vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2202075 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DE CLERCK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 février 2022, M. B A, représenté par Me de Clerck, demande au tribunal :
1°) " de désigner Me Marie-Paule de Clerck au titre de l'aide juridictionnelle provisoire " ;
2°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis du 27 octobre 2021 portant refus de délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjoint de ressortissante française ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de conjoint étranger d'une ressortissante française dans les vingt jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me de Clerck en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision litigieuse est dépourvue de motivation ;
- la décision est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2022 le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par décision du 7 mars 2022 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 septembre 2022 :
- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,
- et les observations de Me Le Floch, substituant Me de Clerck, représentant M. A.
Le ministre n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né en 1979, a sollicité le 14 septembre 2021 la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par une décision du 27 octobre 2021, le consul de France à Tunis a rejeté sa demande au motif que son projet d'installation en France revêtait " un caractère frauduleux " car " sans rapport avec l'objet du visa de conjoint de ressortissant français " sollicité. Par un courrier reçu le 22 novembre 2021 par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, M. A a contesté cette décision. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire.
Sur les conclusions tendant à la désignation de Me de Clerck au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 7 mars 2022, le bureau d'aide juridictionnelle placé auprès du tribunal judiciaire de Nantes, a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A dans le cadre de la présente instance et désigné Me de Clerck pour le représenter. Les conclusions du requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et à la désignation de Me de Clerck pour le représenter ayant perdu leur objet en cours d'instance, il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il ressort des écritures du ministre de l'intérieur en défense que la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être regardée comme se fondant, d'une part, sur le caractère complaisant du mariage du requérant avec une ressortissante française et, d'autre part, sur le fait que la présence en France de M. A représenterait une menace pour l'ordre public.
En ce qui concerne le caractère complaisant du mariage :
4. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur depuis le 1er mai 2021 : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial () ". L'article L. 312-3 du même code précise : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ". En application de ces dispositions, il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'une ressortissante française dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir, sur la base d'éléments précis et concordants, que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a épousé Mme C, de nationalité française, le 14 novembre 2020, en France. Pour établir le caractère complaisant de ce mariage, le ministre soutient que les circonstances de la rencontre de M. A et de Mme C et de leur vie commune ne sont pas établies par les pièces du dossier, que les attestations de leurs proches sont dépourvues de caractère probant, que les intéressés ne produisent pas de photos de leur mariage et ne justifient pas du maintien des échanges depuis le retour de M. A en Tunisie. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment d'un bail, de quittances de loyer, de factures de consommation d'électricité et d'un avis d'impôt notamment, que M. A et Mme C sont domiciliés à la même adresse depuis le 1er octobre 2020. Ces éléments sont par ailleurs corroborés par d'autres pièces versées au dossier telles que la déclaration, par Mme C, du changement de sa situation familiale à la caisse d'allocations familiales, la preuve d'un versement de 500 euros faite par Mme C au mois d'octobre 2021, ainsi que diverses attestations circonstanciées établies par des proches de Mme C. Dans ces conditions l'administration ne peut être regardée comme apportant la preuve du caractère complaisant du mariage contracté par M. A et Mme C.
En ce qui concerne la menace à l'ordre public :
6. Le ministre estime la menace caractérisée par l'entrée irrégulière en France de M. A et l'obtention d'un passeport tunisien au consulat de Tunisie à Paris dans des conditions frauduleuses. Toutefois et d'une part, en se bornant à soutenir que le passeport du requérant, délivré le 5 août 2021, est, soit un faux document, soit délivré sur la base de faux documents dès lors que M. A était dépourvu d'autorisation de séjour à la date de la demande de délivrance de son passeport, sans apporter des éléments plus objectifs de preuve de la fraude alléguée, le ministre n'établit pas le caractère falsifié du document. D'autre part, l'entrée et le séjour en France dans des conditions irrégulières du requérant ne caractérise pas une menace pour l'ordre public au sens des dispositions précitées de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte des points qui précèdent que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a inexactement appliqué les dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours de M. A contre la décision du 27 octobre 2021 portant refus de délivrance d'un visa de long séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à M. A le visa de long séjour sollicité. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui faire délivrer ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
11. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans la présente affaire. Par suite, Me de Clerck peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me de Clerck renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me de Clerck d'une somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et à la désignation de Me de Clerck pour le représenter.
Article 2 : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, rejetant implicitement le recours de M. A contre la décision du 27 octobre 2021 portant refus de délivrance d'un visa de long séjour, est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à M. A un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me de Clerck en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026