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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201753

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201753

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201753
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 février 2022 et 2 mars 2023, Mme B D, représentée par Me Perrot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant le temps de cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet ne justifie pas de l'existence d'un avis rendu par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en méconnaissance des dispositions des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ; il n'est pas démontré que le médecin rapporteur a rendu son rapport et n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'OFII ; il n'est pas démontré que l'avis a été pris à l'issue d'une délibération collégiale ; il n'est pas davantage démontré que l'avis a été rendu dans le délai de trois mois prévu par l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui court à compter à compter de la transmission du certificat médical ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière, notamment au regard de la circonstance que sa demande de titre de séjour a été examinée par l'OFII comme une première demande et non comme une demande de renouvellement ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est de ce fait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, de ce fait, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 15 février 1968, déclare être entrée irrégulièrement en France le 20 janvier 2012. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 15 juillet 2013 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par un arrêt du 31 janvier 2014 de la Cour nationale du droit d'asile. Sa demande de réexamen a également été rejetée définitivement par une décision du 11 août 2017. Elle a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français par arrêté du 23 février 2018, à laquelle elle n'a pas déféré. Par la suite, elle a obtenu du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions alors en vigueur du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Son titre de séjour en qualité d'étranger malade arrivant à expiration le 5 décembre 2020, elle en a demandé le renouvellement. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 27 juillet 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté du 27 juillet 2021 a été signé par Mme A, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 17 mars 2021 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit comme de fait pour lesquelles son auteur a décidé de refuser de renouveler le titre de séjour de la requérante. Dès lors, la décision portant refus de renouvellement de titre, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est motivée comme, en conséquence des dispositions de L. 613-1 de ce code, l'obligation de quitter le territoire français dont elle a été assortie. En outre, cet arrêté, qui vise notamment les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate qu'il est fait obligation à l'intéressée de quitter le territoire français, qu'elle est ressortissante de la République démocratique du Congo et qu'elle n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ou qu'elle y serait exposée à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, la circonstance que le préfet n'a pas indiqué que Mme D est bénéficiaire du statut de réfugié au Cameroun alors qu'elle en avait fait état lors de sa première demande de titre de séjour, relative au bien-fondé de l'arrêté, est sans incidence sur la régularité de la motivation de la décision fixant le pays de renvoi. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.

4. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, que les décisions portant refus de renouvellement d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ont été précédées d'un examen de la situation particulière de la requérante. Si la requérante fait valoir que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a examiné sa demande de titre de séjour non comme une demande de renouvellement de titre mais comme une première demande de titre, cette circonstance ne saurait avoir une quelconque incidence sur le sens et la portée de l'avis médical émis concernant l'état de santé de l'intéressée.

Sur la légalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". De plus, aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " () Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. () ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées prévoit : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme D a fait l'objet d'un rapport médical du 14 décembre 2020 et d'un avis d'un collège de trois médecins du service médical de l'OFII du 2 février 2021, émis en particulier au vu de ce rapport, transmis à ce collège le 14 décembre 2020 et établi par un médecin ne faisant pas partie de ce collège. Cet avis comporte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, qui n'est pas rapportée, du caractère collégial de celui-ci. Enfin, le délai de trois mois prévu par l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas imparti à peine de nullité. Le moyen tiré du vice entachant la procédure suivie devant l'OFII doit donc être écarté en toutes ses branches.

8. En deuxième lieu, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

9. En l'espèce, pour refuser à la requérante le renouvellement de son titre de séjour, le préfet, qui a examiné la situation de Mme D sans estimer être tenu par l'avis du 2 février 2021, a, faisant sienne la teneur de cet avis, estimé que cet état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressée.

10. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier, dont il peut solliciter la communication, du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme D souffre d'une apnée du sommeil sévère, ainsi qu'il résulte des termes de l'examen médical qu'elle a réalisé le 11 février 2020, soit postérieurement à la date de délivrance de son premier titre de séjour en qualité d'étranger malade, valable du 6 décembre 2019 au 5 décembre 2020. Si elle fait valoir que le défaut de prise en charge de cette pathologie pourra entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé, elle ne l'établit pas en se bornant à produire un certificat médical rédigé par un médecin généraliste sept mois après l'intervention de la décision attaquée qui indique, sans plus de précision, que l'absence d'appareillage nocturne dont l'intéressée bénéficie " peut entrainer des conséquences d'une particulière gravité : hypertension artérielle, accident vasculaire cérébral, syndrome dépressif ". Il en résulte qu'en refusant de renouveler le titre de séjour en qualité d'étranger malade de la requérante, le préfet de la Loire-Atlantique ne s'est pas livré à une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas davantage commis d'erreur d'appréciation.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ".

13. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, célibataire et sans enfant, est présente sur le territoire français au plus depuis neuf ans et sept mois à la date de la décision attaquée, de sorte qu'elle ne peut se prévaloir de dix ans de présence en France. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que la durée de sa présence en France est en partie due par son maintien irrégulier sur le territoire malgré une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 23 février 2018. En outre, Mme D ne justifie pas d'attache personnelle, notamment familiale, sur le territoire français. Si elle fait état de son insertion professionnelle en qualité d'employée lors de la période au cours de laquelle elle était titulaire d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade et produit à ce titre les bulletins de salaire des mois de janvier à juin 2021, qui font état de versements variant de 30 à 160 euros, cette seule circonstance ne peut suffire à établir que l'intéressée serait particulièrement insérée dans la société française. Par ailleurs, il n'est pas contesté que ses deux enfants sont demeurés au Cameroun, pays duquel elle affirme avoir obtenu le statut de réfugié après avoir fui son pays de nationalité en raison de persécutions. Dans ces conditions, compte tenu des conditions du séjour en France de la requérante, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressée.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui été dit précédemment, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que Mme D invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 11, la requérante n'est pas fondée à soutenir que ces dispositions auraient été méconnues par le préfet de la Loire-Atlantique.

16. En troisième et dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 13 ci-dessus, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en raison de l'atteinte excessive à la vie privée et familiale de Mme D, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitement inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

18. Aux termes de la décision attaquée, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé que Mme D sera renvoyée " à destination du pays dont l'intéressée possède la nationalité ou de tout pays dans lequel elle est légalement admissible ". De ce fait, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait fait une inexacte application des dispositions combinées des articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que, à supposer qu'elle bénéficie du statut de réfugié au Cameroun -ainsi qu'elle l'allègue sans l'établir-, elle sera renvoyée dans ce pays dans lequel elle est légalement admissible et non dans le pays dont elle a la nationalité. En tout état de cause, à supposer même que cette décision puisse être regardée comme fixant la République démocratique du Congo comme pays de renvoi, Mme D, dont la demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la CNDA le 31 janvier 2014, n'établit pas, par ses seules allégations dénuées de toute précision, qu'elle serait soumise, en cas de retour dans son pays d'origine, à un traitement inhumain ou dégradant, en méconnaissance des textes précités. Si elle se prévaut enfin de son état de santé pour établir qu'elle serait soumise à un tel traitement, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le défaut de prise en charge médicale n'entrainerait pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

19. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 13 du présent jugement que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, de même que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Perrot et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

S. CLe président,

Y. LIVENAISLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

ell

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