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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201487

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201487

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoire, enregistrés le 4 février 2022, le 12 juillet 2022 et le 25 août 2022, Mme E A, représentée par Mme C, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le mois de la notification du jugement à rendre, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le refus de titre de séjour n'est pas régulièrement motivé ;

- sa situation n'a pas été examinée ;

- les articles L. 422-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnus ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas régulièrement motivée ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de la Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 5 septembre 1996, est entrée sur le territoire français le 10 septembre 2019, munie d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiante pour la période du 3 septembre 2019 au 3 septembre 2019. Une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant-élève " lui a ensuite été délivrée pour la période du 1er octobre 2020 au 30 septembre 2021, dont elle a demandé le renouvellement. Par l'arrêté du 21 janvier 2022 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande et a assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Par un arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique le 1er septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme D, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un arrêté d'une telle nature, en toutes les décisions qu'il comporte. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire ne peut qu'être écarté.

3. Il ne résulte pas de l'instruction que, pour prendre les décisions attaquées, le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation particulière de la requérante, compte tenu de l'ensemble des circonstances caractérisant cette situation portées à la connaissance de l'administration et aurait, ce faisant, méconnu l'étendue de sa compétence d'appréciation.

4. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé le renouvellement du titre de séjour dont Mme A était titulaire. Il en résulte que cette décision est régulièrement motivée. Par suite et conformément aux dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est, de même, régulièrement motivée.

5. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. / Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre Etat d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable. ". Aux termes de l'article 14 de la même convention : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux Etats ".

6. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Ces dispositions subordonnent le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " notamment à la justification par sa titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'elle déclare suivre. Il résulte des stipulations précitées de l'article 14 de la convention franco-ivoirienne que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissantes ivoiriennes désireuses de poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cette convention. Par suite, la décision contestée du 21 janvier 2022, qui vise notamment les articles L. 422-1 et suivants de ce code mais non la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, ne pouvait être prise sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

8. En l'espèce, la décision contestée refusant de renouveler le titre de séjour dont était titulaire Mme A trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionnées par l'arrêté en cause, dès lors, en premier lieu, que les stipulations précitées de l'article 9 de cette convention et les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient, en deuxième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressée pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes et, en troisième lieu, que le préfet de la Loire-Atlantique sollicite qu'à la base légale inapplicable de cet article L. 422-1 soit substituée celle applicable de de cet article 9 et que la requérante a été en mesure de produire ses observations sur ce point. Dès lors, il y a lieu de procéder à la substitution de base légale demandée.

9. Pour l'application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiante, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études effectivement poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

10. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est titulaire, d'une part, d'une licence des sciences techniques, comptables et financières, obtenue au mois de juin 2017 auprès de l'école supérieure de commerce et d'administration des entreprises de Niamey (Niger) et, d'autre part, d'un master II de comptabilité, contrôle et audit, obtenu au mois de juin 2019 auprès du même établissement.

11. Il ressort des pièces du dossier qu'au titre de l'année 2019/2020, première année d'études de Mme A en France, elle était inscrite auprès du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) Pays de la Loire à la préparation d'unités d'enseignements entrant dans la composition du diplôme de comptabilité et de gestion de l'Institut national des techniques économiques et comptables, qui est un institut du CNAM. Ces unités portaient sur le droit des sociétés et des groupements d'affaires, le droit fiscal et la comptabilité approfondie. A l'issue de la session 2019-2020, Mme A a, dans ces trois matières, obtenu les notes respectivement de 7,5/20, 3/20 et 6/20. Au titre de l'année 2020/201, seconde année d'études de Mme A en France, elle était à nouveau inscrite auprès de cet institut du CNAM Pays de la Loire à la préparation d'unités d'enseignements entrant dans la composition du même diplôme, unités portant sur le droit social, le droit fiscal et la comptabilité approfondie. A l'issue de la session 2020-2021, Mme A a, dans ces trois matières, obtenu les notes respectives de 5/20, 5/20 et 7/20. Alors même que Mme A aurait fait preuve d'assiduité dans la préparation de ces unités d'enseignement en vue d'obtenir ce diplôme, qui se prépare en trois années, ces résultats ne caractérisent ni la réalité et le sérieux d'études effectivement poursuivies, ni une quelconque progression, alors que l'intéressée, qui ne saurait utilement, pour expliquer ces deux échecs successifs, se prévaloir de la circonstance que cette formation ne comprenait pas de modalités d'évaluation en contrôle continu ni d'examens en milieu d'année mais seulement des examens en fin d'année sans, selon elle, session de rattrapage, est déjà titulaire du master II mentionné ci-dessus. Si la requérante fait état du contexte de crise sanitaire dans lequel elle a dû poursuivre sa formation au cours de l'année 2019/2020, elle se borne à cet égard à des considérations de portée générale, alors qu'au cours de cette année ce contexte affectait le déroulement des études pour l'ensemble des personnes inscrites dans des établissements d'enseignement supérieur et qu'il a affecté dans une moindre mesure le déroulement des études au cours de l'année 2020/2021. Mme A se prévaut également de la circonstance que, pour l'année scolaire 2021/2022, elle s'est, cette fois, inscrite auprès d'un établissement privé d'enseignement supérieur à Nantes en vue d'y préparer, en deux années, un master en audit et contrôle de gestion et que, à l'issue du premier semestre de la première des deux années, elle a obtenu de bonnes notes. Toutefois, cette réorientation ne caractérise pas une progression et une cohérence du cursus suivi, dès lors que l'intéressée est déjà titulaire d'un master II en comptabilité, contrôle et audit et qu'elle s'est ainsi en 2021 inscrite en première année d'un master dont elle n'indique pas en quoi il se distinguerait de celui qu'elle détient déjà. En outre, le relevé de notes en date du 1er février 2022 présenté à l'appui de la requête est postérieur à l'arrêté attaqué. Il en résulte que le préfet de la Loire-Atlantique s'est, sans erreur d'appréciation, livré à une exacte application des stipulations de l'article 9 de la convention précitée du 21 septembre 1992 en refusant de renouveler la carte de séjour temporaire de Mme A.

