vendredi 21 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2201852 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 février 2022 et le 21 juillet 2022, Mme F B, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante de son enfant mineur A B, et Mme C B, représentées par Me Pollono, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 5 mai 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée) en date du 22 février 2021 refusant de délivrer des visas à Mme C B et au jeune A B au titre de la réunification familiale ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande dans les mêmes conditions d'astreinte et de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux dès lors qu'elle ne s'est pas prononcée sur l'établissement du lien de filiation par la possession d'état ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette même décision est entachée d'une erreur d'appréciation, tant au regard des actes d'état civil produits que du lien familial avec ses deux enfants C et A B ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 septembre 2022 :
- le rapport de Mme Roncière, rapporteure,
- les observations de Me Nève, substituant Me Pollono, représentant Mmes F et C B, et de Mme B elle-même.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F B, ressortissante guinéenne, née le 1er janvier 1984, s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 juin 2017. Mme C B, née le 28 décembre 2003, désormais majeure, et M. A B, né le 4 avril 2010, qu'elle présente comme ses enfants, ont déposé des demandes de visas de long séjour, auprès des autorités consulaires françaises à Conakry (Guinée), en qualité de membres de famille de réfugié. Par une décision du 22 février 2021, ces autorités ont refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision du 5 mai 2021, dont les requérantes demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / ()". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis () peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. () ".
3. Pour rejeter les demandes de visas de long séjour présentées par Mme B, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, les jugements supplétifs tenant lieu d'actes de naissance ont été rendus tardivement, soit respectivement plus de douze ans et six ans après la naissance des demandeurs, postérieurement à l'obtention par Mme B du statut de réfugiée, et d'autre part, s'agissant de Mme C B, sur le fait que son acte de naissance dressé en transcription de ce jugement n'est pas conforme aux articles 175 et 196 du code de la famille guinéen ce qui lui retire une valeur probante et, s'agissant du jeune A, sur l'absence de production d'un acte de naissance. Dans ces conditions, la commission de recours a estimé qu'en l'absence d'éléments probants de possession d'état, alors que Mme B réside en France depuis mars 2016, l'identité du demandeur et son lien familial allégué avec la réunifiante ne sont pas établis.
4. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
5. Pour justifier de l'identité des demandeurs de visas et du lien de filiation allégué, les requérantes ont produit, outre les passeports des intéressés, des jugements supplétifs tenant lieu d'actes de naissance rendus le 21 juin 2016 par le tribunal de première instance de Conakry II (Guinée) sous le n° 15114, pour Mme C B, et le n° 15116 pour le jeune A B, ainsi que les transcriptions de ces jugements, en date du 6 septembre 2016, dans le " registre de l'état civil " de la commune de Ratoma. Ces jugements font état des mêmes mentions de filiation maternelle avec Mme F B et paternelle avec M. E B. Le ministre soutient que ces jugements supplétifs d'actes de naissance ne peuvent être regardés comme authentiques dès lors qu'ils ont été sollicités, le 21 juin 2016, par M. E B lui-même, " présent " à l'audience alors qu'il a disparu, selon le récit de Mme B devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, à la suite d'un enlèvement en janvier 2016. Toutefois, les requérantes produisent en cours d'instance un jugement rectificatif rendu, le 24 janvier 2022, sous le n°107, mentionnant que le requérant des jugements supplétifs n° 15114 et 15116 susmentionnés est M. D B, grand-père des enfants, et non M. E B. Par ailleurs, la circonstance que ces jugements supplétifs du 21 juin 2016 aient été rendu plus de 12 ans et 6 ans après la naissance des intéressés, sur requête introduite le jour même, ne permet pas de démontrer leur caractère frauduleux. La circonstance, également relevée par le ministre, qu'ils soient peu précis s'agissant de l'âge, de la profession et de la résidence des parents n'est pas de nature, en l'espèce, à démontrer l'existence d'une fraude. Si la commission de recours et le ministre ont également relevé que la transcription de jugement supplétif d'acte de naissance de Mme C B méconnaîtrait les dispositions du code civil guinéen relatives aux informations devant figurer dans les actes de naissance, il n'est pas démontré que ces dispositions seraient applicables aux actes établis suivant transcriptions de jugements supplétifs. Enfin la circonstance que la transcription du jugement supplétif sur " les registres de l'état civil " de l'enfant A B soit produite devant le juge ne permet pas, en l'espèce, à établir la fraude dont serait entaché le jugement supplétif précité. Par suite l'identité des demandeurs de visa et leur lien de filiation avec Mme B doivent être tenus pour établis et les requérantes sont fondées à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mmes B sont fondées à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance des visas sollicités dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
8. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pollono renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en date du 5 mai 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme C B et à A B des visas de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pollono une somme de 1 200 euros (mille deux euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.
Le rapporteur,
M-A. RONCIERE
Le président,
H. DOUET
Le greffier,
A-L LEGOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026