est prononcée à l'encontre de l'Etat, s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 2 ci-dessus.
Article 4 : L'Etat versera à Me Pronost une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pronost.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Guilloteau, conseiller,
Mme Louazel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.
Le rapporteur,
T. C
La présidente,
S. RIMEU
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026