vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2202122 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | PRONOST |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 18 février 2022, le 27 juin 2022 et le 7 octobre 2022, Mme B C G et M. E C, devenu majeur en cours d'instance, représentés par Me Pronost, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 août 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 9 mars 2021 de l'ambassade de France en République Centrafricaine refusant de délivrer à M. E A un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer un visa de long séjour à M. E A ou, à tout le moins réexaminer sa demande de visa, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- il n'est pas justifié de la régularité de la composition de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation et a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire, enregistré le 21 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Mme C G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 janvier 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 octobre 2022 :
- le rapport de M. Rosier, rapporteur,
- les observations de Me Pronost, représentant Mme C G.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C G, ressortissante centrafricaine née le 28 septembre 1980, a obtenu en France le bénéfice de la protection subsidiaire le 21 juin 2016. La délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en vue de la rejoindre a été sollicitée en faveur de M. E A, présenté comme son fils. Un refus leur a été opposé par les autorités consulaires françaises de l'ambassade de France auprès de la République Centrafricaine. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie du recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rejeté le recours dirigé contre ce refus par décision du 11 août 2021. Les requérants demandent au tribunal d'annuler cette décision.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de séance produit par le ministre de l'intérieur, qu'à l'occasion de sa séance du 11 août 2021, lors de laquelle a été délibérée la décision en litige, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France était composée, outre son président, de deux membres prévus par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le moyen tiré de la composition irrégulière de cette commission doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. / La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". Aux termes de l'article L. 434-4 de ce code : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. "
4. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France.
5. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux. Par ailleurs, à l'occasion d'une demande de visa, la filiation d'un enfant peut être établie par tout moyen. Si la légalité d'une décision s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise, il appartient au juge de tenir compte des justifications apportées devant lui dès lors qu'elles attestent de faits antérieurs à la décision attaquée, quand bien même ces éléments n'ont pas été portés à la connaissance de l'administration avant qu'elle se prononce.
6. La décision en litige a relevé les éléments suivants : " () - Il a été produit une copie du volet 1 de l'acte de naissance de Lauren Steven Josué A et une copie dactylographiée comportant plusieurs incohérences, notamment sur le sexe de l'enfant ; - De plus, la demande de visa déposée le 2/11/2017 indiquait une date de naissance différente ; la production de tels documents, tous établis postérieurement à l'obtention du statut de protection de la réunifiante relève donc d'une intention frauduleuse ; () ".
7. Pour justifier de l'identité du demandeur de visa et de son lien de filiation avec Mme C G, ont été produites, à l'appui de la demande de visa formé, la photocopie d'un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance rendu par le tribunal de grande instance de Bangui le 31 mai 2018 et une photocopie de l'acte pris en transcription de ce jugement, faisant état de la naissance de Lauren Steven Josué A le 25 mars 2004 à Bangui et du lien de filiation avec " Mme B F C G " et " M. D A ".
8. La commission de recours a retenu que la copie du volet 1 de l'acte de naissance de M. E A et la copie dactylographiée comportaient plusieurs incohérences, notamment sur le sexe de l'enfant dans la mesure où une copie intégrale d'acte de naissance, délivrée le 9 février 2021, mentionne que le demandeur serait de sexe féminin et qu'une précédente demande de visa avait été déposée en 2017 sur la base d'un acte de naissance délivré le 28 mars 2005 indiquant que le demandeur de visa était né le 25 mars 2005. Cependant le jugement supplétif du 31 mai 2018 produit, l'acte pris en transcription de ce jugement, l'attestation d'authentification d'acte de naissance de l'officier d'état civil de la mairie de Bangui du 16 septembre 2021 et la photocopie de la page principale du passeport de M. E A, à propos desquels l'administration n'émet aucune critique, mentionnent que le demandeur de visa est né le 25 mars 2004 de sexe masculin. Si Mme C G a déclaré lors de sa demande d'asile que M. E A était né en 2005, cette incohérence ne suffit pas, dans les circonstances particulières de l'espèce, à remettre en cause l'identité du demandeur de visa et son lien de filiation avec la réunifiante. Si le ministre soutient que la commission a pu à bon droit estimer que le lien de parenté n'était pas établi dès lors que les documents d'état civil produits à l'appui de la demande de demande de visa litigieuse mentionnaient une date de naissance différente de celle portée sur un autre acte de naissance transmis à l'administration, pour le même demandeur, au soutien d'une précédente demande de visa formé en 2017, la requérante a produit en cours d'instance un jugement rendu par le tribunal de grande instance de Bangui le 29 novembre 2021 annulant l'acte de naissance du 28 mars 2005. Il ressort également des pièces du dossier que l'appréciation relative à la réalité de l'identité et du lien de filiation allégués est confortée par la production de documents d'ordre médical, lesquels confirment que Mme C G a accouché en 2004 d'un enfant désigné comme étant de sexe masculin. Elle est également renforcée par le reste des pièces du dossier lesquelles comportent notamment une photographie, des témoignages et des captures d'écran sur une application de messagerie instantanée et l'envoi de mandats. Enfin, il n'apparaît pas que Mme C G, qui a expliqué avec précision son histoire personnelle, aurait eu des déclarations inconstantes quant à l'existence de son fils.
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la partie requérante est fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'erreur d'appréciation.
10. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
11. Le ministre de l'intérieur fait dorénavant valoir qu'il n'a pas été fourni de " jugement de délégation parentale du père de l'enfant ".
12. Il est constant qu'aucune décision d'une juridiction étrangère confiant la garde de Lauren Steven Josué A, mineur à la date de la décision attaquée, à Mme C G au titre de l'exercice de l'autorité parentale, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est produite par Mme C G. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était initialement fondée sur ce seul motif, qui ne prive les intéressés d'aucune garantie. Il y a lieu, par suite, d'accueillir la substitution de motif demandée par le ministre de l'intérieur.
13. En troisième lieu, alors que les requérants se bornent à soutenir que le lien familial est établi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C G et M. E A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C G et M. E A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C G, à M. E A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et à Me Pronost.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Roncière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.
Le rapporteur,
P. ROSIER
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026