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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201737

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201737

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201737
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2022, M. B E, représenté par Me Homehr, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a substitué un rejet de sa demande de naturalisation à l'ajournement à deux ans de cette demande prononcé par la préfète de la Somme par une décision du 30 juillet 2021, ainsi que cette dernière décision ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son avocate au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- le motif tiré de l'absence de ressources propres est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il perçoit une pension de retraite d'environ 900 euros par mois ;

- le motif tiré de ce qu'il aurait effectué une fausse déclaration auprès de la caisse d'allocations familiales en déclarant à tort ses enfants comme étant à sa charge et en ne déclarant pas sa situation de concubinage est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il contribue à l'entretien de ses enfants en versant mensuellement une somme d'environ 300 euros à l'autre parent, et que le ministre n'établit pas la situation de concubinage sur laquelle il s'est fondé ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- sa demande de naturalisation remplissait les conditions de recevabilité fixées par le code civil.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Cordrie a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E demande au tribunal d'annuler la décision du 30 juillet 2021 par laquelle la préfète de la Somme a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française ainsi que la décision du 1er février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a substitué un rejet à cet ajournement à deux ans.

2. En premier lieu, la décision par laquelle le ministre de l'intérieur statue sur le recours préalable obligatoire institué par les dispositions de l'article 45 du n° 93-1362 du 30 décembre 1993 se substitue à la décision initiale prise par l'autorité préfectorale. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision ministérielle du 1er février 2022.

3. En deuxième lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité dispose de la délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité, à l'exception des décrets. Par un décret du 19 mai 2021, publié au Journal officiel de la République française du 20 mai 2021, M. A a été nommé directeur de l'intégration et de l'accès à la nationalité. Par une décision du 27 septembre 2021, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 3 octobre 2021, M. A a accordé à Mme C D, chargée du traitement des recours administratifs préalables obligatoires au bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux et signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit dès lors être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut notamment prendre en compte, sous le contrôle du juge, les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant ainsi que le degré d'autonomie matérielle du postulant, apprécié au regard du caractère suffisant et durable de ses ressources propres.

5. Pour rejeter la demande de naturalisation présentée par M. E, le ministre s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'intéressé aurait effectué une fausse déclaration à la caisse d'allocations familiales et, d'autre part, qu'il serait dépourvu de ressources propres.

6. S'agissant du premier motif, la seule circonstance que M. E ait effectué des virements ponctuels à la mère de ses enfants n'est nullement de nature à établir que ces derniers auraient effectivement été à sa charge, alors qu'il ne soutient pas même qu'ils résidaient chez lui. Par ailleurs, il ne conteste pas utilement avoir omis la situation de concubinage dans laquelle il se trouvait. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le motif tiré de ce qu'il a fourni une fausse déclaration à la caisse d'allocations familiales serait entaché d'une erreur de fait, et le ministre n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de l'intéressé pour ce motif.

7. S'agissant du second motif, il ressort des pièces du dossier que M. E perçoit une pension de retraite d'environ 900 euros par mois. Il est ainsi fondé à soutenir que le motif tiré de ce qu'il ne disposerait pas de revenus propres est entaché d'une erreur de fait. Toutefois, il résulte de l'instruction que le ministre aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif tiré de la fausse déclaration fournie par M. E.

8. En dernier lieu, eu égard au motif de la décision attaquée, est sans incidence sur sa légalité la circonstance que le postulant remplirait par ailleurs les conditions fixées par le code civil pour admettre la recevabilité d'une demande de naturalisation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, au ministre de l'intérieur et à Me Homehr.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

A. CORDRIE

La présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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