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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201695

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201695

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201695
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2022, M. C B, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2022 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 800 euros à Me Kaddouri en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; notamment, contrairement à ce qui y est relevé, il n'a pas été en situation irrégulière pendant une année, son autorisation provisoire de séjour ayant été automatiquement prolongée jusqu'au 2 décembre 2020 compte tenu de l'état d'urgence sanitaire ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il était en situation régulière jusqu'au mois de décembre 2020 et n'était donc pas en situation irrégulière pendant une année ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des stipulations de l'article 5 de l'accord conclu entre la République française et la République du Bénin le 28 novembre 2007 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, au regard tant de sa situation personnelle que de son intégration professionnelle en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que le centre de ses attaches privées et familiales se situe en France, où il réside depuis plus de 4 ans, où vivent également son frère et sa sœur, et où il y justifie d'une insertion professionnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de séjour entraîne l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur les décisions fixant le délai de départ et le pays de renvoi :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne l'illégalité des décisions fixant le délai de départ et le pays de renvoi ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Bénin, signé à Cotonou le 28 novembre 2007 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant béninois né le 22 octobre 1991, est entré régulièrement en France le 8 septembre 2017, sous couvert d'un visa étudiant valable jusqu'au 23 août 2018. Il s'est ensuite vu délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant, valable jusqu'au 15 octobre 2019, puis une autorisation provisoire de séjour en qualité d'étudiant en recherche d'emploi, valable jusqu'au 2 juin 2020. Le requérant a, le 4 juin 2021, sollicité du préfet de Maine-et-Loire son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 janvier 2022, portant également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande en raison de l'absence de motifs exceptionnels ou de circonstances humanitaires justifiant l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 7 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire, le préfet de Maine-et-Loire lui a accordé délégation à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire ", à l'exception de certains actes limitativement énumérés, au nombre desquels ne figurent pas les décisions de refus de titre de séjour, celles portant obligation de quitter le territoire français et celles fixant le pays de destination. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision litigieuse, que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B. A cet égard, si la décision relève que le requérant était en situation irrégulière à compter du 3 juin 2020, alors que son autorisation provisoire de séjour a été automatiquement renouvelée jusqu'au 2 décembre 2020 compte tenu de la crise sanitaire, cette erreur, qui est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué eu égard au motif sur lequel il se fonde, rappelé au point 1, ne démontre pas l'absence d'examen de la situation du requérant.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, si le requérant fait valoir que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait dès lors que son autorisation provisoire de séjour a été automatiquement renouvelée jusqu'au 2 décembre 2020 compte tenu de la crise sanitaire, et que, par suite, il ne s'est pas trouvé en situation irrégulière pendant une période d'une année, contrairement à ce qui y est relevé, cette circonstance est toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 3, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

6. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

7. En l'espèce, M. B a été embauché par la ville d'Angers en contrat à durée déterminée en qualité d'adjoint d'animation pour les périodes comprises entre le 5 février et le 23 août 2018, le 1er septembre 2018 et le 20 novembre 2019, puis le 6 décembre 2019 et le 24 décembre 2020 ; il justifie, par une attestation de son employeur datée du 18 juin 2021 versée au dossier, de son investissement en tant qu'agent de désinfection pendant la crise sanitaire. Toutefois, ni ces circonstances, ni la situation personnelle de M. B ne suffisent à caractériser l'existence de circonstances exceptionnelles ou humanitaires qui justifieraient son admission au séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés. M. B ne peut en outre utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 5 de l'accord conclu entre la République française et la République du Bénin le 28 novembre 2007, celles-ci n'étant pas relatives à la délivrance de titres de séjour aux ressortissants béninois, mais d'autorisations provisoires de séjour.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. M. B, célibataire et sans enfant, soutient qu'il résidait en France depuis plus de 4 ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, les seules circonstances qu'un frère et une sœur du requérant résident sur le territoire français, qu'il ait obtenu un master " international business " à l'Université catholique de l'Ouest (Angers) à l'issue de l'année universitaire 2017-2018 et qu'il ait été embauché à plusieurs reprises en contrat à durée déterminée par la ville d'Angers ne peuvent suffire à justifier des liens personnels et familiaux dont il se prévaut en France. M. B a par ailleurs déclaré dans sa demande de titre de séjour que ses parents ainsi qu'un frère et une sœur résident dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, l'arrêté attaqué n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En dernier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions relatives à la délivrance de plein droit des cartes de séjour citées dans cet article, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. B ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande de titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par M. B à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle, ni qu'elle méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par M. B à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi, ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

L. A

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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