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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201717

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201717

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201717
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2022, M. B C, représenté par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 21 janvier 2022 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivré un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et, d'autre part, l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel il l'a assigné à résidence à son domicile situé 4 rue Fra Angelico au Mans pour une durée de 45 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour pour raisons médicales ou, à titre subsidiaire, un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de

50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, en lui délivrant dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement en sa faveur de la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence de son auteur ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- il n'est pas justifié qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2022.

Vu :

- le jugement du magistrat désigné du tribunal du 15 février 2022.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 1er juin 1976, est entré irrégulièrement sur le territoire français en août 2015 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le

27 avril 2016 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 17 février 2017. Suite à une première demande de titre de séjour pour raisons de santé, M. C s'est vu notifier, le

6 septembre 2018, un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. S'étant maintenu irrégulièrement sur ce territoire, il a, le 23 juin 2020, demandé à nouveau un titre de séjour sur le même fondement. Par un arrêté du 21 janvier 2022, le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un arrêté du 27 janvier 2022, il l'a assigné à résidence à son domicile situé 4 rue Fra Angelico au Mans pour une durée de 45 jours. M. C demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement du 15 février 2022, le magistrat désigné du tribunal a renvoyé devant une formation collégiale du tribunal les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 21 janvier 2022 en tant qu'il refuse la délivrance d'un titre de séjour à M. C ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et rejeté le surplus des conclusions de la requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 janvier 2022 en tant qu'il porte refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de séjour, le préfet s'est fondé notamment sur l'avis émis le 29 décembre 2021 par le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) selon lequel, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier d'un traitement approprié et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. M. C déclare souffrir d'épilepsie et d'un syndrome anxio-dépressif sévère liés à des persécutions subies dans son pays d'origine, Il produit notamment un certificat médical d'un médecin psychiatre en date du 8 septembre 2020, selon lequel l'état de santé du requérant nécessite un accompagnement psychiatrique régulier de soutien de mobilisation dont l'absence pourrait générer des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état mental ainsi qu'une ordonnance attestant du suivi médical dont il fait l'objet. Toutefois, la seule production d'un article du CAIRN ne suffit pas établir qu'il ne pourrait être pris en charge dans son pays d'origine. Le requérant ne démontre par ailleurs pas que les médicaments qu'il prend dans le cadre de son traitement ne seraient pas disponibles en République démocratique du Congo. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et serait entachée d'une erreur d'appréciation.

6. En second lieu, M. C est célibataire et sans enfant et ne fait état d'aucune attache personnelle sur le territoire français et n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans. Dans ces conditions, en dépit de son engagement dans une communauté évangélique, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale telle qu'il est garanti à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède, qu'il y a lieu de rejeter le surplus des conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction présentées par M. C.

D E C I D E :

Article 1er : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Martin et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

Le rapporteur,

P-E. A

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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