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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201955

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201955

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201955
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2022, M. B C et Mme A G, représentés par Me Albertin, demandent au tribunal:

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision du 23 août 2021 des autorités consulaires françaises à Oran (Algérie) rejetant la demande de visa dit de court séjour établissement de M. C présentée en qualité de conjoint de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans un délai de

huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision de la commission de recours a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de la sincérité et de l'effectivité de leurs liens matrimoniaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C et Mme G ne sont pas fondés.

Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien, né le 22 février 1986, a épousé, le 2 mai 2019 à Oran (Algérie), Mme A G, ressortissante française, née le 22 mai 1973. M. C a sollicité la délivrance d'un visa d'établissement, auprès des autorités consulaires françaises à Oran, en qualité de conjoint de ressortissante française. Par une décision du 23 août 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision du 16 décembre 2021, dont les requérants demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

2. En premier lieu, par décret en date du 25 janvier 2021, régulièrement publié, M. D E, signataire de la décision attaquée, a été nommé premier suppléant du président de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée se réfère à l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Elle est fondée sur le motif tiré de ce que, d'une part, il n'y a pas de preuves convaincantes du maintien d'échanges réguliers et constants de quelque nature que ce soit (lettres, communications téléphoniques ou informatiques identifiées et datées, voyages) entre les époux depuis leur mariage, d'autre part, il n'est pas établi que le couple ait un projet concret de vie commune et que M. C participe aux charges du mariage, alors que son épouse perçoit le revenu de solidarité active (RSA), ces éléments constituant un faisceau d'indices suffisamment précis et concordants attestant du caractère complaisant du mariage contracté à des fins étrangères à l'institution matrimoniale, dans le seul but de faciliter l'établissement en France du demandeur de visa. Dès lors, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants :1° Un visa de long séjour () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ".

5. En se bornant à soutenir, sans assortir leur moyen d'aucune précision, que les dispositions de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été abrogées, les requérants ne mettent pas le tribunal en mesure d'apprécier la portée de leurs écritures.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public ". Il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'un ressortissant français dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.

7. Pour établir le caractère complaisant du mariage, le ministre de l'intérieur fait valoir que les époux C ne justifient pas de l'existence d'une vie commune effective avant et après leur mariage. Si les requérants soutiennent qu'ils ont fait connaissance " par l'intermédiaire d'un ami commun " en 2017 et " ont entretenu avant leur mariage des échanges sur le réseau social Facebook ", lors des voyages de Mme G en Algérie, et, depuis leur mariage, par messagerie instantanée, ils n'apportent aucun élément précis sur les circonstances de leur rencontre et sur l'existence réelle de ces échanges. Les attestations de proches peu circonstanciées et les rares photographies de couple, qui selon eux auraient été prises lors du séjour de Mme G en Algérie, postérieurement à la décision attaquée, ne suffisent pas à démontrer la sincérité et l'effectivité de leurs liens matrimoniaux ainsi que leur projet de vie commune. Si Mme G s'est rendue en Algérie en 2018, 2019 et 2020, il n'est pas démontré, par les pièces versées aux débats, qu'elle y aurait rencontré son époux. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve du caractère complaisant du mariage entre M. C et Mme G épouse C. Par suite, quand bien même ce mariage n'a pas fait l'objet d'une opposition par le procureur de la République, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation en refusant, pour le motif exposé au point 3 de délivrer le visa sollicité.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C et Mme G épouse C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme A G et au ministre de l'intérieur .

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Ronciere, première conseillère,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

La présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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