lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2201713 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | LEVY |
Vu la procédure suivante :
G une requête et un mémoire, enregistrés le 9 février 2022 et le 28 juin 2022, M. F A D, représenté G Me Levy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2022 G laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 12 octobre 2021 des autorités consulaires françaises à Oran refusant de lui délivrer un visa d'établissement en qualité de conjoint de ressortissante française ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros G jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la commission de recours ne lui a jamais demandé de produire les pièces permettant de justifier de l'existence d'une communauté de vie avec son épouse ;
- la décision de la commission de recours méconnaît les dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entachée d'une erreur d'appréciation au regard de la sincérité et de l'effectivité de ses liens matrimoniaux avec Mme C B ;
- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
G un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés G le requérant ne sont pas fondés.
Un mémoire en intervention, enregistré le 28 juin 2022, a été présenté pour Mme C B, représentée G Me Levy, qui demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de M. A D G les mêmes moyens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante française, a épousé, le 13 mars 2020 à Corbeil-Essonnes, M. F A D, ressortissant algérien, né le 2 février 1986. M. A D demande au tribunal d'annuler la décision du 6 janvier 2022 G laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 12 octobre 2021 des autorités consulaires françaises à Oran refusant de lui délivrer un visa d'établissement en qualité de conjoint de ressortissante française.
Sur l'intervention de Mme C B :
2. Mme B, épouse du requérant, justifie d'un intérêt à l'annulation de la décision attaquée. Son intervention est donc recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
3. Aux termes de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public ". Il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'un ressortissant français dont le mariage n'a pas été contesté G l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.
4. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de visa présentée G M. A D en qualité de conjoint d'une ressortissante française, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, il n'y a pas de preuves du maintien d'échanges réguliers et constants de quelque nature que ce soit (lettres, communications téléphoniques ou informatiques identifiées et datées, voyages) entre les époux depuis leur mariage le 13 mars 2020, célébré alors que l'intéressé était en situation irrégulière sur le territoire français depuis le 14 avril 2019, d'autre part, il n'est pas établi que le couple ait un projet concret de vie commune ni que M. A D participe aux charges du mariage selon ses facultés propres. La commission de recours a ainsi estimé que ces éléments constituent un faisceau d'indices suffisamment précis et concordants attestant du caractère complaisant du mariage, contracté à des fins étrangères à l'institution matrimoniale, dans le seul but de faciliter l'établissement en France du demandeur.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A D, ressortissant algérien, s'est marié le 13 mars 2020 à Corbeil-Essonnes avec Mme B, ressortissante française. Pour établir le caractère complaisant du mariage, le ministre de l'intérieur ajoute que le requérant ne précise pas les circonstances de sa rencontre avec Mme B. Il précise que le demandeur de visa a séjourné irrégulièrement sur le territoire français et qu'une mesure d'éloignement a été prise à son encontre le 18 décembre 2020 G le préfet de l'Essonne. Le ministre fait également valoir que le requérant se déclare célibataire sur un réseau social et qu'il ne justifie pas de l'existence d'une communauté de vie avec son épouse antérieurement et postérieurement à leur mariage. Il relève également que M. A D ne participe pas aux charges du mariage selon ses facultés propres. Le ministre souligne enfin que la copie intégrale de l'acte de naissance de Mme B délivrée le 14 septembre 2021 ne mentionne pas son mariage avec M. A D et que ce dernier a indiqué, lors de sa demande de visa, qu'il entendait séjourner uniquement deux années sur le territoire français. Toutefois, le requérant explique qu'il a rencontré son épouse au mois de juillet 2019 G l'intermédiaire d'une connaissance commune. Il produit des photographies de son mariage avec Mme B et de leur couple, dont les plus anciennes remontent au mois d'août 2019. En outre, le demandeur de visa produit une facture en lien avec l'organisation de son mariage avec Mme B, datée du 24 janvier 2020, qui fait état d'une domiciliation commune. G ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A D et son épouse ont été reçu ensemble au mois de juillet 2020 G un médecin du service de chirurgie gynécologique et obstétrique de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière dans le cadre d'un projet de conception d'un enfant. Mme B a ensuite fait l'objet d'un suivi médical en lien avec ce projet jusqu'au mois de janvier 2021. Enfin, le requérant justifie de nombreux appels téléphoniques et échanges électroniques avec Mme B à compter du mois de mai 2021. Si le ministre fait valoir que M. A D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 18 décembre 2020, cette circonstance ne suffit pas à démontrer son défaut d'intention matrimoniale. Si le requérant est référencé comme étant célibataire sur un réseau social, cette circonstance ne saurait démontrer l'absence de vie commune effective avec Mme B. La circonstance que le requérant ne participe pas aux charges du mariage selon ses facultés propres ne permet pas de remettre en cause la sincérité des liens qui l'unissent à son épouse. Enfin, l'absence de mention du mariage entre les intéressés sur la copie intégrale de l'acte de naissance de Mme B délivrée le 14 septembre 2021 ne permet pas de démontrer pas le caractère frauduleux de ce mariage. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant, pour les motifs exposés au point précédent, de délivrer à M. A D un visa de long séjour en qualité de conjoint de ressortissante française.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A D est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A D de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de Mme B est admise.
Article 2 : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France du 6 janvier 2022 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à M. A D un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à M. A D une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. F A D, à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 août 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Beyls, conseillère.
Rendu public G mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
La rapporteure,
M.-P. E
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau
S. THOMAS
La greffière,
C. GUILLAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2201713
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026