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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201836

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201836

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201836
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 13 février 2022 sous le n° 2201836, Mme C A, représentée par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- le préfet a méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a méconnu le 9° de l'article L. 611-3 et commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 janvier 2024.

II. Par une requête enregistrée le 18 janvier 2023 sous le n° 2300845, Mme C A, représentée par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le bénéfice de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a méconnu le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 24 janvier 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane née le 19 mars 1983, est entrée irrégulièrement en France le 5 décembre 2018. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée a été rejetée par une décision du 12 septembre 2019 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ce rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 14 février 2020. Un arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été édicté à l'encontre de Mme A le 24 février 2020. L'intéressée s'est cependant maintenue sur ce territoire et a sollicité du préfet de Maine-et-Loire, le 14 mai 2020, la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Une carte de séjour temporaire lui a été délivrée, valable du 10 juillet 2020 au 9 janvier 2021. Elle a été renouvelée jusqu'au 22 août 2021. Le 27 septembre 2021, Mme A a demandé un second renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 13 décembre 2021, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande. Par la requête n° 2201836, Mme A demande l'annulation de cet arrêté. Le 29 mars 2022, elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 19 décembre 2022, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le Nigéria comme pays de destination. Par la requête n° 2300845, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n° 2201836 et n° 2300845 opposent les mêmes parties, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 13 décembre 2021 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".

4. Le 7 décembre 2021, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de Mme A nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, le préfet de Maine-et-Loire, dans les motifs de l'arrêté attaqué portant refus de séjour, tout en se référant à l'avis du collège médical, a considéré que le défaut de prise en charge médicale de la requérante était susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que celle-ci aurait accès à un traitement approprié dans son pays d'origine.

5. Mme A indique souffrir de plusieurs pathologies lui imposant d'être suivie par un oncologue, un gynécologue, un pneumologue et un psychiatre. Il ressort des pièces du dossier qu'elle a été atteinte en 2020, avec récidive en 2021, d'un cancer du sein droit ayant notamment entrainé une tumorectomie le 10 juin 2021, qu'elle présente un utérus polyomateux avec plusieurs fibromes nécessitant un suivi gynécologique et une dyspnée nécessitant la prise de ventoline en cas de besoin. Toutefois, à la date de l'arrêté attaqué, il ressort d'un certificat établi par son médecin traitant que son état ne nécessitait qu'un contrôle mammographique prévu le 28 juin 2022, une surveillance de l'hémogramme et du fer ainsi qu'une confirmation du diagnostic d'asthme lors d'un rendez-vous prévu le 23 mars 2022. Si Mme A soutient qu'il est évident qu'une telle prise en charge multidisciplinaire ne pourra être assurée au Nigéria dont l'offre de soins et le système de santé sont particulièrement limités, elle ne fournit aucun élément permettant d'étayer cette affirmation à caractère général. Par ailleurs, l'intéressée produit un certificat daté du 26 janvier 2022, rédigé par un psychiatre, selon lequel elle est suivie depuis le 18 décembre 2020 dans un centre médico-psychologique à Angers et présente un syndrome de stress post-traumatique complexe, caractérisé par des troubles du sommeil majeurs avec cauchemars, une reviviscence des évènements traumatiques, des ruminations anxieuses et une thymie basse avec des idées suicidaires intermittentes. Dans ce même certificat, le médecin indique qu'une psychothérapie de soutien, un traitement psychotrope adapté, comportant la prise quotidienne de paroxetine, d'hydroxyzine et d'alprazolam, ainsi qu'une mise à distance des situations traumatiques avec mise à l'abri dans un environnement sécurisant sont indispensables pour la poursuite de l'amélioration thymique et de la diminution des symptômes de stress post-traumatique. Ce certificat précise encore que Mme A évoque avoir quitté le Nigéria en 2014 dans un contexte de violences conjugales majeures, avoir des jumeaux qui étaient âgés de deux ans au moment de son départ et qu'elle a confiés à sa mère restée au Nigéria, et avoir transité durant son exil par la Lybie et l'Italie entre 2015 et 2017, avant d'arriver en France en 2017. Si l'intéressée soutient que son pays d'origine est à l'origine de ses troubles psychiatriques majeurs, sa demande d'asile en lien avec un vécu traumatique dont elle aurait été victime au Nigéria a été rejetée et le certificat médical, dont la teneur a été mentionnée ci-dessus, est peu circonstancié sur ce point. Enfin, il n'est pas soutenu, ni même allégué que le traitement psychotrope dont bénéficie Mme A ne serait pas disponible au Nigéria. Dès lors, en retenant que cette dernière pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes raisons, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En second lieu, Mme A soutient que le préfet a, en prononçant une obligation de quitter le territoire français à son encontre, méconnu le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le refus de séjour attaqué n'ayant pas été assorti d'une obligation de quitter le territoire français, le moyen doit être écarté comme inopérant.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 13 décembre 2021.

En ce qui concerne l'arrêté du 19 décembre 2022 :

8. En premier lieu, Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire, signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation, par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 31 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire ", à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et désignation du pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

10. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

11. Comme il a été dit, Mme A a laissé au Nigéria ses deux enfants jumeaux nés en 2013 qu'elle dit avoir confiés à sa mère. Ses deux parents et son frère vivent également dans ce pays. L'intéressée, qui était présente sur le territoire français depuis quatre ans à la date de l'arrêté attaqué, justifie certes avoir suivi des cours de français, conclu un contrat d'intégration républicaine, travaillé comme agent d'entretien dans une régie de quartier à Angers et s'être investie dans plusieurs associations. Toutefois, pour méritoires que soient ces efforts d'insertion accomplis par Mme A, ni ces efforts, ni les démarches de soins engagées par l'intéressée ne suffisent, compte tenu notamment de ce qui a été dit au point 5, à caractériser l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, au sens des dispositions susmentionnées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour et, par suite, à démontrer que le préfet aurait entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'admettre la requérante exceptionnellement au séjour.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3, dans sa rédaction alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le préfet de Maine-et-Loire, en faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français, n'a ni méconnu les dispositions, citées ci-dessus, du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 19 décembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

15. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

16. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que les sommes demandées au profit de son conseil par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soient mises à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Julien Roulleau.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le président-rapporteur,

L. MARTIN

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSE

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2201836, 2300845

hm

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