vendredi 23 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2201880 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | AH-FAH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 février 2022, 4 mars 2022 et 18 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Ah-Fah, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision en date du 16 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision du 24 octobre 2021 des autorités consulaires françaises à Alger (Algérie) lui refusant un visa d'entrée et de long séjour en qualité de visiteur ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder après un nouvel examen de sa situation à la délivrance du visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de la commission de recours a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire et est contraire aux dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la commission ne l'a pas invité à produire les pièces manquant à son dossier ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a bien signalé à l'autorité consulaire son engagement de n'exercer aucune activité professionnelle en France ;
- la décision attaquée ne peut exiger que le demandeur produise les documents exigés par les articles L. 313-6, R. 313-6, R. 311-2-2 et R. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, lesquels ont trait à la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention visiteur et non le visa de long séjour ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de ressources suffisantes pour prendre en charge les frais liés à son séjour en France, que ce séjour est nécessaire pour gérer son patrimoine immobilier, qu'il a communiqué à l'autorité consulaire une attestation de ne pas exercer une activité professionnelle lors de son séjour en France et qu'il justifie d'un logement en France où il est propriétaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne poursuit pas un projet d'installation durable en France, qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et que le ministre ne peut lui opposer une obligation de justifier de la nécessité de son visa long séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés,
- la décision attaquée peut également être fondée sur un autre motif tiré de l'absence de nécessité du séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2022 :
- le rapport de Mme Roncière, rapporteure,
- les conclusions de M. Kaczynski, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien, né le 16 janvier 1971, a sollicité auprès du consul général de France à Alger (Algérie) la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de " visiteur ". L'autorité consulaire lui a opposé un refus par une décision en date du 24 octobre 2021. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, par une décision du 16 février 2022 rejeté le recours formé contre la décision consulaire et maintenu le refus de visas. Le requérant demande au tribunal d'annuler cette décision de la commission de recours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour rejeter la demande de visa litigieuse, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré du fait que le demandeur de visa, gérant de la SCI L2D qui a son siège en France, ne s'est pas engagé à n'exercer aucune activité professionnelle et n'a pas fourni de justificatif d'hébergement.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 110-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérées comme des demandes au sens du présent code les demandes et les réclamations, y compris les recours gracieux ou hiérarchiques, adressés à l'administration ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ".
4. La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France fait suite à un recours formé par le requérant, qui constitue une demande au sens de l'article L. 121-1 précité du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, M. B était à même de formuler toutes observations à l'appui de cette demande et l'administration n'était pas tenue par les dispositions précitées de mettre le demandeur à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, des observations orales. M. B ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et que le principe du contradictoire n'aurait pas été respecté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et en particulier du récépissé du dépôt de demande de visa que le requérant a produit un document attestant de son engagement à n'exercer aucune activité professionnelle en France. Par suite, il est fondé à soutenir que le premier motif de la décision en litige est entachée d'une erreur de fait.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () ".
7. Les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration imposent à l'administration, à peine d'illégalité de sa décision, d'indiquer au demandeur, lorsque la demande de ce dernier est incomplète, les pièces ou informations manquantes dont la production est requise par un texte pour permettre l'instruction de sa demande. Si la commission de recours a entendu refuser le visa sollicité au motif tiré de ce que le dossier de M. B était incomplet faute de contenir un justificatif d'hébergement, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'autorité consulaire ou la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France auraient préalablement invité l'intéressé à compléter son dossier dans un délai déterminé. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a méconnu les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.
8. Il résulte de ce qui précède que les deux motifs de la décision du 16 février 2022 sont entachés d'illégalité.
9. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
10. Pour établir que la décision attaquée était légale, le ministre de l'intérieur invoque dans son mémoire en défense, communiqué au requérant, un nouveau motif tiré de ce que M. B ne justifie pas de la nécessité de son séjour de longue durée en France.
11. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où le visa peut être refusé à un étranger désirant se rendre en France, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises disposent d'un large pouvoir d'appréciation à cet égard, et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public mais sur toute considération d'intérêt général. Il en va notamment ainsi des visas mention " établissement privé / visiteur " sollicités en vue d'un séjour d'une durée supérieure à un an.
12. Il ressort des pièces du dossier que, pour solliciter un visa de long séjour mention " visiteur ", M. B a invoqué la nécessité de s'acquitter de ses obligations en qualité de gérant et propriétaire d'une SCI au patrimoine de deux appartements " l'un loué et l'autre servant comme lieu d'hébergement pour sa famille, ainsi que des différentes taches telles que l'entretien, des travaux de rénovation, les charges à payer et les mises en conformité des appartements. Ces circonstances ne justifient pas de la nécessité d'un séjour permanent en France pour assurer la gestion de son bien immobilier. Dans ces conditions, et eu égard aux intérêts dont il se prévaut, M. B n'établit pas la nécessité dans laquelle il se trouve de résider en France de manière permanente. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que le motif du refus de visa qui lui a été opposé est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.
La rapporteure,
M.-A RONCIERE
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026