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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201626

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201626

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantSCP MOUGEL - BROUWER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 8 février 2022, Mme A E épouse D, représentée par Me Mougel, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie) refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de court séjour en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. B D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant du financement et des conditions de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de sa volonté de quitter la France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Sur mesure d'instruction du tribunal, l'administration a produit l'entier dossier administratif de la demande de visa le 24 août 2022.

II. Par une requête enregistrée le 8 février 2022, M. B D, représenté par Me Mougel, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie) refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de court séjour en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant du financement et des conditions de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de sa volonté de quitter la France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Sur mesure d'instruction du tribunal, l'administration a produit l'entier dossier administratif de la demande de visa le 24 août 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas (code des visas) ;

- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 19 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2201626 et 2201627 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme A E épouse D et M. B D, ressortissants algériens respectivement nés en 1953 et 1955, ont demandé la délivrance de visas d'entrée et de court séjour en France à l'autorité consulaire française à Alger en vue d'une visite familiale. Cette autorité a rejeté leur demande le 17 août 2021. Par une décision du 8 décembre 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé à l'encontre des refus de l'autorité consulaire. Les époux D doivent être regardés comme demandant au tribunal l'annulation de la décision de la commission, qui s'est substituée aux décisions consulaires.

3. Pour rejeter le recours préalable formé à l'encontre des décisions consulaires, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a relevé que les époux D ne justifiaient ni de leurs conditions d'hébergement ni de ressources personnelles suffisantes pour garantir le financement de leur séjour et de leur retour dans leur pays de résidence et qu'il existait un risque de détournement de l'objet du visa compte tenu de leur situation personnelle.

4. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision de cette commission s'est substituée aux décisions de l'autorité consulaire à Alger. En conséquence, le moyen tiré l'insuffisance de motivation, lequel est dirigé contre les décisions consulaires, doit être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum. () ". Aux termes de l'article 6 du règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes: () / c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens ; () / 4. L'appréciation des moyens de subsistance se fait en fonction de la durée et de l'objet du séjour et par référence aux prix moyens en matière d'hébergement et de nourriture dans l'État membre ou les États membres concernés, pour un logement à prix modéré, multipliés par le nombre de jours de séjour. / Les montants de référence arrêtés par les États membres sont notifiés à la Commission conformément à l'article 39. / L'appréciation des moyens de subsistance suffisants peut se fonder sur la possession d'argent liquide, de chèques de voyage et de cartes de crédit par le ressortissant de pays tiers. Les déclarations de prise en charge, lorsqu'elles sont prévues par le droit national, et les lettres de garantie telles que définies par le droit national, dans le cas des ressortissants de pays tiers logés chez l'habitant, peuvent aussi constituer une preuve de moyens de subsistance suffisants. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'obtention d'un visa de court séjour est subordonnée à la condition que les demandeurs justifient à la fois de leur capacité à retourner dans leur pays d'origine et de moyens de subsistance suffisants pendant leur séjour.

7. Il est constant, ainsi que le reconnaît le ministre de l'intérieur en défense, que les époux D ont déclaré séjourner dans l'appartement dont ils sont propriétaires en France pendant la période de quinze jours envisagée, et qu'ils disposent des ressources nécessaires pour subvenir à leurs besoins au cours de leur voyage et pour retourner à son issue dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 21 du règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale ou du risque pour la sécurité des États membres que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé () ". Et aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : / () b) s'il existe des doutes raisonnables sur l'authenticité des documents justificatifs présentés par le demandeur ou sur la véracité de leur contenu, sur la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ". Aux termes de l'annexe II du même règlement : " Liste non exhaustive de documents justificatifs / Les justificatifs visés à l'article 14, que les demandeurs de visa doivent produire, sont notamment les suivants : () / B. DOCUMENTS PERMETTANT D'APPRECIER LA VOLONTE DU DEMANDEUR DE QUITTER LE TERRITOIRE DES ETATS MEMBRES : / 1) un billet de retour ou un billet circulaire, ou encore une réservation de tels billets; 2) une pièce attestant que le demandeur dispose de moyens financiers dans le pays de résidence; 3) une attestation d'emploi: relevés bancaires; 4) toute preuve de la possession de biens immobiliers; 5) toute preuve de l'intégration dans le pays de résidence: liens de parenté, situation professionnelle. ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative peut légalement refuser la délivrance du visa sollicité s'il existe un doute raisonnable sur la volonté des demandeurs de quitter le territoire de l'Etat membre avant l'expiration du visa demandé.

9. Le ministre de l'intérieur fait valoir, sans être contredit, que le centre des intérêts économiques et familiaux des requérants se trouve en France. Si les intéressés soutiennent qu'ils sont propriétaires d'un bien immobilier en Algérie et se prévalent de leur situation financière, il ressort des pièces du dossier que la majeure partie de leurs revenus est issue du bien immobilier qu'ils possèdent en France et au sein duquel réside leur fils, titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans. Dans ces conditions, en l'absence d'éléments permettant d'apprécier concrètement et complètement leur situation personnelle dans leur pays d'origine, les considérations avancées par M. et Mme D ne sont pas suffisantes pour écarter l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires. Par suite, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont elle dispose, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu, sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, se fonder sur ce dernier motif.

10. La décision en litige est fondée sur un motif légal et sur un motif illégal. Il résulte de l'instruction, eu égard au caractère déterminant du motif tiré du risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires et à la teneur des écritures en défense, que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme et M. D ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision attaquée. Leurs conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance doivent être rejetées par voie de conséquence.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes des époux D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E épouse D, à M. B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.

La rapporteuse,

M. C

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

S. JEGOLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2, 2201627

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