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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202103

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202103

mardi 27 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2022, M. D B, représenté par Me Néraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le mois de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation en lui délivrant un récépissé de demande de titre de séjour pendant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le refus de séjour n'est pas motivé ;

- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est irrégulier en raison de méconnaissances des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait ;

- l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est méconnu ;

- sa situation n'a pas été examinée ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu ;

- le 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant est méconnu ;

- l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est méconnu ;

- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas motivée ;

- elle est illégale en conséquence ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée ;

- elle est illégale en conséquence ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2022.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Des pièces, enregistrées le 7 décembre 2022, ont été produites par M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian né en 1998, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français en 2016. La demande d'asile qu'il avait présentée a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 avril 2017 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 12 septembre 2018. Le 22 février 2019, l'intéressé a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en se prévalant de son état de santé. Par l'arrêté du 6 septembre 2021 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de l'admettre au séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. Par un arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique le 1er septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un arrêté d'une telle nature, en toutes les décisions qu'il comporte. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire ne peut qu'être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé de faire droit à la demande de délivrance d'un titre de séjour présenté par M. B. Il en résulte que cette décision est motivée.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

5. L'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". De plus, aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. () ". Aux termes de son article R. 425-13 du même code : " () Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. () ". Enfin l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour présentée par M. B a fait l'objet d'un rapport médical du 6 janvier 2021 et d'un avis d'un collège de trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 1er avril 2021, émis en particulier au vu de ce rapport, transmis à ce collège le 25 février 2021 et établi par un médecin ne faisant pas partie de ce collège. Les trois médecins membres de ce collège ont, par une décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 janvier 2017 modifiée, été désignés pour participer au collège à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Cet avis du 1er avril 2021 comporte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, qui n'est pas rapportée, du caractère collégial de cet avis. La circonstance que cet avis n'aurait pas été rendu par le collège dans le délai de trois mois de la transmission du certificat médical prévu au troisième alinéa de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel délai, qui ne constitue pas une garantie pour l'intéressé, n'est pas prescrit à peine d'irrégularité, n'est pas de nature à vicier la procédure à l'issue de laquelle a été pris l'arrêté attaqué. Si l'arrêté du 27 décembre 2016 prescrit que l'avis du collège de médecins est signé par chacun des trois médecins membres de ce collège et si cette signature constitue, pour l'étranger, une garantie, ni cet arrêté, ni une quelconque autre règle, n'impose que cette signature revête une forme ou une modalité particulière. En l'espèce, l'avis du 1er avril 2021 est assorti de la signature lisible de chacun des trois médecins dont il indique l'identité. Un tel avis, qui n'est pas une décision, ne relève pas du champ d'application de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du I de l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives est, en conséquence, inopérant. Il en va de même de celui tiré de la méconnaissance du troisième alinéa de l'article 1367 du code civil. Si le requérant soutient néanmoins que ces signatures ne permettent pas d'authentifier l'avis du 1er avril 2021, dont aucune règle n'imposait la communication à l'intéressé préalablement à l'intervention de l'arrêté attaqué, il ne justifie pas en quoi. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière.

7. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

8. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier, dont il peut solliciter la communication, du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

9. Pour refuser au requérant la délivrance du titre de séjour qu'il avait sollicité au regard de son état de santé, le préfet, qui a examiné la situation du requérant sans estimer être tenu par l'avis du 1er avril 2021, a, faisant sienne la teneur de cet avis, estimé que cet état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

10. Il ressort des pièces du dossier que l'état de santé du requérant se caractérise par un syndrome de stress post-traumatique et une symptomatologie anxieuse. Il bénéficie en France d'un traitement associant deux antipsychotiques et un antidépresseur. Il n'est pas établi que cet état de santé trouverait sa cause dans des violences subies dans le pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier qu'il existe au Nigéria des possibilités de traitement d'un tel état de santé, traitement de nature à empêcher que cet état entraîne pour la personne en étant affectée des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, par suite, traitement approprié. Une telle prise en charge médicale est, en dépit de la modestie des ressources d'une partie très importante de la population de ce pays, accessible à la généralité de la population. Le requérant ne justifie pas de circonstances exceptionnelles tirées de particularités de sa situation personnelle qui l'empêcheraient d'y accéder d'y accéder effectivement. Il en résulte qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Loire-Atlantique ne s'est pas livré à une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Le requérant n'a pas sollicité le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet, qui n'avait pas l'obligation de le faire, n'a pas recherché de sa propre initiative s'il y avait lieu de régulariser la situation de séjour de l'intéressé sur ce fondement. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de cet article est inopérant.