12. La requérante se prévaut de la circonstance qu'elle a, le 10 janvier 2022, signé un contrat d'apprentissage avec un employeur établi en France, contrat couvrant la période du 10 janvier 2022 au 30 septembre 2023. Elle fait valoir que le refus de renouveler son titre de séjour fait obstacle à la mise en œuvre de cet apprentissage. Toutefois, la possibilité pour l'intéressée de bénéficier d'une telle période d'apprentissage était liée à la détention d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiante et le contrat d'apprentissage présenté a d'ailleurs été signé le 10 janvier 2022, à une date à laquelle la requérante n'était plus titulaire d'un tel titre de séjour, ni même d'une autorisation provisoire de séjour, dès lors que la dernière autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivrée était arrivée à échéance le 6 janvier 2022. La requérante ne pouvait, au 10 janvier 2022, ignorer qu'elle ne disposait plus d'une carte de séjour temporaire et qu'elle ne bénéficiait d'aucune garantie qu'une nouvelle carte de séjour temporaire en qualité d'étudiante lui serait délivrée. La requérante se prévaut également de la circonstance que, le 31 janvier 2022, une autorisation de travail a été délivrée pour une durée de huit mois à l'employeur avec lequel elle a conclu le 10 janvier 2022 un contrat d'apprentissage. Toutefois, outre que cette circonstance est postérieure à l'arrêté attaqué, la décision prise sur la demande présentée par l'employeur en apprentissage n'a ni pour objet ni pour effet de se prononcer sur la demande de renouvellement de la carte de séjour temporaire en qualité d'étudiante ni n'a pour effet de préjudicier à la décision prise par le préfet sur cette demande. Il en résulte que cette circonstance est sans influence sur l'appréciation de la légalité de cette décision. Enfin, si la requérante soutient qu'elle présente, selon elle, des garanties d'insertion professionnelle en France, le visa de long séjour et la carte de séjour temporaire en qualité d'étudiante dont elle était titulaire lui avaient été délivrés à l'effet de mener des études supérieures en France, mais n'avaient pas pour objet une immigration pérenne de caractère économique. La requérante n'a au demeurant pas demandé la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de salariée ou de travailleuse temporaire ni aucun " changement de statut ". Il en résulte que, si la requérante fait état de la remise en cause, du fait du refus attaqué de renouveler une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiante, de droits ou de possibilités ouverts par la détention d'un titre de séjour d'une telle nature, une telle remise en cause n'est pas de nature à révéler qu'un tel refus serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles toute personne a droit au respect d'une vie familiale normale sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies lors de l'instruction d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. Par suite, le moyen tiré par Mme A de ces stipulations est inopérant à l'appui des conclusions dirigées contre le refus de renouveler la carte de séjour temporaire qui lui avait été délivrée en qualité d'étudiante. En outre, le préfet, qui n'en avait pas l'obligation, n'a pas recherché d'office si l'intéressée serait en droit de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en une autre qualité que celle d'étudiante.

15. Il ressort des pièces du dossier que le séjour de la requérante en France, remontant au 10 septembre 2019, est récent. Le visa et la carte de séjour temporaire qui lui avaient été délivrés en 2019 et en 2020 l'avaient été en vue de mener des études, mais non à fin d'un établissement pérenne sur le territoire français pour des raisons de nature privée ou familiale et, si elle fait valoir qu'elle a pu exercer une activité salariée en conséquence de la détention d'un titre de séjour en qualité d'étudiante, une telle circonstance n'est pas propre à caractériser une forte insertion dans la société française à raison d'attaches de nature privée ou familiale. Elle ne justifie d'aucune attache familiale particulière en France et, célibataire, elle n'a aucune tierce personne à sa charge. Si elle se prévaut de sa maîtrise de la langue française, cette dernière est la langue officielle de l'Etat dont elle est une ressortissante. Elle ne justifie pas ne pouvoir poursuivre sa vie privée et familiale ailleurs qu'en France, notamment dans le pays dont elle a la nationalité, où elle a vécu de manière habituelle pendant au moins près de vingt ans et où réside l'ensemble des membres de sa famille. Dès lors, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision. Il en résulte que cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

16. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de délivrance d'un titre de séjour, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus. Elle ne l'est pas davantage à soutenir que celle fixant le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue du délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Dès lors, il ne saurait être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'elle présente.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me C.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

A. B DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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