lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2201867 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 février 2022 et le 22 juin 2022, Mme G E, agissant en son nom et en tant que représentante légale de Moussa D et Ahmed D, et M. H D, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 juin 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions du 17 mars 2021 des autorités consulaires françaises à Conakry refusant de délivrer à M. H D, Moussa D et Ahmed D un visa de long séjour en qualité de membres de famille de réfugiée ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen des demandes de visas dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen dès lors, notamment, qu'elle ne se prononce pas sur l'établissement du lien de filiation avec Moussa D et Ahmed D par la possession d'état ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article L. 562-3 ne s'appliquent pas à la situation de M. D qui ne bénéficie pas d'une protection internationale ;
- cette même décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que M. D n'est pas à l'origine des risques d'excision qui ont justifié l'octroi à elle-même et à ses deux filles du statut de réfugiées ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation tant au regard des actes d'état civil produits que de la possession d'état ;
- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée est également fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, M. H D relève de l'article L. 561-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est instigateur, auteur ou complice des persécutions et atteintes graves qui ont justifié l'octroi d'une protection au titre de l'asile, d'autre part, il n'a pas été produit de décision juridictionnelle déléguant à Mme E l'exercice de l'autorité parentale sur Moussa D et Ahmed D.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme I,
- les conclusions de Mme Robert-Nutte, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pollono, avocate des requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G E, ressortissante guinéenne, née le 2 janvier 1990, s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée par une décision 18 septembre 2019 de la B nationale du droit d'asile. M. H D, qu'elle présente comme son époux, F D et Ahmed D, nés respectivement le 4 juillet 2010 et le 5 juin 2015, qu'elle présente comme ses enfants, ont déposé des demandes de visas de long séjour, auprès des autorités consulaires françaises à Conakry, en qualité de membres de famille de réfugiée. Par des décisions du 17 mars 2021, ces autorités ont refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision du 30 juin 2021, dont Mme E et M. D demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
2. La décision attaquée se réfère aux articles L. 311-1, L. 561-2 à L. 561-5 et L. 562-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que, pour refuser de délivrer à M. H D, Moussa D et Ahmed D des visas de long séjour, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, M. H D, époux de Mme G E, relève de l'article L. 562-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne peut donc utilement solliciter un visa long séjour en qualité de membre de famille de réfugié puisque la décision de la B nationale du droit d'asile, rendue le 18 septembre 2019, le mentionne en tant " qu'instigateur, auteur ou complice des persécutions ou atteintes graves qui ont justifié l'octroi d'une protection au titre de l'asile ", d'autre part, l'acte de naissance produit à l'appui de sa demande de visa a été transcrit très tardivement, vingt-sept ans après le prononcé du jugement supplétif et un mois après l'établissement de son passeport, ôtant à ces documents toute valeur probante et, enfin, les actes de naissance des enfants F D et C D ne sont pas conformes à la loi locale (article 601 du code de procédure civile) et comportent des irrégularités leur ôtant toute valeur authentique. Dès lors, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation des demandeurs de visas n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux.
3. D'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ". Et aux termes de l'article L. 561-5 : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
En ce qui concerne M. H D :
5. Le ministre de l'intérieur reconnaît que le premier motif retenu par la commission de recours, exposé au point 2 et fondé sur l'application de l'article L. 562-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est erroné.
6. Les requérants produisent, pour justifier de l'identité du demandeur de visa, un jugement supplétif d'acte de naissance n°302, rendu le 3 août 1992 par le juge de paix de Yomou, qui mentionne que M. H D est né en 1978 à Pela (préfecture de Yomou). Ils versent également aux débats un acte de naissance dressé le 28 octobre 2019 en transcription de ce jugement. Est enfin produit le passeport du demandeur de visa, délivré le 26 septembre 2019 par les autorités guinéennes, qui indique qu'il est né le 1er janvier 1978 à Yomou.
