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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202073

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202073

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantBENMERZOUG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 février 2022 et le 15 mars 2022, Mme B C et M. A D, représentés par Me Benmerzoug, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé le 15 octobre 2021 contre la décision du 11 août 2021 de l'ambassade de France en République Centrafricaine refusant de délivrer à M. D A un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer un visa de long séjour à M. D A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que la filiation entre le demandeur de visa et la réunifiante est établie ;

- cette décision a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du paragraphe 1 de l'article 3 et de l'article 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire, enregistré le 31 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 14 octobre 2022, le rapport de M. Rosier, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante centrafricaine, s'est vu reconnaître le statut de réfugiée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 26 avril 2019. M. D, né le 3 juin 2002, qu'elle présente comme l'un de ses neufs enfants, a présenté une demande de visa de long séjour au titre de la réunification familiale auprès des autorités consulaires françaises en République Centrafricaine le 27 février 2021. Par une décision du 11 août 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite, dont Mme C demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé le 15 octobre 2021 contre cette décision consulaire.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis () peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

4. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France.

5. Il ressort du mémoire en défense du ministre de l'intérieur que, pour refuser de délivrer à M. D le visa sollicité, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que son identité et son lien familial avec Mme B C n'étaient pas établis et d'autre part, sur l'absence de jugement portant délégation de l'autorité parentale en faveur de Mme B C.

6. Pour justifier de l'identité du demandeur de visa et de son lien de filiation avec la réunifiante, la requérante verse aux débats une attestation sur l'honneur auprès de l'ambassade de France et le passeport de l'intéressé.

7. Toutefois, le ministre de l'intérieur soutient que la production de ces documents relève d'une intention frauduleuse compte tenu des incohérences des déclarations de la requérante quant à sa situation familiale. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la note du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 19 janvier 2021, que Mme C a déclaré lors de sa demande d'asile être la mère de neuf enfants, dont l'un dénommé Ben Ousmane A serait né le même jour que M. D, le demandeur du visa. En outre, elle n'a pas mentionné l'existence de M. D lors de sa déclaration à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 janvier 2021. En l'absence d'éléments convaincants apportés par la requérante pour expliquer les incohérences de ses déclarations quant au nombre de ses enfants et à la date de naissance de M. D, le lien familial avec la réunifiante ne peut être regardé comme établi par la production du passeport et de cette attestation. Enfin, la capture d'écran d'un échange sur une application de messagerie instantanée produite, sans date, et l'absence d'éléments produits au dossier permettant d'établir une possession d'état entre la requérante et son fils allégué, n'établissent pas non plus le lien familial entre la réfugiée et le demandeur de visa. Dans ces conditions, la commission de recours n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité pour le motif exposé au point 5. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, qui suffisait à lui seul à justifier la décision attaquée.

8. En deuxième lieu, faute d'établissement du lien de filiation du demandeur de visa avec Mme C, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En dernier lieu, les stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne sont pas applicables à M. D en vertu de l'article 1er de cette convention.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C et M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C et de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à M. A D à Me Benmerzoug et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Roncière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

Le rapporteur,

P. ROSIER

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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