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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202147

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202147

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantARNAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2022, M. D A, représenté par

Me Arnal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours courant de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros par application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision de refus de séjour :

- n'a pas été prise par une autorité compétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière suivie devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation sur l'accès effectif aux soins qui lui sont nécessaires en Guinée ;

-méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- n'a pas été prise par une autorité compétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière suivie devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de destination :

- n'a pas été prise par une autorité compétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

24 janvier 2022.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 18 janvier 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Arnal, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant guinéen né le 22 décembre 1999, déclare être entré irrégulièrement en France le 26 octobre 2018. Sa demande d'admission au statut de réfugié a été rejetée le 20 mai 2019 par l'OFPRA, et ce refus confirmé le 3 décembre 2020 par la Cour nationale du droit d'asile. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 6 septembre 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C, directrice de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du

31 août 2021, paru au recueil des actes administratifs de la préfecture du lendemain, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire et les décisions fixant les pays d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait.

3. En second lieu, l'arrêté vise, notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il indique que M. A ne peut bénéficier d'un titre de séjour en raison de son état de santé dès lors qu'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine, vers lequel il peut voyager sans risque. Il constate qu'eu égard à la situation personnelle du demandeur, le refus de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il constate également que M. A se trouve dans l'hypothèse du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant son éloignement et qu'il ne justifie d'aucune circonstance faisant obstacle à son retour dans son pays d'origine, notamment d'aucune méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les décisions attaquées sont ainsi suffisamment motivées en droit et en fait.

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".

5. D'une part, il résulte des dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 6 de l'arrêté du

27 décembre 2016 susvisé que l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de de l'intégration (OFII) doit être rendu à l'issue d'une délibération pouvant prendre la forme soit d'une réunion, soit d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. Le caractère collégial de cette délibération constitue une garantie pour le demandeur de titre de séjour. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par le collège de médecins.

6. Il ressort de l'avis émis par le collège médical de l'OFII le 4 mai 2021, versé au dossier par le préfet, que le médecin, auteur d'un rapport sur l'état de santé du requérant, n'a pas siégé au sein du collège, composé de trois autres médecins, qui a émis son avis en s'appuyant sur ce rapport. Cet avis porte la mention : " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", laquelle mention fait foi jusqu'à preuve du contraire, laquelle n'est pas apportée en l'espèce. Il est enfin revêtu de la signature de chacun des trois médecins composant le collège. Le caractère collégial de l'avis est ainsi établi. Par suite, le moyen tiré de ce que l'avis aurait été émis à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.

7. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique s'est approprié l'avis émis le 4 mai 2021 par le collège des médecins de l'OFII en considérant que, si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier de soins appropriés et son état de santé lui permet de voyager vers ce pays.

9. Par les documents médicaux qu'il produit, M. A établit souffrir d'une hépatite B faisant l'objet d'un suivi médical spécialisé semestriel (hépato-gastro-entérologie) et d'une surveillance biologique trimestrielle. Toutefois, alors que le requérant se borne à faire valoir que le système de santé en Guinée serait " exsangue après le virus de l'Ebola ", aucune pièce du dossier ne permet d'étayer l'affirmation du requérant selon laquelle ce suivi médical régulier et spécialisé serait inaccessible en Guinée. De la même façon, les allégations du requérant sur le caractère onéreux des soins et la corruption qui sévirait au sein des hôpitaux publics, ne permettent pas de tenir pour établi qu'il ne pourrait accéder effectivement aux soins médicaux nécessaires dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne saurait utilement se prévaloir des risques potentiels d'évolution cancéreuse de sa maladie, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "" 1 Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. M. A se prévaut de sa durée de présence en France, de son suivi médical et de son intégration sur le territoire national ; il fait valoir en particulier qu'il est titulaire d'une licence au club de football d'Orvault depuis le 8 juillet 2019, où il est particulièrement investi et apprécié, qu'il travaille comme livreur et a des activités associatives, notamment dans le cadre du festival " Tissé Métisse " et qu'il a signé un contrat personnalisé d'intégration dans le cadre de la " Pépinière jeunesse horizons ". Toutefois, le requérant, célibataire et sans enfant, ne peut être ainsi regardé comme ayant noué des liens particulièrement intenses, anciens et stables en France et il n'établit pas être dépourvu de toute attaches en Guinée, où il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. Ainsi, le refus de séjour attaqué ne porte pas une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée au but poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

12. En premier lieu, il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'illégalité de la décision de refus de séjour n'est pas établie. M. A n'est, par suite, pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision contestée d'éloignement.

13. Il résulte du point 6 du présent jugement que l'irrégularité de la procédure suivie devant l'OFII n'est pas établie.

14. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son état de santé ferait obstacle à son éloignement. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

15. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, la décision attaquée ne porte pas une atteinte au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée au but poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays que s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

17. M. A se prévaut de ce que la situation politique en Guinée serait caractérisée par une instabilité et insécurité, et soutient avoir subi des pressions et mauvais traitements après sa participation au mouvement étudiant lors des émeutes dites des " bérets rouges " en 2016. Toutefois, sa demande d'asile, fondée sur ces mêmes faits, a été définitivement rejetée, le

3 décembre 2020, par la Cour nationale du droit d'asile. Et il ne produit à l'appui de sa requête aucun élément propre à établir qu'il encourrait personnellement des risques pour sa vie ou sa liberté, ou qu'il serait exposé à des risques de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Guinée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions du point 16 doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Arnal et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.

La présidente-rapporteure,

C. BL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

E. GAUTHIER

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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