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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202222

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202222

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2022, Mme C B, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte, en application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de Me Rodrigues Devesas, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour l'intéressée de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnait l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale pour les mêmes motifs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés pour Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 2 février 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise née en 1979, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions ont été codifiées à l'article L. 423-23 du même code à compter du 1er mai 2021. Par l'arrêté attaqué du 13 septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à cette demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours, tout en fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

2. L'arrêté attaqué est signé par Mme E, pour le préfet. Par un arrêté du 31 août 2021 régulièrement publié, le préfet de la Loire-Atlantique, a donné délégation à Mme E, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour assorties d'une mesure d'obligation de quitter le territoire et d'une décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. L'arrêté attaqué mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de la Loire-Atlantique pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour de Mme B et de l'admettre au séjour à titre exceptionnel. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus de titre de séjour, et par suite conformément au dernier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celui tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Il résulte des dispositions précitées que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de ces motifs.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France au mois de juin 2018, accompagnée de son fils né en 2010, puis s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire français, à l'expiration de la durée de validité de son visa. En dehors de son fils mineur dont elle assure seule l'éducation, la requérante ne dispose pas d'attaches familiales sur le territoire français et ne justifie pas de liens d'une autre nature. En outre, Mme B, dont la présence en France est récente, ne conteste pas avoir des membres de sa famille en République du Congo où elle a, elle-même, vécu jusqu'à l'âge de 39 ans. Par suite, et alors même que son fils est scolarisé en France depuis septembre 2018 et qu'il venait de débuter son année de sixième à la date de l'arrêté attaqué, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait, sur le territoire français, des liens d'une intensité telle que la décision refusant de faire droit à sa demande de titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Les circonstances invoquées ne sont pas davantage de nature à caractériser des motifs exceptionnels justifiant qu'il soit fait application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée, le fils de A B était scolarisé en France depuis trois ans et venait d'entrer en classe de sixième. Il n'est toutefois, pas contesté que l'intéressé qui a vocation à suivre sa mère en cas de retour en République du Congo, pourra être scolarisé dans ce pays où réside toujours son père et où il a vécu pendant huit ans. Par suite, et alors même qu'il a noué en France des relations amicales, la décision attaquée qui n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer l'enfant de l'un de ses parents, et ne porte pas davantage atteinte à l'un de ses droits fondamentaux, ne méconnait pas l'intérêt supérieur de l'enfant, consacré à l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. Conformément à ce qui est dit aux points précédents, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées, ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire à l'encontre de laquelle elle n'invoque pas de moyens propres et se borne, sans précisions supplémentaires, à renvoyer aux développements relatifs à la légalité du refus de titre de séjour. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 avril 2023.

La rapporteure,

Y. D

Le président,

T. GIRAUD

La greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Le greffier,

N°220222

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