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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201841

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201841

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantAH-FAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 février 2022 et deux mémoires enregistrés le 14 avril 2022 et le 15 juin 2022, M. A E et Mme C B épouse E, représentés par Me Ah-Fah, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie) refusant de leur délivrer des visas d'entrée et de long séjour en qualité de visiteurs ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire réexaminer les demandes de visas dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute de procédure préalable contradictoire et dès lors que l'assurance maladie de voyage a été souscrite conformément aux instructions données par les services du prestataire VFS et qu'il ne saurait leur être reproché l'absence d'une assurance maladie adéquate et valable ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles l'article L. 312-2 et L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour les requérants a été enregistré le 13 août 2022 et n'a pas été communiqué.

Par courrier du 2 septembre 2022, les parties sont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction de délivrance des visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 septembre 2022 :

- le rapport de Mme D, rapporteuse,

- les observations de Me Ah-Fah, avocat des requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E et Mme C B épouse E, ressortissants algériens, ont demandé la délivrance de visas de long séjour en qualité de visiteur et de visiteuse à l'autorité consulaire française à Alger. Cette autorité a rejeté leur demande le 18 octobre 2021. Ils ont saisi la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'un recours formé à l'encontre des décisions consulaires, dont il a été accusé réception le 25 novembre 2021. M. et Mme E demandent au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence de la commission.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des écritures présentées en défense que la décision en litige est fondée sur l'absence de production d'une assurance maladie adéquate et sur la circonstance que les époux E ne disposent pas de ressources suffisantes pour couvrir la durée de leur séjour en France.

3. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. ". Aux termes de l'article L. 426-20 du même code : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. / Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. / Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. ".

4. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où le visa peut être refusé à un étranger désirant se rendre en France, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises disposent d'un large pouvoir d'appréciation, et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public mais sur toute considération d'intérêt général. Il en va, notamment, ainsi des visas sollicités en vue de bénéficier de la carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " prévue par l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En premier lieu, M. et Mme E ont produit une attestation d'assurance intitulée " assistance voyage à l'étranger ", valable du 1er novembre 2021 au 31 octobre 2022, garantissant notamment la prise en charge des frais de rapatriement sanitaire et des frais médicaux jusqu'à 30 000 euros. Cette attestation satisfait à la condition posée par les dispositions précitées de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la justification d'une assurance maladie. Il suit de là que ce motif ne peut légalement fonder la décision attaquée.

6. En second lieu, pour justifier de leur capacité à subvenir à leurs besoins en France sans avoir la possibilité d'exercer dans ce pays une activité professionnelle, les époux versent deux relevés bancaires faisant état d'une somme globale d'environ 35 555 euros. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que la réalité de ces fonds n'est pas établie, il ne démontre pas que ces montants seraient inexacts ou indisponibles à la date de la décision attaquée. Les époux établissent, en outre, percevoir des revenus mensuels d'environ 2 276 euros au titre de leurs pensions de retraites et des revenus locatifs complémentaires. Dans ces conditions, les requérants doivent être regardés comme étant en mesure de justifier de ressources telles qu'ils sont fondés à soutenir que ce motif est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A E et Mme C B épouse E sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

9. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. A E et Mme C B épouse E les visas de long séjour sollicités. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre d'office au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer aux intéressés ces visas dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 1 200 euros à verser à M. et Mme E au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. A E et à Mme C B épouse E les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera aux requérants la somme globale de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme E est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Mme C B épouse E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.

La rapporteuse,

M. D

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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