vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2201984 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 février 2022, le 8 juillet 2022 et le 18 août 2022, M. A D et Mme E C, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 juin 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 6 octobre 2021 des autorités consulaires françaises à Tunis (Tunisie) refusant de délivrer à M. D un visa de long séjour en qualité de conjoint de ressortissante français ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision implicite de la commission de recours et la décision explicite du 15 juin 2022 sont entachées d'un défaut de motivation ;
- la décision litigieuse méconnait les dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que M. D participe aux charges du mariage, que leur intention matrimoniale est sincère, que Mme C n'est pas une personne vulnérable dont le consentement a été vicié et que M. D ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 juin 2022 et le 15 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D et Mme C n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- et les observations de Me Pollono, représentant M. A D et Mme E C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant tunisien né le 2 octobre 1990, a épousé le 30 janvier 2021 à Brest (Finistère), Mme E C, ressortissante française née le 4 avril 1978. M. D a présenté une demande de visa d'établissement en qualité de conjoint d'une ressortissante française auprès des autorités consulaires françaises à Tunis (Tunisie). Par une décision du 6 octobre 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite puis explicite du 15 juin 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Les requérants demandent au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 15 juin 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
2. Aux termes l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour ne peut être refusé à un conjoint de Français qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de Français qui remplit les conditions prévues au présent article ". En application de ces dispositions, il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'un ressortissant français, dont le mariage a fait l'objet d'une transcription sur le registre de l'état civil français et n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire, le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.
3. La décision du 15 juin 2022 est fondée sur les motifs qu'" il n'est pas établi que M. D, qui est entré irrégulièrement en France en 2017 et s'y est maintenu jusqu'en juillet 2021 participe aux charges du mariage selon ses facultés propres depuis son retour en Tunisie ". Il ressort des pièces du dossier que M. D, ressortissant tunisien, a épousé le 30 janvier 2021 à Brest (Finistère) Mme C, ressortissante française. Pour établir l'absence de participation de M. D aux charges du mariage et le caractère complaisant de ce mariage, le ministre de l'intérieur fait état notamment de l'absence de participation de M. D, qui a séjourné de manière irrégulière sur le territoire français antérieurement à son mariage, depuis son retour en Tunisie à l'éducation des enfants de B C, orphelins de père et à la charge de Mme C, de la situation de " vulnérabilité psychologique " où se trouverait Mme C après son veuvage et la période d'isolement pendant la crise sanitaire, de l'absence de preuve d'existence d'une communauté de vie antérieurement et postérieurement au mariage ainsi que de la différence d'âge entre les époux. Toutefois, les requérants produisent de nombreuses photographies du couple y compris de leur mariage civil et de M. D avec la fille de Mme C, de nombreux échanges sur les réseaux sociaux entre les époux, une attestation d'un médecin sur l'état de santé de Mme C ainsi que des attestations de proches faisant état de la relation de M. D avec son épouse. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en se fondant sur le motif précédemment cité.
4. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis l'auteur du recours à même de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
5. Aux termes du mémoire en défense communiqué aux requérants, le ministre fait valoir que le refus de visa par la commission était également fondé sur la menace à l'ordre public que représenterait la présence en France de M. D et soutient à cet égard que ce dernier dispose d'un passeport tunisien obtenu frauduleusement auprès des autorités consulaires tunisiennes en France. Si le ministre produit la liste des pièces à fournir auprès de ces autorités par les ressortissants tunisiens résidants à l'étranger pour obtenir un passeport, telle qu'elle apparaît sur le site du consulat général de Tunisie à Paris, les requérants exposent que les autorités consulaires tunisiennes n'ont pas exigé de preuve d'un séjour régulier pour procéder à la délivrance du passeport de M. D. Dès lors, le ministre, qui n'a pas produit d'éléments plus précis, ne rapporte pas la preuve de la fraude commise par le requérant. En l'absence de menace à l'ordre public avérée que constituerait la présence de M. D en France, laquelle ne découle pas uniquement de son précédent séjour irrégulier, la demande de substitution de motif présentée par le ministre de l'intérieur ne peut être accueillie.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. D et Mme C sont fondés à demander l'annulation de la décision du 15 juin 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa de M. D sollicité, dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par les requérants.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. D et Mme C et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France du 15 juin 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à M. A D un visa de long séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3: L'Etat versera à M. D et Mme C la somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, Mme E C et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
La rapporteure,
M.-A. F
La présidente,
H. DOUETLe greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026