7. Si la commission de recours a retenu que l'acte de naissance produit a été transcrit tardivement, vingt-sept ans après le prononcé du jugement supplétif n°302, un mois après l'établissement de son passeport et la reconnaissance à Mme E du statut de réfugiée, cette circonstance ne suffit pas à elle seule à remettre en cause l'authenticité des documents d'état civil produits alors que ceux-ci ont fait l'objet d'une légalisation par le ministère des affaires étrangères guinéen, que les mentions qui y figurent sont concordantes et qu'elles coïncident parfaitement avec les déclarations effectuées par Mme E lors du dépôt de sa demande d'asile et dans sa fiche familiale de référence renseignée auprès de l'OFPRA. En outre, il ressort des pièces du dossier que le passeport de M. H D comporte un numéro d'identification unique sur lequel sont portés aux 11ème, 12ème et 13ème rangs les chiffres " 302 ", qui correspondent aux numéros du jugement supplétif n°302, démontrant ainsi qu'il a été établi sur la présentation de ce document d'état civil. Par ailleurs, si le ministre de l'intérieur relève également que le contenu du jugement supplétif n°302 est purement déclaratif, il n'apporte aucun élément permettant d'apprécier que cette circonstance serait en contradiction avec les règles du droit guinéen. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité pour le second motif exposé au point 2.
8. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. Pour établir que la décision attaquée était légale, le ministre de l'intérieur fait valoir, dans son mémoire en défense communiqué aux requérants, que M. H D relève de l'article L. 561-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne peut donc bénéficier d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale dès lors qu'il est instigateur, auteur ou complice des persécutions et atteintes graves qui ont justifié l'octroi d'une protection au titre de l'asile.
10. Aux termes de l'article L. 561-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La réunification familiale est refusée : 1o Au membre de la famille dont la présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ou lorsqu'il est établi qu'il est instigateur, auteur ou complice des persécutions et atteintes graves qui ont justifié l'octroi d'une protection au titre de l'asile () ".
11. Il ressort de la décision du 18 septembre 2019 de la B nationale du droit d'asile reconnaissant à Mme E le statut de réfugiée que cette dernière a soutenu, dans le cadre de sa demande d'asile, qu'elle craignait " en cas de retour dans son pays d'origine, d'être exposée à des persécutions ou à une atteinte grave du fait de son époux et de sa belle-famille en raison de son opposition à sa propre excision et à l'excision de ses filles ". A B a estimé que Mme E a exposé avec clarté ses craintes personnelles envers son époux, avec qui elle a rejoint la France, et sa belle-famille en raison de son opposition à sa propre excision, et a jugé que l'intéressée était ainsi fondée à se prévaloir de la qualité de réfugiée. Les requérants soutiennent qu'un " problème d'interprétation transparait dans la décision de la CNDA ", que M. H D était contre l'excision de Mme E et celle de leurs deux filles mais qu'il n'était pas en mesure de s'y opposer. Ils ajoutent que le demandeur de visa a maintenu des liens affectifs avec son épouse. Si les requérants produisent des attestations de proches à l'appui de ces affirmations, celles-ci ne suffisent pas à démontrer que le demandeur de visa ne serait pas instigateur, auteur ou complice des persécutions subies par son épouse et leurs deux filles alors que la réunifiante a déclaré, lors de son entretien avec un officier de l'OFPRA, qu'il lui a " demandé de retourner en Guinée pour que (sa) fille soit excisée ", qu'il a entendu " obéir aux souhaits de ses parents ", qu'il " ne sait pas jusqu'à présent où elle se trouve ", qu'elle a " dit à sa famille qu'elle était opposée à l'excision de ses filles malgré l'avis de mon mari " ou encore qu'elle a " peur de retourner en Guinée " et " que son mari ramène les enfants pour être excisés par force ". Dans ces conditions, le nouveau motif opposé par le ministre de l'intérieur n'est pas entaché d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était initialement fondée sur ce seul motif, qui ne prive les intéressés d'aucune garantie. Il y a lieu, par suite, d'accueillir la substitution de motif demandée par le ministre de l'intérieur.
