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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201479

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201479

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCHAUTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 février 2022, M. C A, représenté par Me Schauten, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2022 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- en se fondant sur l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que la situation des ressortissants congolais souhaitant poursuivre des études en France est régie par l'article 9 de la convention bilatérale conclue entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo, l'administration a commis une erreur de droit ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention bilatérale et est entachée d'erreur d'appréciation, ses deux redoublements résultant de difficultés personnelles ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'il n'a plus de famille en République du Congo et que son frère et sa sœur, dont il dépend financièrement, résident en France ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de séjour entraîne, par voie de conséquence, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par un courrier du 10 mars 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les stipulations de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 sont susceptibles d'être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme fondement de la décision attaquée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention bilatérale conclue entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes du 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais né le 17 juin 1997, est entré en France le 8 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant valant titre de séjour, valable jusqu'au 31 août 2018. Son titre de séjour a été renouvelé deux fois, jusqu'au 9 novembre 2021. Le 22 octobre 2021, le requérant a sollicité du préfet de Maine-et-Loire le renouvellement de ce titre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 janvier 2022, portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi, le préfet a rejeté sa demande, au motif que l'intéressé ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 4 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes signée à Brazzaville le 31 juillet 1993, à laquelle renvoie l'accord franco-congolais du 25 octobre 2007: " Pour un séjour de plus de trois mois, les ressortissants français à l'entrée sur le territoire congolais et les ressortissants congolais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation ". Aux termes de l'article 9 de cette convention : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. ".

3. Il est constant que M. A est arrivé en France en 2017 pour y poursuivre des études, qu'après une première année scolaire en classe préparatoire aux grandes écoles d'ingénieur, il s'est réorienté en BTS " Maintenance des systèmes de production ", qu'il a redoublé sa première année de BTS avant de la valider à l'issue de l'année scolaire 2019-2020, et qu'il a ensuite redoublé sa deuxième année à l'issue de l'année scolaire 2020-2021, étant ainsi en cours de redoublement au moment du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Toutefois, d'une part, le requérant justifie, pour expliquer la lenteur dans la progression de ses études, du décès de son père survenu le 12 juillet 2017, soit quelques semaines avant son arrivée sur le territoire français pour y commencer ses études supérieures. Il ressort également des pièces du dossier que sa mère a souffert d'un cancer du sein, diagnostiqué, au mois d'août 2019, au centre hospitalier de Montceau (Saône-et-Loire) et nécessitant une prise en charge médicale urgente, avant de souffrir d'une récidive métastasique hépatique et cérébrale, dont elle est décédée le 8 décembre 2021. Contrairement à ce que fait valoir le préfet en défense, les témoignages du frère et de la sœur du requérant, produits par ce dernier, détaillent dans des termes précis et circonstanciés le choc psychologique vécu par M. A en raison du décès de son père et de la maladie de sa mère. D'autre part, si les bulletins scolaires du requérant, versés au dossier, font état de résultats insuffisants, et, notamment pour ce qui concerne le premier semestre de l'année scolaire 2020-2021, de nombreuses absences injustifiées, ils relèvent également la progression et la bonne volonté de l'intéressé, qui a obtenu les encouragements du conseil de classe au premier semestre de l'année scolaire 2019-2020. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments et dans les circonstances particulières de l'espèce, M. A est fondé à soutenir que le préfet a, en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour le motif énoncé au point 1, entaché la décision attaquée d'erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de Maine-et-Loire refusant de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Schauten, avocate du requérant, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 6 janvier 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Schauten, avocate de M. A, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Schauten renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Schauten.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme B, première conseiller,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

L. B

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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