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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201463

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201463

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I, Par une requête enregistrée sous le n° 2201463 le 2 février 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 27 septembre 2022, M. D B, représenté par Me Béarnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans cette attente ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été pris dans le respect des dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen actualisé de sa situation compte tenu du décalage de plus de quatre mois entre l'avis du collège des médecins de l'OFII et le refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de son fils d'un défaut de prise en charge et de l'impossibilité pour ce dernier d'avoir un accès effectif au traitement approprié et au suivi de sa double pathologie dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation dans le pouvoir de régularisation que le préfet aurait dû mettre en œuvre sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à son intégration en France compte tenu des critères des circulaires du 20 janvier 2004 et du 28 novembre 2012 et compte tenu de ses craintes en cas de renvoi en Géorgie ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 § 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Loire-Atlantique a communiqué des pièces qui ont été enregistrées le 19 janvier 2023.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 janvier 2022.

II, Par une requête enregistrée sous le n° 2201469 le 2 février 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 27 septembre 2022, Mme C G, représentée par Me Béarnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans cette attente ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été pris dans le respect des dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen actualisé de sa situation compte tenu du décalage de plus de quatre mois entre l'avis du collège des médecins de l'OFII et le refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de son fils d'un défaut de prise en charge et de l'impossibilité pour ce dernier d'avoir un accès effectif au traitement approprié et au suivi de sa double pathologie dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation dans le pouvoir de régularisation que le préfet aurait dû mettre en œuvre sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à son intégration en France compte tenu des critères de la circulaire du 20 janvier 2004 et compte tenu de ses craintes en cas de renvoi en Géorgie ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Loire-Atlantique a communiqué des pièces qui ont été enregistrées le 19 janvier 2023.

Mme G a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 janvier 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 février 2023 à 9h15 :

- le rapport de M. Echasserieau, rapporteur,

- et les observations de Me Béarnais, représentant M. B et Mme G.

Considérant ce qui suit :

1. M. B et Mme G, ressortissants géorgiens, sont, selon leurs déclarations, entrés irrégulièrement en France le 23 avril 2019. Leur demande d'asile ayant été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 6 février 2020, ils ont sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en raison de l'état de santé de leur fils A, né le 9 juin 2016, qui leur a été délivrée pour une durée d'un an et dont ils ont sollicité le renouvellement. Par des arrêtés du 27 juillet 2021, le préfet a rejeté leur demande, prononcé à leur encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné la Géorgie comme pays à destination duquel les intéressés pourront être reconduits d'office lorsque le délai sera expiré. Par les présentes requêtes, M. B et Mme G demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2201463 et 2201469 concernent la situation d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées :

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Le préfet de la Loire-Atlantique, par un arrêté du 17 mars 2021 régulièrement publié le lendemain, lui a consenti une délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées, contenues dans les arrêtés du 27 juillet 2021 doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, les arrêtés attaqués, en tant qu'ils portent refus de délivrer un titre de séjour, visent les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont ils font application et font également état d'éléments concernant la biographie et le parcours de M. B et Mme G depuis leur arrivée en France. Par suite, les arrêtés attaqués, en tant qu'ils portent refus de séjour, sont suffisamment motivés en droit et en fait.

5. En deuxième lieu, l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". L'article L. 425-9 du même code dispose quant à lui que : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () . / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

6. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". De plus, aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. () ". Aux termes de son article R. 425-13 du même code : " () Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ". Enfin l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

7. Le préfet de la Loire-Atlantique produit l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) relatif à l'état de santé de l'enfant des requérants, établi selon le modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de trois médecins du service médical de l'OFII a été rendu le 26 mars 2021 par les praticiens, docteurs en médecine, que mentionne cet avis. Il comporte la mention : " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", qui établit, sauf preuve contraire, non rapportée en l'espèce, le caractère collégial de cet avis. Il est, par ailleurs, établi que le médecin ayant rédigé le rapport médical n'était pas au nombre des trois médecins formant ce collège. Si les dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que l'avis du collège de médecins de l'OFII est rendu dans un délai de trois mois à compter de la transmission par le demandeur des éléments médicaux adéquats, le respect de ce délai n'est pas prescrit à peine de nullité. L'éventuel dépassement de ce délai ne prive pas les intéressés d'une garantie et n'a pas exercé d'influence sur le sens de la décision du préfet. Dès lors, il n'est pas de nature à en entacher la légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.

8. En troisième lieu, la circonstance que plus de quatre mois se sont écoulés entre l'avis du 26 mars 2021 du collège des médecins de l'OFII et la décision portant refus de titre de séjour, ne suffit pas à établir un défaut d'examen de la situation particulière des requérants, à qui il appartenait d'adresser, s'ils l'estimaient nécessaire, des éléments médicaux actualisés pour l'instruction de la demande de leur enfant. Il en est de même s'agissant des éléments relatifs à leur intégration sociale et professionnelle. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen actualisé de la situation des requérants doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut également refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

10. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

11. Pour refuser la délivrance du titre de séjour demandé, le préfet de la Loire-Atlantique s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 26 mars 2021 selon lequel l'état de santé de l'enfant des requérants nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et a estimé, en tout état de cause, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il pourra y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé.

12. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant des requérants né en 2016 a été découvert atteint de diabète de type 1 au cours de l'année 2017 et d'une maladie coeliaque en octobre 2019. Les requérants soutiennent que les soins et médicaments qui sont nécessaires à leur enfant ne lui seront pas effectivement accessibles en Géorgie. Toutefois, la production d'une fiche de l'organisation mondiale de la santé datée de 2016 indiquant qu'il n'y aurait aucune politique de lutte contre le diabète dans ce pays n'établit pas qu'en dehors d'une politique de prévention, le suivi des personnes diabétique ne serait pas assuré depuis lors par ce pays. De plus, si une attestation de l'agence de régulation des activités médicales et pharmaceutiques de Géorgie précise que la pompe à insuline employée par l'enfant ne serait pas disponible dans ce pays, les pièces produites à ce sujet indiquent que l'enfant est équipé d'une pompe Vovarapid et qu'ainsi le matériel Freestyle dont parle le document précité ne peut concerner que le lecteur de glycémie en continue. Dès lors, ces éléments ne suffissent pas à remettre en cause le bien-fondé de l'avis du collège des médecins de l'OFII alors, au demeurant, que l'enfant est d'ores et déjà équipé d'une pompe à insuline qui permet de l'aider à équilibrer son diabète dont il n'est pas établi que l'entretien ne pourrait pas s'effectuer en Géorgie ni même que sans ladite pompe, le traitement de sa pathologie ne puisse pas s'effectuer par des injections pluriquotidiennes par seringue. La circonstance que l'enfant soit suivi tous les trois mois en France pour ses pathologies diabétique et coeliaque, laquelle exige principalement un régime diététique spécifique, ne permet pas à elle seule d'établir l'impossibilité d'un suivi adapté de l'enfant dans son pays d'origine. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ou Mme G auraient sollicité l'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet de la Loire-Atlantique, qui n'y était pas tenu, n'a pas spontanément examiné sa demande au regard de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, doit être écarté comme inopérant.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont présents en France depuis le

mois de d'avril 2019 selon leurs déclarations, soit un peu plus de deux ans à la date de la décision attaquée. Ils n'établissent pas, par les pièces qu'ils produisent, y avoir noué des liens personnels d'une intensité et d'une stabilité particulière. Par ailleurs, la circonstance que leurs enfants soient scolarisés, qu'eux-mêmes suivent des cours de français et participent à des actions à titre bénévole ne démontre pas une intégration sociale et professionnelle réelle et aboutie. Ainsi, et alors que les deux membres du couple font l'objet des mêmes mesures de refus de séjour et d'éloignement, le moyen tiré de ce que les refus de titre de séjour porteraient à leur droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et méconnaîtrait, par suite, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Le 3° de l'article L. 611-1 est relatif à l'hypothèse où l'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit précédemment, les décisions portant refus de titre de séjour sont suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. En deuxième lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour n'étant pas établie au regard de ce qui précède, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions que les requérants invoquent à l'encontre des décisions les obligeant à quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

18. En troisième lieu compte tenu des motifs exposés au point 15 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée.

19. Pour les mêmes motifs, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur leur situation personnelle.

20. En dernier lieu, l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant stipule : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

21. En l'espèce rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de M. B et Mme G se reconstitue en Géorgie. A cet égard, les circonstances que leurs deux enfants mineurs suivent leur scolarité en France et que leur fils diabétique bénéficie d'un suivi médical en France, compte tenu de ce qui a été dit au point 12, ne sont pas de nature à faire obstacle à leur retour dans leur pays d'origine, alors qu'il n'est au demeurant ni soutenu, ni même allégué qu'ils ne pourraient pas poursuivre leurs études dans ce pays. Par suite, les décisions attaquées ne méconnaissent pas l'article 3-1 de la convention précitée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

22. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle se réfère notamment aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'absence de justification par les intéressés de l'existence d'une menace personnelle en cas de retour dans leur pays d'origine, leur demande d'asile ayant été définitivement rejetée. Elle est, dès lors, suffisamment motivée.

23. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

24. M. B et Mme G soutiennent avoir été victimes de mauvais traitements dans leur pays d'origine. Ils n'apportent toutefois aucun élément suffisamment probant permettant d'établir qu'ils encourraient personnellement, en cas de retour dans leur pays, des risques pour leur vie ou leur liberté ou qu'ils y seraient exposés à des traitements inhumains ou dégradants. Par ailleurs, leur demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant le pays de destination.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. B et Mme G doivent être rejetées, y compris leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et leurs demandes formées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B et de Mme G sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B à Mme C G, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Béarnais.

Délibéré après l'audience du 8 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

Le rapporteur,

B. ECHASSERIEAU

La présidente,

M. H

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2, 2201469

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