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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202135

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202135

mercredi 18 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2022, M. D A, représenté par Me Philippon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour, ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'au rétablissement des liaisons terrestres, maritimes ou aériennes lui permettant de regagner volontairement son pays d'origine ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 400 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté en litige :

- il n'est pas établi qu'il ait été signé par une autorité compétente ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des articles L. 114-5 et L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration ; il appartenait au préfet de lui demander des justificatifs supplémentaires de son état civil ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les articles L. 542-1 et L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 33 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés, dès lors que le préfet n'établit pas la notification régulière de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

S'agissant des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français les prive de base légale ;

- elle portent une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle dès lors qu'il est dans l'impossibilité travailler et subvenir aux besoins de sa famille dans l'attente du rétablissement des liaisons terrestres, maritimes ou aériennes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Loirat, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 15 juin 1981, est entré en France le

21 juillet 2016, sous couvert d'un visa de court séjour. Sa demande d'admission au statut de réfugié a été rejetée par une décision du 28 février 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 18 avril 2019. Il a fait l'objet d'un arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire le 22 janvier 2021. Il s'est toutefois maintenu sur le territoire français et, le 5 février 2021, a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale et son admission exceptionnelle en qualité de salarié sur le fondement respectif des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 25 octobre 2021, portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté en litige a été signé par Mme B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 31 août 2021, paru au recueil des actes administratifs de la préfecture du lendemain, le préfet de ce département lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de séjour, les obligations de quitter le territoire et les décisions fixant les pays d'éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur () ". Aux termes de l'article L. 114-6 du même code : " Lorsqu'une demande adressée à une administration est affectée par un vice de forme ou de procédure faisant obstacle à son examen et que ce vice est susceptible d'être couvert dans les délais légaux, l'administration invite l'auteur de la demande à la régulariser en lui indiquant le délai imparti pour cette régularisation, les formalités ou les procédures à respecter ainsi que les dispositions légales et réglementaires qui les prévoient () ".

4. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle se fonde sur le motif tiré de ce qu'en produisant à l'appui de sa demande de titre de séjour un extrait d'acte de naissance dont l'authenticité a été réfutée par les services de la police de l'air et des frontières, M. A ne peut être regardé comme justifiant de son état civil et de son identité. Dès lors que ce motif ne procède pas d'une incomplétude de sa demande, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des articles L. 114-5 et L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". En vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. M. A se prévaut d'une vie de couple avec Mme C, titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", mère de deux enfants et de ce qu'un enfant est né de cette relation, le 28 avril 2021 à Nantes, et qu'il a reconnu le 19 mai suivant. Toutefois, si le requérant affirme être en couple depuis l'été 2018, il ne ressort pas des pièces versées au dossier, notamment des extraits de l'historique des échanges téléphoniques, qu'il entretenait une relation avec Mme C avant le mois de juillet 2020. En outre, M. A n'établit pas, en se bornant à produire une unique attestation de sa concubine, établie postérieurement à la décision attaquée, et de factures, dont plusieurs sont également postérieures à cette décision, l'existence d'une vie commune avec la mère de son enfant ni sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. Enfin, le requérant, qui n'est présent en France que depuis cinq ans à la date de la décision attaquée, n'établit pas être dénué d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses deux enfants ainsi que ses parents. Dans ces conditions, M. A ne peut se prévaloir de liens personnels et familiaux sur le territoire français, tels qu'au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, le refus de l'admettre au séjour porterait une atteinte manifestement excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

8. En se prévalant des circonstances exposées au point 6 et du contrat de travail à durée indéterminée en tant que coiffeur, obtenu le 6 novembre 2018 alors que sa demande d'asile était en cours d'instruction, M. A ne justifie pas de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait ces dispositions.

9. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pu prendre la décision attaquée de refus de séjour en se fondant sur les seuls motifs tirés de ce que M. A ne remplissait pas les conditions posées par les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il invoquait à l'appui de sa demande de séjour.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, M. A n'est pas fondé à exciper de cette illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 6, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit apporter une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. Ainsi qu'il résulte du point 6, le requérant n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant né en France. Il ne justifie, par ailleurs, d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Guinée, pays dont il a la nationalité et où vivent deux de ses enfants et ses parents, ou à Sainte-Lucie, pays dont sa concubine a la nationalité. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet aurait, en prenant la décision attaquée, méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci " et aux termes de l'article R. 532-57 du même code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ". Aux termes de l'article L. 542-4 du même code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".

15. Il ressort des pièces produites en cours d'instance et notamment du relevé TelemOfpra, que la décision du 18 avril 2019 de la Cour nationale du droit d'asile rejetant le recours du requérant lui a été effectivement notifiée le 15 mai 2019, soit antérieurement à la décision d'éloignement du 20 juillet 2021, fondée sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et tirant les conséquences du rejet définitif de sa demande d'asile. Par ailleurs, la notification des décisions prises par la Cour nationale du droit d'asile est en principe accompagnée d'une fiche informant le demandeur d'asile du caractère positif ou négatif de la décision le concernant dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. Le moyen ainsi soulevé est, en tout état de cause, inopérant à l'encontre de la décision attaquée d'éloignement du 25 octobre 2021, fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 33 de la convention relative au statut des réfugiés : " Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. () ".

17. Le requérant, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces stipulations à l'encontre de la décision d'éloignement attaquée.

Sur la légalité des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

18. En premier lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, M. A n'est pas fondé à exciper de cette illégalité à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination.

19. En second lieu, M. A faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, n'a pas vocation à se maintenir sur le territoire national et se voit tenu de le quitter dès que la situation sanitaire le permettra. La circonstance que les liaisons terrestres, maritimes ou aériennes étaient suspendues au jour de l'édiction de la mesure d'éloignement contestée, ne faisait nullement obstacle au prononcé de la mesure d'éloignement à l'encontre de l'intéressé, son exécution effective étant seulement différée au rétablissement de ces liaisons. En outre, le requérant ne se prévalant pas de circonstances particulières propres à établir l'illégalité du délai de départ volontaire de 30 jours qui lui a été accordé, les conclusions de la requête dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire ne peuvent qu'être rejetées.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à

Me Philippon et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 4 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

C. LOIRAT

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

E. GAUTHIER

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

bg

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