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. Si le requérant soutient être arrivé sur le territoire français en 2016, il n'en justifie pas et sa présence en France n'est pas attestée par les pièces du dossier avant le 20 janvier 2017, date du premier enregistrement en guichet unique de la demande d'asile qu'il avait présentée. Cette arrivée était irrégulière et le séjour de l'intéressé en France n'est pas ancien, la période de ce séjour jusqu'au 12 septembre 2018 ne s'expliquant que par la procédure d'examen de cette demande d'asile. Si le requérant, qui est célibataire, se prévaut de la circonstance qu'il est le père d'un enfant né à Nantes le 22 juillet 2019 et qu'en conséquence c'est par une erreur de fait que le préfet a retenu qu'il est sans enfant, il ressort toutefois de la motivation de l'arrêté attaqué que, pour refuser l'admission au séjour, le préfet ne s'est pas fondé sur la circonstance ainsi erronée dont fait état cette motivation. Si le requérant se prévaut également de la naissance d'un second enfant, à Nantes, le 19 janvier 2022, cette circonstance est toutefois postérieure à l'arrêté attaqué. Ne ressort pas du dossier une communauté de vie habituelle entre le requérant et la mère de l'enfant né à Nantes le 22 juillet 2019, laquelle mère est une ressortissante nigériane née en 1996 et à laquelle a été reconnue la qualité de réfugiée ainsi que délivrée le 14 novembre 2019 une carte de résident. Il n'est pas non plus établi que le requérant participerait de manière effective et habituelle à l'entretien, la garde et l'éducation de cet enfant né en 2019. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en requérant en France, le préfet de la Loire-Atlantique, en ne lui délivrant pas un titre de séjour, n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées.

14. Aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus de délivrer un titre de séjour au requérant aurait pour effet de priver l'enfant né le 22 juillet 2019 de la présence d'une personne en assurant habituellement la garde, l'entretien et l'éducation, ni qu'il exposerait cet enfant à un risque particulier pour sa santé, sa moralité, sa sécurité ou son éducation. Dès lors, ce refus ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de cet enfant.

15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

16. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ".

17. Il résulte de la motivation de l'arrêté attaqué que, pour décider, dans l'exercice du pouvoir d'appréciation qu'il tient des dispositions de l'article L. 611-1 précité, d'assortir le refus de délivrer à M. B un titre de séjour d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, le préfet, examinant la situation personnelle de l'intéressé en France, a, en particulier, retenu qu'il est sans enfant.

18. Toutefois et comme il a été dit, le requérant est le père d'un enfant né à Nantes le 22 juillet 2019. S'il ne ressort pas du dossier qu'il aurait porté cette naissance à la connaissance du préfet, cette circonstance ne fait néanmoins pas obstacle à ce que le requérant s'en prévale, dès lors qu'elle est antérieure à l'arrêté attaqué. Il en résulte que la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur sur la matérialité des faits de l'espèce.

19. Si le préfet de la Loire-Atlantique fait valoir qu'en dépit de cette erreur de fait, il aurait pu légalement refuser au requérant la délivrance d'un titre de séjour, il ressort toutefois clairement de la motivation de l'arrêté attaqué que le motif selon lequel l'intéressé est " célibataire et sans enfant " vient seulement au soutien de la mesure portant obligation de quitter le territoire français, mais non de celle refusant la délivrance d'un titre de séjour, le requérant ayant d'ailleurs seulement sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé.

20. Il ressort également des pièces du dossier que, le 29 juillet 2021, le requérant et la mère de l'enfant né en 2019 ont, à Nantes, reconnu un second enfant alors à naître et, qui comme il a été dit, est ensuite né le 19 janvier 2022. Comme aussi déjà dit, la mère de ces enfants a été admise en France au statut de réfugiée et une carte de résident lui a été délivrée en 2019. Dès lors, compte tenu de l'erreur de fait ainsi commise, de la reconnaissance d'un second enfant avant l'intervention de l'arrêté attaqué et de la situation particulière de la mère, ainsi qu'eu égard au pouvoir d'appréciation dont est investi le préfet pour décider d'assortir ou non un refus d'admission au séjour d'une obligation de quitter le territoire français, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet, s'il n'avait commis cette erreur de fait, aurait décidé la même mesure d'éloignement. Dès lors, cette erreur de fait vicie la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

21. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français comme, en conséquence, de celle fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire.

22. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

23. Conformément à ces dispositions, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de statuer à nouveau sur le cas de M. B, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dès cette notification, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à l'issue de ce réexamen.

Sur les frais liés au litige :

24. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Néraudau de la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de la Loire-Atlantique du 6 septembre 2021 faisant obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue de ce délai sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de statuer à nouveau sur le cas de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, jusqu'à ce qu'à ce qu'une nouvelle décision ait été prise et sans délai à compter de cette notification, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Néraudau la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Néraudau.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

A. A DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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