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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201517

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201517

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201517
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 4 février 2022, Mme A, représentée par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire Atlantique, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer sans délai un récépissé valant autorisation de séjour et de travail le temps de l'examen de cette demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa demande et de sa situation ;

- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée des étrangers et du séjour et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée des étrangers et du séjour et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit le préfet n'ayant pas apprécié la nécessité d'assortir le refus de titre d'une obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 17 décembre 1994, est entrée en France en dernier lieu le 26 septembre 2018, munie d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de type D de retour valable du 20 septembre au 19 décembre 2018 et qui lui avait été délivré le 12 septembre 2018 à Dakar. Le 27 novembre 2020, elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la régularisation de sa situation de séjour par la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 28 juin 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté a été signé par Mme D, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 12 octobre 2020 publié le 12 octobre 2020 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, contrairement à ce que soutient Mme A, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire Atlantique a procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de la requérante avant de décider de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation. En particulier, il a pris en compte la durée antérieure de séjour en France de la requérante de 2014 à 2017 sous couvert de titres de séjour portant la mention " étudiant ". Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen de la situation de Mme A doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. A la date de la décision attaquée, Mme A, mère d'un enfant mineur né en France le 10 juillet 2020, résidait sur le territoire français depuis près de trois ans. Si elle y avait antérieurement séjourné, le dernier titre de séjour dont elle était titulaire était une carte de séjour temporaire portant la mention " Etudiant-élève " valable du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2017. Il ne ressort pas du dossier qu'elle aurait été titulaire après cette date d'un titre de séjour autorisant son séjour en France, dont elle a quitté le territoire le 20 juillet 2018. Son séjour en France n'est, ainsi, pas ancien. Elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire plus de deux mois après l'échéance, le 19 décembre 2018, du visa dont elle était munie lors de son entrée en France le 26 septembre 2018 et n'a sollicité, du préfet des Yvelines, la délivrance d'un titre de séjour que le 15 avril 2019. Si elle est la mère d'une enfant née à Saint-Nazaire le 10 juillet 2020, elle est célibataire assure seul l'entretien, la garde et l'éducation de cet enfant, qui peut accompagner sa mère, aucune précision ne ressortant du dossier quant à la situation du père de cet enfant. Par ailleurs, la requérante ne soutient pas avoir établi des liens personnels et familiaux intenses, anciens et stables en France et n'établit pas davantage être dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine. Ainsi, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation sur la situation familiale et personnelle de la requérante en refusant de lui délivrer un titre de séjour en application de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas non plus méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. La requérante fait état de l'ancienneté de son séjour en France et de son insertion professionnelle, attestée par son emploi intérimaire de 2017 à 2019. Toutefois ces éléments, ainsi que ceux mentionnés au point 5 du présent jugement, ne suffisent pas à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, de autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

9. La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer l'enfant de sa mère. Ce dernier n'est pas scolarisé et avait moins d'un an à la date de la décision attaquée, il peut donc accompagner la requérante au Sénégal où la cellule familiale a vocation à se reconstituer. L'arrêté attaqué n'expose pas cet enfant à un risque particulier pour sa santé, sa sécurité, son éducation ou sa moralité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être également écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut être accueilli.

11. En deuxième lieu, si la requérante soutient que le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur de droit en s'estimant tenu d'assortir le refus de titre de séjour d'une obligation de quitter le territoire français, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le préfet se serait estimé tenu de prendre une telle décision que les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui permettent de prendre après avoir refusé de délivrer un titre de séjour.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus aux points 5 et 9, les moyens tirés de ce que la décision litigieuse aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination ne peut être accueilli.

14. En second lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus aux points 5 et 9, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Valérie Clément.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

A. B DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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