vendredi 21 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2201882 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ROUSSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 février 2022 et le 12 septembre 2022, M. C D, représenté par Me Roussel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de l'autorité consulaire française à Istanbul du 20 août 2021 rejetant sa demande de délivrance d'un visa d'entrée en France en qualité de travailleur salarié ;
2°) d'enjoindre à l'administration, à titre principal de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter du prononcé du jugement à venir, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa demande.
Il soutient que :
- la décision de l'autorité consulaire n'est pas suffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en tant qu'elle se fonde sur l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins de maintien illégal en France ou d'exercice d'activités illicites ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que ses qualifications correspondent à son projet professionnel ;
- la décision est entachée d'erreur de fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique du 30 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant turc né en 1974, a sollicité l'octroi d'un visa d'entrée en France en qualité de travailleur salarié et s'est vu opposer le 20 août 2021 un refus de la part de l'autorité consulaire française à Istanbul. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en raison des pouvoirs ainsi conférés à la commission, les décisions par lesquelles elle rejette, implicitement ou expressément, les recours introduits devant elle se substituent à celles des autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées, non contre la décision de la commission, mais contre la décision initiale de refus prise par les autorités consulaires, sont irrecevables. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a contesté le refus opposé par l'autorité consulaire française à Istanbul, comme il en avait l'obligation, devant la commission de recours, qui a accusé réception de cette demande le 15 octobre 2021. Du silence gardé par la commission pendant plus de deux mois, est née une décision implicite de rejet qui s'est substituée à celle des autorités consulaires. Les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent, par conséquent, être regardées comme dirigées contre cette dernière décision et sont dès lors recevables.
4. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. ".
5. La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'un contrat de travail visé par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) ou d'une autorisation de travail, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général. Constitue un tel motif l'inadéquation entre l'expérience professionnelle et l'emploi sollicité et, par suite, le détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.
6. Il ressort des écritures du ministre de l'intérieur en défense que la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être regardée comme se fondant sur l'absence d'expérience professionnelle et de qualifications en adéquation avec le métier de cuisinier et sur l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.
7. Il ressort des pièces jointes aux écritures du requérant que le ministre de l'intérieur a délivré à l'entreprise Viyane SARL le 9 juillet 2021 une autorisation de travail lui permettant de recruter M. A en contrat à durée indéterminée en qualité de cuisinier. Le requérant verse à l'appui de ses écritures le courrier du sénateur du Territoire de Belfort au préfet de département, daté du 22 juillet 2020, appuyant sa demande d'autorisation de travail et mettant en avant son expérience professionnelle dans le domaine de la restauration, ainsi qu'un contrat de travail à durée indéterminée par lequel le restaurant Viyane s'engage à le recruter en qualité de chef cuisinier à compter du 27 juillet 2021 sous réserve de l'obtention par l'intéressé d'un titre de séjour l'autorisant à travailler.
8. A l'appui de ses écritures en réplique, M. A produit un " certificat de maîtrise " émis par le " commissaire aux examens du ministère de l'éducation nationale " turc le 24 septembre 2019, portant notamment ses nom, prénom, date de naissance, sa photo, l'indication de sa profession : " fabrication d'aliments à grignoter (Kebab, Doner, Tantuni, Foie, Kokorec, Enveloppement, Serrage, Boulette de viande crue, etc.) ", et précisant que l'intéressé est membre d'une branche professionnelle. Il produit également un certificat émis par le directeur d'un centre de formation professionnelle indiquant son identité, sa profession : " préparation et cuisson d'aliments " et la date à laquelle il a obtenu son premier certificat de maîtrise, le 1er juillet 1996. M. A verse en outre au dossier un certificat de qualification attestant du suivi d'un " programme de formation sur l'hygiène des chefs (services de préparation et de présentation des aliments) " d'une durée de huit heures au mois d'octobre 2015. Le requérant produit par ailleurs une attestation de la maire de la commune de Delle où se situe le restaurant, soulignant l'importance pour le restaurant de recruter M. A dans un contexte de pénurie de main d'œuvre formée. La maire indique notamment que M. A " a une expérience réussie dans cet établissement et a d'ailleurs participé à l'élaboration de sa carte ". Si cette lettre est postérieure à la décision attaquée, elle révèle cependant des faits antérieurs et peut donc être prise en compte dans l'appréciation des faits. Compte tenu de ces éléments, le requérant est bien fondé à soutenir qu'en estimant ses qualifications professionnelles inadéquates pour le poste proposé, la commission a commis une erreur d'appréciation de sa situation.
9. Il ressort des pièces jointes au mémoire en défense du ministre que M. A a fait l'objet le 23 mai 2018 d'un arrêté préfectoral portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Il ressort de cet arrêté que le 23 janvier 2015, l'autorité consulaire française à Ankara a refusé de délivrer à l'intéressé un visa d'entrée en France et que M. A n'a pu établir être entré régulièrement en France à l'occasion de sa demande de délivrance d'un titre de séjour. Dans les circonstances particulières de l'espèce, l'entrée irrégulière en France du requérant et le prononcé à son encontre d'une obligation de quitter le territoire français à l'occasion du rejet opposé à sa demande de titre de séjour, dont le ministre soutient sans être contredit, qu'elle n'a été exécutée que le 9 avril 2019, n'est pas de nature, au vu de l'adéquation entre le profil de M. A et l'emploi pour lequel il a obtenu une autorisation de travail, et compte tenu du projet même de l'intéressé qui souhaite s'établir en France pour y travailler, à révéler l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins étrangères à celles du visa sollicité.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours de M. A en contestation du refus de visa opposé par l'autorité consulaire française à Istanbul.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à M. A le visa de long séjour sollicité. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui faire délivrer ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D É C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours de M. A en contestation du refus de visa opposé le 20 août 2021 par l'autorité consulaire française à Istanbul, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à M. A un visa de long séjour " travailleur salarié " dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.
La rapporteure,
A. BLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026