lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2201634 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | ROUVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 février 2022 et le 7 juillet 2022, Mme F D épouse E, agissant en son nom et en tant que représentante légale de Marlène D, ainsi que Mme A D et Mme C D, représentées par Me Rouvier, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 10 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions des autorités consulaires françaises à Kinshasa refusant de délivrer à Marlène D, Gracia D et Bibiche D un visa de long séjour au titre du regroupement familial, ainsi que celles des autorités consulaires ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen des demandes de visas dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- les décisions des autorités consulaires françaises ont été prises par une autorité incompétente ;
- les décisions des autorités consulaires françaises et la décision de la commission de recours sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation, tant au regard des actes d'état civil produits que de la possession d'état ;
- elles méconnaissent l'autorité de la chose jugée qui s'attache aux jugements rendus par les autorités congolaises ;
- elles ont été prises en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme G,
- et les observations de Me Rouvier, avocat des requérantes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F D épouse E, ressortissante congolaise, née le 8 août 1973, a obtenu par une décision du 29 juillet 2019 du préfet de l'Isère une autorisation de regroupement familial au profit de Gracia D, Bibiche D et Marlène D, nées respectivement le 20 juin 2000, le 15 mai 2003 et le 3 mars 2005, qu'elle présente comme ses enfants. Ces dernières ont déposé des demandes de visas de long séjour au titre du regroupement familial auprès des autorités consulaires françaises en République démocratique du Congo. Par des décisions notifiées le 12 juillet 2021, ces autorités ont refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision implicite née le 10 novembre 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires. Les consorts D demandent au tribunal d'annuler cette décision de la commission de recours ainsi que celles des autorités consulaires.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur :
2. D'une part, l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable à la date de la décision contestée énonce : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête () ". L'article R. 421-3 du même code prévoit que : " Toutefois, l'intéressé n'est forclos qu'après un délai de deux mois à compter du jour de la notification d'une décision expresse de rejet : / 1° Dans le contentieux de l'excès de pouvoir, si la mesure sollicitée ne peut être prise que par décision ou sur avis des assemblées locales ou de tous autres organismes collégiaux ; () ".
4. Il résulte des articles D. 312-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables, que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être qualifiée, compte tenu notamment de sa composition et de son fonctionnement, d'organisme collégial au sens et pour l'application des dispositions de l'article R. 421-3 du code de justice administrative. Par suite, seule la notification à la personne concernée d'une décision expresse de rejet du recours administratif préalable obligatoire est susceptible de faire courir le délai de recours contentieux de deux mois prévu à l'article R. 421-2 du code de justice administrative.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les consorts D se sont vu opposer par la commission de recours une décision implicite de rejet qui est intervenue le 10 novembre 2021. En l'absence de décision expresse, la présente requête, enregistrée le 7 février 2022, ne peut être regardée comme tardive. La fin de non-recevoir invoquée par le ministre de l'intérieur doit dès lors être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions des autorités consulaires françaises :
6. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite née le 10 novembre 2021 de cette commission s'est substituée aux décisions du 12 juillet 2021 des autorités consulaires françaises en République démocratique du Congo. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
7. D'une part, dans le cas où la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour des motifs d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien familial entre le demandeur du visa et le membre de la famille qu'il projette de rejoindre sur le territoire français ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits. En particulier, le caractère apocryphe des actes de naissance produits constitue un motif d'ordre public de nature à justifier le refus de visa.
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
9. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour rejeter les demandes de visa de long séjour présentées par Gracia D, Bibiche D et Marlène D, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que les documents d'état civil produits étant dépourvus de valeur probante et en l'absence d'éléments de possession d'état, l'identité des demandeuses de visas et leur lien familial à l'égard de Mme D épouse E ne sont pas établis.
10. Les requérantes produisent, pour justifier de l'identité des demandeuses de visas et du lien de filiation allégué, un jugement supplétif d'acte de naissance n°RCE.5136/VI, rendu le 24 novembre 2017 par le tribunal pour enfants de H, qui mentionne que Gracia D, Bibiche D et Marlène D sont nées respectivement le 20 juin 2000, le 15 mai 2003 et le 3 mars 2005 à Kinshasa et qui font état de leur lien de filiation avec la réunifiante. Elles produisent également les actes de naissance n°5985, n°5986 et n°5984 dressés le 27 novembre 2017 en transcription de ce jugement.
11. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que le jugement supplétif n°RCE.5136/VI a été rendu tardivement, sur simple déclaration de M. I, leur oncle maternel, et quelques mois avant la demande de regroupement familial présentée par Mme D épouse E, ces circonstances ne permettent pas de démontrer son caractère frauduleux. Par ailleurs, la circonstance que les actes de naissance produits ont été établis à une date où ce jugement supplétif pouvait encore être frappé d'appel, en vertu des dispositions combinées de l'article 67 du code de procédure civile de la République démocratique du Congo et de l'article 109 du code de la famille congolais, ne suffit pas à remettre en cause leur valeur probante. Enfin, la circonstance, relevée par le ministre de l'intérieur, que les documents produits n'ont pas fait l'objet d'une légalisation, tant par les autorités consulaires françaises à Kinshasa que par les autorités consulaires congolaises en France, ne permet pas de renverser la présomption d'authenticité qui s'attache à ces actes d'état civil. Dès lors, l'identité de Gracia D, Bibiche D et Marlène D doit être regardée comme établie. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer les visas sollicités pour le motif exposé au point 9.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme F D épouse E, Mme A D et Mme C D sont fondées à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance des visas sollicités dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer à l'encontre du ministre de l'intérieur, à défaut pour lui de justifier de l'exécution du présent jugement dans un délai de deux mois à compter de sa notification, une astreinte de 100 euros par jour de retard jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme F D épouse E, Mme A D et Mme C D de la somme globale de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France née le 10 novembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Gracia D, Bibiche D et Marlène D un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Une astreinte de 100 (cent) euros par jour de retard est prononcée à l'encontre du ministre de l'intérieur s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 2 ci-dessus.
Article 4 : L'Etat versera à Mme F D épouse E, Mme A D et Mme C D une somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D épouse E, à Mme A D, à Mme C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 août 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Beyls, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
La rapporteure,
M.-P. G
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau
S. THOMAS
La greffière,
C. GUILLAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2201634
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026