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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201604

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201604

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAMY-RABU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 février 2022, Mme B A, représentée par Me Lamy-Rabu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, en fixant le pays à destination duquel elle sera susceptible d'être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois courant de la notification du jugement à intervenir, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision refusant de l'admettre au séjour :

- n'a pas été signée par une autorité compétente ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

- sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 janvier 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Loirat, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante de la République dominicaine née le 18 octobre 1968, est entrée en France le 4 juin 2014, munie d'un visa de court séjour délivré pour lui permettre d'assister au mariage de son fils. Elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire un titre de séjour pour raison médicale et a bénéficié à ce titre d'un titre de séjour valable du 21 décembre 2017 au

20 décembre 2018. Sa demande de renouvellement de ce titre a fait l'objet d'un refus par arrêté du 24 octobre 2019 et le préfet de Maine-et-Loire a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire. La légalité de cet arrêté a été admise par un jugement du 9 octobre 2020. Mme A a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er juillet 2021, dont elle demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, en fixant le pays à destination duquel elle sera susceptible d'être éloignée.

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 22 février 2021, paru au recueil des actes administratifs de la préfecture le 24 février suivant, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation pour signer tous actes et décisions relatifs aux attributions de l'Etat dans le département, à quelques exceptions limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les décisions refusant de délivrer un titre de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque dès lors en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. Mme A se prévaut d'une durée de présence en France de sept ans à la date de la décision attaquée, de la présence en France de son fils et de sa fille ainsi que de son suivi médical sur le territoire. Toutefois, d'une part, il est constant qu'elle a détourné l'objet du visa de court séjour accordé pour lui permettre d'assister au mariage de son fils et qu'elle s'est maintenue sur le territoire en dépit du non renouvellement du titre de séjour d'un an obtenu à l'effet de recevoir des soins médicaux en France et de l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre le

24 octobre 2019. D'autre part, si ses enfants attestent qu'elle s'occupe de ses petits-enfants, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ces enfants requerraient des soins ou une attention très particulières et insusceptibles de leur être prodigués dans les modes de garde habituels des parents qui travaillent. Si la requérante a travaillé à temps partiel au cours des années 2018 et 2019 en tant que femme de chambre dans des hôtels, elle ne justifie pas ainsi d'une réelle intégration professionnelle. Si son état de santé et les troubles bipolaires dont elle souffre font l'objet d'un suivi médical sur le territoire national, elle n'établit pas que ses problèmes de santé se seraient aggravés depuis le refus de renouveler son titre de séjour par le préfet de Maine-et-Loire, et l'autorisation de séjour pour recevoir des soins ne lui donnait pas, en tout état de cause, vocation à se maintenir en France de manière pérenne. Enfin, la requérante ne justifie pas être dépourvue de toute attache en République dominicaine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 46 ans. Dans ces conditions, et alors qu'il lui sera loisible de solliciter des autorités consulaires françaises en République dominicaine un visa de long séjour en qualité d'ascendante de ressortissant français, la décision attaquée du préfet de Maine-et-Loire ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

6. Si Mme A se prévaut des circonstances rappelées au point 4, elle ne peut être regardée comme justifiant ainsi de circonstances exceptionnelles ou de motifs humanitaires susceptibles de permettre son admission exceptionnelle au séjour.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

7. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision de refus de séjour n'est pas établie. Par suite, Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre des décisions attaquées portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays à destination duquel elle sera susceptible d'être éloignée d'office.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Lamy-Rabu et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

C. LOIRAT

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

E. GAUTHIER

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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