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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201696

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201696

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2022, M. B A, représenté par Me Guilbaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler le temps de la fabrication de son titre de séjour ou du réexamen de sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation de son état civil ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale compte tenu de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 202Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Desfrançois, substituant Me Guilbaud, avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 7 mai 2001, a déclaré être entré irrégulièrement en France en juillet 2017. Par une ordonnance du 16 août 2017, le juge des tutelles du tribunal de grande instance de Nantes a prononcé l'ouverture d'une tutelle au bénéfice de M. A. Par un arrêté du 23 septembre 2019 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal de céans n° 1914263 du 8 décembre 2020 et par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Nantes n° 21NT01819 du 28 octobre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par l'arrêté attaqué du 25 août 2021, il a rejeté la nouvelle demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " présentée par M. A sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'échéance de ce délai.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il lui appartient d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément sur la situation personnelle de l'étranger, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

3. Le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement de cet article en raison du caractère apocryphe de ses documents d'état civil, de son maintien en situation irrégulière postérieurement à la confirmation de la légalité de son arrêté du 23 septembre 2019 portant notamment obligation de quitter le territoire français et de l'absence d'insertion socio-professionnelle du requérant.

4. D'une part, l'arrêté attaqué ne précise pas les éléments sur lesquels le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé afin de conclure au caractère apocryphe des actes d'état civil produits par le requérant, le jugement du 8 décembre 2020 mentionné au point 1 n'ayant pas confirmé cette appréciation. D'autre part, M. A ne s'est pas maintenu en situation irrégulière dès lors qu'il a déposé dès le 21 décembre 2020 une demande de titre de séjour. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A, déscolarisé précocement dans son pays d'origine et entré à l'âge de seize ans en France où il a été confié à l'aide sociale à l'enfance, a connu de grandes difficultés scolaires jusqu'à la prise en charge de ses troubles anxieux au cours de l'année 2019. Il a alors obtenu en juillet 2020 son certificat d'aptitude professionnelle de maçon avec une moyenne de 14/20. De nombreux documents produits par le requérant attestent de son sérieux, postérieurement à cette prise en charge médicale, dans ses études et sa recherche d'emploi ainsi que de sa forte implication dans la vie locale. Il dispose en outre de promesses d'embauche de deux entreprises différentes, la mission locale de l'agglomération nazairienne précisant par ailleurs que les compétences professionnelles du requérant sont particulièrement recherchées dans le secteur du BTP en tension sur son bassin d'emploi. Dans ces conditions, M. A, qui vit en France depuis quatre ans à la date de la décision attaquée, est fondé à soutenir que son admission au séjour se justifie au regard de motifs exceptionnels et que le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".

Sur la légalité des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

5. Il résulte de ce qui précède que le refus de titre de séjour opposé à M. A est entaché d'illégalité. Comme le soutient le requérant, l'illégalité de ce refus de séjour prive de base légale la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que la décision fixant son pays de destination.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 25 août 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif sur lequel il se fonde pour prononcer l'annulation des décisions attaquées, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de munir l'intéressé d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Guilbaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 août 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Guilbaud la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Guilbaud.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La rapporteure,

H. C

Le président,

T. GIRAUD

La greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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