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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201791

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201791

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPOULARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 février 2022, le 4 avril 2022 et le 4 janvier 2023, M. F B, représenté par Me Poulard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration du délai qui lui est accordé pour exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans l'un et l'autre cas dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour ce conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été rendues par une autorité qui ne justifie pas de sa compétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant son pays de destination sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité, invoquée par la voie de l'exception, de la mesure d'éloignement prise à son encontre ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Un mémoire présenté par Me Poulard pour M. B a été enregistré le 9 janvier 2023.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 15 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Livenais, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né en 1982, est entré en France le 11 décembre 2014 en qualité de conjoint de ressortissante française et a été, à ce titre, titulaire d'un titre de séjour jusqu'au 27 septembre 2018, ce titre n'ayant pas été renouvelé en raison de la séparation de l'intéressé et de son épouse. Il est le père, depuis le 10 janvier 2020, du jeune C B, né à Nantes (Loire-Atlantique) de son union avec Mme A, également ressortissante ivoirienne, laquelle réside régulièrement sur le territoire français. M. B a présenté une demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale auprès du préfet de la Loire-Atlantique. Ce dernier, par arrêté du 20 décembre 2028, a refusé la délivrance de ce titre de séjour, a pris à l'encontre de l'intéressé une décision portant obligation de quitter le territoire français, et a fixé son pays de destination. M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur la légalité des décisions attaquées :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. D'une part, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 31 août 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et celles fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

3. D'autre part, l'arrêté attaqué, pris au visa, notamment, des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des articles L. 423-23 et L. 435-1 de ce même code, indique les stipulations conventionnelles ainsi que les dispositions légales sur lesquelles s'est fondé le préfet pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B et prononcer son éloignement et les circonstances de fait propres à la situation personnelle de ce dernier qui justifient cette mesure, ainsi que les motifs justifiant qu'il soit reconduit vers son pays d'origine ou tout pays vers lequel il sera légalement admissible. Elle est, ainsi, suffisamment motivée, le préfet n'étant pas tenu de faire état de l'ensemble des circonstances relatives à la situation de l'intéressé mais uniquement de celles qui fondent la décision attaquée.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, en vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il est constant que M. B, divorcé de son épouse de nationalité française, ne mène aucune vie commune avec Mme A, mère du jeune C. Si le requérant se prévaut de sa qualité de père de ce dernier, il n'établit pas toutefois participer effectivement et régulièrement à l'entretien et à l'éducation de son fils, les attestations de proches, les photos produites ainsi que les tickets de caisse joints à l'instance par M. B, qui d'ailleurs ne concernent pas seulement des achats d'articles de puériculture, et les bordereaux de virement de fonds ayant trait à des opérations passées entre le mois de juillet et le mois de décembre 2021 ayant, à ce titre, une valeur insuffisamment probante en raison de leur caractère ponctuel et parcellaire. M. B ne peut par ailleurs se prévaloir de l'assignation qu'il a formée devant le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Nantes le 13 décembre 2022 en vue d'obtenir un droit de visite et d'hébergement du jeune C, cette circonstance étant postérieure à la décision attaquée. Ainsi, M. B ne peut être regardé comme ayant établi durablement en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. L'intéressé, en outre, ne soutient pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et sans qu'y fasse obstacle l'exercice par l'intéressé d'une activité professionnelle à temps partiel, la décision attaquée n'est pas intervenue en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs et eu égard à son objet, elle ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, la décision de refus de titre de séjour contestée n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de cette illégalité, que M. B invoque à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point 5 du présent jugement, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En troisième et dernier lieu, M. B n'établissant pas participer activement à l'entretien et à l'éducation du jeune C, il n'est pas fondé à soutenir que son éloignement du territoire français porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ce dernier, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. D'une part, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de cette illégalité, que M. B invoque à l'encontre de la décision fixant son pays de destination, ne peut qu'être écarté.

11. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays que s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

12. M. B soutient qu'il encourt un risque pour sa vie et son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, il ne fait état d'aucun élément précis de nature à justifier de ce qu'il serait actuellement exposé, en cas de retour dans ce pays, à un risque de subir des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Poulard.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

Le président-rapporteur,

Y. LIVENAISL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

V. ROSEMBERG

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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