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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202101

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202101

mardi 27 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP PIGEAU CONTE MURILLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2022, M. D A C, représenté par Me Murillo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet de la Sarthe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, laquelle fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français dans le mois de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut et sous la même astreinte, de réexaminer sa demande en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence ;

- c'est à tort qu'elle n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, dès lors que son comportement ne menace pas l'ordre public ;

- l'interdiction de retour est illégale en conséquence et des circonstances humanitaires y faisaient obstacle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi, fait à Rabat le 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né en 1989 au Maroc, est, selon ses déclarations, arrivé sur le territoire français en 2003, à l'âge de 14 ans. Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui avait été délivrée par le préfet de l'Orne le 29 mai 2008 et a été renouvelée à trois reprises jusqu'au 28 mai 2012. Le préfet de la Sarthe a renouvelé ce titre de séjour le 13 février 2015 par la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", qui a ensuite été renouvelé à deux reprises, jusqu'au 11 février 2018. Par un arrêté du 28 novembre 2019, le préfet de la Sarthe a refusé un troisième renouvellement de ce titre de séjour, a fait obligation à M. A C de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. Le 8 juillet 2021, M. A C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en faisant état de son mariage le 13 juin 2020 avec une ressortissante française. Par l'arrêté du 10 février 2022 dont il demande l'annulation, le préfet de la Sarthe a refusé cette délivrance, assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, laquelle fixe le pays de destination en cas d'éloignement d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. L'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A C. Cette décision est, dès lors, régulièrement motivée.

3. Il ressort des pièces du dossier que, pour prendre l'arrêté attaqué, en toutes les décisions qu'il comporte, le préfet de la Loire-Atlantique a examiné la situation particulière de M. A C, sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation.

4. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Aux termes de l'article L. 423-1 du même code : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ;/ () ".

5. Pour refuser la délivrance à M. A C d'une carte de séjour temporaire en qualité de conjoint d'une ressortissante française, le préfet de la Sarthe a retenu, d'une part, qu'il n'est pas justifié de sa communauté de vie avec l'épouse depuis le mariage et, d'autre part, que la présence de l'intéressé sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A C a fait l'objet de cinq condamnations pénales entre 2007 et 2012, pour lesquelles il a été condamné à cinq mois d'emprisonnement avec sursis, un an d'emprisonnement dont huit mois avec sursis, six mois d'emprisonnement, 140 heures de travaux d'intérêt général et quatre mois d'emprisonnement. Il a de nouveau été condamné, par des jugements des 13 juillet 2016, 18 août 2016, 30 novembre 2016, 22 mars 2017 et 20 novembre 2018, respectivement à dix mois d'emprisonnement dont cinq mois avec sursis, à trois mois d'emprisonnement, à six mois d'emprisonnement et trois mois sous surveillance électronique. Le 16 septembre 2019, il a également été condamné à une peine d'amende d'un montant de 300 euros. En outre, il se maintient irrégulièrement sur le territoire français en dépit de l'obligation de le quitter dont il a fait l'objet le 28 novembre 2019. Il en résulte que le préfet de la Sarthe, qui n'a pas commis d'erreur de droit, ne s'est pas livré à une inexacte application de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que la présence de M. A C en France constitue une menace pour l'ordre public. Il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision refusant la délivrance d'un titre de séjour pour ce seul motif. Par suite, est inopérant le moyen tiré de ce qu'il a à tort estimé qu'il n'est pas justifié de la continuité de la communauté de vie avec l'épouse depuis le mariage.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Le requérant est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français à l'âge de 14 ans. Il a, toutefois, fait l'objet entre 2007 et 2019 des onze condamnations pénales rappelées ci-dessus. Son mariage avec une ressortissante française le 13 juin 2020 au Mans est récent et les époux n'ont pas d'enfant ensemble, quand bien même le requérant fait valoir leur projet d'en avoir. Les époux ne pouvaient ignorer la situation irrégulière de séjour du requérant, qui à l'époque de ce mariage faisait déjà l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantissant pas dans un tel cas aux époux le libre choix de leur pays de résidence. Il ne ressort pas du dossier que l'épouse, qui peut se rendre au Maroc, ne pourrait y accompagner le requérant, le cas échéant pour s'établir dans le pays dont son époux a la nationalité. Eu égard aux condamnations pénales dont il a fait l'objet, le requérant ne justifie pas d'une intégration particulière dans la société française, que n'établit pas davantage la méconnaissance de l'obligation de quitter le territoire français du 28 novembre 2019. Les membres de sa famille établis en France peuvent, de même, se rendre au Maroc et le requérant, qui est âgé de 32 ans à l'époque de l'arrêté attaqué, peut poursuivre sa vie personnelle dans le pays dont il a la nationalité. Dans ces conditions et en dépit de la durée du séjour de M. A C en France, le préfet de la Sarthe n'a pas, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi qu'interdiction de retour en France pendant un an, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ses décisions ont été prises et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de délivrance d'un titre de séjour, M. A C n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus. Il ne l'est pas davantage à soutenir que l'interdiction de retour est illégale du fait de l'illégalité de cette obligation.

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Sarthe, qui rappelle en particulier que M. A C a fait l'objet le 28 novembre 2019 d'une première obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur ce territoire pendant une durée de trente-six mois, aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que des circonstances humanitaires ne justifiaient pas que ne fût pas édictée une interdiction de retour.

12. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. En conséquence, les conclusions à fin d'injonction ne sauraient être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre, alors d'ailleurs que M. A C n'a pas, dans la présente instance, demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de El C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C, au préfet de la Sarthe et à Me Murillo.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

A. B DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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