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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201789

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201789

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201789
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMOUTEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2022, M. B C, représenté par Me Moutel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2022 par lequel le préfet de la Sarthe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office ou tout pays vers lequel il est légalement admissible ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir d'une autorisation provisoire d séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Moutel sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est donc entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour entache d'illégalité par voie de conséquence la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité par voie de conséquence la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et portant interdiction de retour sur le territoire français entache d'illégalité par voie de conséquence la décision fixant le pays de destination ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant géorgien, né le 1er juin 1964 déclare être entré sur le territoire français le 6 mars 2013. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 27 juin 2014 que par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) par une décision du 26 juin 2015. Le 29 décembre 2020, il a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 432-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du préfet de la Sarthe du 8 février 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit. Par la présente requête M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

4. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. C est entré en France en mars 2013 à l'âge de 48 ans et a sollicité par deux fois l'asile, tant auprès de l'OFPRA que de la CNDA, ces deux institutions ayant refusé de lui reconnaître la qualité de réfugié. Durant ses 9 années de séjour en France, M. C n'a pas été mis en possession de titre de séjour et a fait l'objet de trois obligations de quitter le territoire français les 20 août 2015, 10 mars 2017 et 4 octobre 2018 dont deux assortissaient une décision de refus de titre de séjour. En outre, M. C a fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans le 10 mars 2017. S'il soutient qu'il justifie de considérations humanitaire à raison de sa nationalité et des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine, les faits qu'il invoque, tenant à des mauvais traitements dont il aurait fait l'objet pendant une garde à vue, ne sont toutefois étayés d'aucun élément. Le seul certificat médical établi le 3 novembre 2020, précisant qu'il est suivi par un médecin psychiatre, ne constitue pas une considération humanitaire ou un motif exceptionnel. Enfin, s'il soutient avoir tissé des liens sur le territoire français, qu'il s'y est intégré, notamment à l'occasion d'action au sein de la paroisse à laquelle il appartient, et que ses parents sont décédés, de telles éléments ne sauraient caractériser l'existence d'une situation digne d'intérêt au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et justifiant l'attribution d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " alors en outre qu'il est célibataire est sans charge de famille en France, son fils unique résidant à l'étranger.

5. D'autre part, si M. C n'invoque aucune considération ou motif qui justifierait qu'un titre de séjour portant la mention " salarié " puisse lui être délivré.

6. Il résulte de ce qui précède qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Sarthe n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit au point 7, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. C invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. L'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit aux points 7 et 11, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. C invoque à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de celle obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit au point 7 et 11, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. C invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

15. En second lieu, si M. C soutient qu'il serait exposé à des risques de traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelées par les dispositions de l'article L. 713-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'assortit ces allégations d'aucune pièce, alors que sa demande d'asile, par deux fois, a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA.

16. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Sarthe et à Me Moutel.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le rapporteur,

F. A

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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