vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2202149 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | KARL WAHEED AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 février 2022 et le 9 septembre 2022, M. G C, agissant en son nom et au nom des enfants mineurs D B C et F H C, représentés par Me Waheed, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les trois décisions de l'autorité consulaire française à Lagos (Nigéria) du 9 septembre 2021 refusant de leur délivrer des visas de long séjour en qualité de visiteurs ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal de délivrer des visas de long séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer les demandes dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision consulaire et la décision de la commission sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- la décision consulaire et la décision de la commission sont entachées d'insuffisance de motivation ;
- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que toutes les conditions à la délivrance des visas de long séjour de type visiteur sont remplies ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022 le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 janvier 2023 :
- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,
- et les observations de Me Leudet, substituant Me Waheed, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant sud-africain né en 1976, demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 27 octobre 2021, contre les décisions de l'autorité consulaire française à Lagos refusant de lui délivrer ainsi qu'aux enfants D et F C des visas de long séjour en qualité de visiteurs.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires, rendant inopérants les moyens présentés en contestation de la légalité de cette dernière décision. Par suite, les moyens de la requête tirés du vice d'incompétence et de l'insuffisance de motivation entachant la décision de l'autorité consulaire française à Lagos ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
3. Par ailleurs, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ayant implicitement rejeté le recours formé devant elle, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de sa décision ne peut qu'être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". L'article L. 232-4 du même code précise cependant que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".
5. Faute pour le requérant de justifier de la présentation, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, d'une demande de communication des motifs de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision de la commission doit être écarté.
6. Il ressort des écritures du ministre en défense que la commission est réputée avoir rejeté le recours de M. C aux motifs qu'il ne justifiait pas de la nécessité d'obtenir des visas d'une durée supérieure à trois mois consécutifs.
7. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. () ".
8. L'étranger désirant se rendre en France et qui sollicite un visa de long séjour en qualité de visiteur doit justifier de la nécessité dans laquelle il se trouve de résider en France pour un séjour de plus de trois mois. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où ce visa peut être refusé, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises, saisies d'une telle demande, disposent, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'un large pouvoir d'appréciation et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public, tel que le détournement de l'objet du visa, mais aussi sur toute considération d'intérêt général.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est le père des enfants D C et F C nés en 2010 et 2012, dont il a obtenu la garde exclusive par un jugement nigérian du 17 avril 2019 après dissolution de son mariage avec la mère des enfants. Il a épousé le 2 novembre 2019 à Lagos au Nigéria, Mme A E, ressortissante nigériane née en 1986. Il ressort des pièces du dossier que celle-ci s'est vu délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France, portant la mention " visiteur ", valable du 15 janvier 2021 au 15 janvier 2022, valant titre de séjour. Mme E est mère de deux enfants de nationalité française, nées en 2014 et en 2018 à Lagos d'une précédente relation et d'un enfant de nationalité nigériane né en 2007. M. C soutient qu'il entend rejoindre sa nouvelle épouse qui réside en France dans les Yvelines, accompagné de ses propres enfants D C et F C. Il explique qu'il souhaite poursuivre son activité professionnelle au Nigéria où il soutient occuper un poste de directeur général d'une société lui permettant d'alterner entre des périodes intenses de travail et de longues périodes d'inactivité pendant lesquelles il indique qu'il souhaiterait venir en France pour y retrouver ses deux enfants, qu'il a inscrits dans des établissements scolaires français, son épouse et les enfants de celle-ci. En se bornant à produire un calendrier annuel faisant apparaitre quatre périodes d'inactivité par an, d'une durée d'un à deux mois chacune, M. C ne démontre pas la nécessité d'obtenir un visa d'une durée supérieure à trois mois. Il ne démontre pas davantage, par conséquent, la nécessité de délivrer à ses deux enfants, sur lesquels il exerce seul l'autorité parentale, des visas d'une durée supérieure à trois mois. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en rejetant son recours contre la décision lui refusant ainsi qu'à ses deux enfants la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de visiteurs, la commission aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
10. Par ailleurs, la décision de la commission n'empêche ni le requérant de solliciter un visa de court séjour à entrées multiples pour rendre visite à son épouse en France, ni celle-ci, dans l'hypothèse du renouvellement de son droit de séjour, de déposer une demande de regroupement familial au profit du requérant, ou de se rendre au Nigéria avec ses filles pour y rendre visite à son époux. La décision attaquée n'a pas davantage pour effet de séparer M. C de ses enfants D et F, tous trois résidant au Nigéria. Par suite, le moyen de la requête tiré de l'atteinte disproportionnée portée par la décision de la commission au droit des demandeurs de visa au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté. Le requérant ne démontre pas davantage l'existence d'une discrimination contraire à l'article 14 de cette même convention.
11. De même, la décision n'ayant pas pour effet de séparer les enfants D et F de leur père, titulaire de la totalité de l'autorité parentale sur eux, le moyen de la requête tiré de l'atteinte excessive portée par cette décision à l'intérêt supérieur des deux enfants au sens de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.
12. Enfin, le moyen de la requête tiré de la méconnaissance de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut qu'être écarté.
Sur les conclusions accessoires :
13. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter également par voie de conséquence les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026