12. Enfin, compte tenu du motif retenu au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne Moussa D et Ahmed D :
13. Les requérants produisent, pour justifier de l'identité des demandeurs de visas et de leur lien de filiation, des jugements supplétifs d'actes de naissance n°7051 et n°7052, rendus le 21 mars 2016 par le tribunal de première instance de Conakry III, qui mentionnent que Moussa D et Ahmed D sont nés respectivement le 4 juillet 2010 et le 5 juin 2015 à Conakry. Ils versent également aux débats les actes de naissance n°1342 et n°1343 dressés le 25 mars 2016 en transcription de ces jugements. Ces documents d'état civil font état de leur lien de filiation avec M. H D et Mme G E. Sont enfin produits les passeports des demandeurs de visas délivrés le 16 octobre 2019 par les autorités guinéennes.
14. La commission de recours a relevé que ces jugements supplétifs ont été transcrits sans respecter le délai d'appel prévu par les dispositions de l'article 601 du code de procédure civile guinéen selon lesquelles " Le délai de recours par une voie ordinaire est de 10 jours en matière contentieuse comme en matière gracieuse ". Toutefois, les articles 898 et 899 de ce code prévoient que le dispositif des jugements supplétifs d'actes d'état civil est transmis immédiatement au dépositaire des registres de l'état civil et que mention de ce dispositif est aussitôt portée en marge de cet acte. Ainsi, les jugements supplétifs n°7051 et n°7052 ont pu être transcrits sans délai. En outre, si le ministre de l'intérieur fait valoir que ces jugements ont été établis tardivement, cette circonstance ne permet pas de démontrer leur caractère frauduleux, eu égard à l'objet même d'un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance, qui supplée à l'absence de déclaration d'une naissance dans les délais prévus par le droit local. Par ailleurs, si le ministre indique que le contenu de ces jugements est purement déclaratif, il n'apporte aucun élément permettant d'apprécier que cette circonstance serait en contradiction avec les règles du droit guinéen. En outre, il ressort des pièces du dossier que les passeports de Moussa D et Ahmed D comportent un numéro d'identification unique sur lequel sont portés aux 11ème, 12ème et 13ème rangs les chiffres " 342 " et " 343 ", qui correspondent aux trois derniers numéros des actes de naissance n°1342 et n°1343, démontrant ainsi qu'ils ont été établis sur la présentation de ces documents d'état civil. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer les visas sollicités pour le motif exposé au point 2.
15. Pour établir que la décision attaquée était légale, le ministre de l'intérieur fait valoir, dans son mémoire en défense communiqué aux requérants, que M. H D n'a pas délégué à Mme E l'exercice de l'autorité parentale sur Moussa D et Ahmed D.
16. Toutefois, et alors que M. H D, père de Moussa D et Ahmed D, doit être regardé comme étant instigateur, auteur ou complice des persécutions et atteintes graves qui ont justifié l'octroi à Mme E du statut de réfugiée, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de substitution de motif sollicitée par le ministre de l'intérieur.
17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E et M. D sont uniquement fondés à demander l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle refuse de délivrer à Moussa D et Ahmed D un visa de long séjour, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête en ce qui les concerne.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
18. Le présent jugement implique uniquement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer un visa de long séjour à Moussa D et Ahmed D, dans un délai de deux mois suivant sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
19. Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Pollono, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France du 30 juin 2021 est annulée en tant qu'elle refuse de délivrer à Moussa D et Ahmed D un visa de long séjour.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Moussa D et Ahmed D un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pollono, avocate de Mme E et M. D, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Pollono renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E, à M. H D, à Me Pollono et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 août 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Beyls, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
La rapporteure,
M.-P. I
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau
S. THOMAS
La greffière,
C. GUILLAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2201867
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026