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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202224

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202224

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 février 2022 et 25 janvier 2023, M. D A, représenté par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous la même astreinte, et de le munir, dans l'intervalle, d'une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour l'intéressé de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation et méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés pour M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 7 mars 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Smati, avocat du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en 1992, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 25 novembre 2021, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de faire droit à cette demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, tout en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrer un titre de séjour :

2. L'arrêté attaqué mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de Maine-et-Loire pour prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus de titre de séjour ne saurait être accueilli.

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Il résulte des dispositions précitées que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de ces motifs.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France au mois de juillet 2017 et a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par la cour nationale du droit d'asile, le 15 juillet 2019. Il a alors fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, puis a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été déclarée irrecevable, tant par l'office français de protection des réfugiés et apatrides que la cour nationale du droit d'asile au mois de mars 2021. S'il soutient entretenir une relation avec Mme B, une compatriote résidant régulièrement sur le territoire français, il ne justifie pas de l'ancienneté de cette relation, ni de la réalité de la vie commune dont il se prévaut à compter du mois d'août 2020. Ainsi, alors que le préfet s'est fondé sur le caractère non justifié du concubinage et fait valoir que sa compagne alléguée déclare vivre seule auprès de la caisse d'allocations familiales, le requérant se prévaut quasi-exclusivement d'éléments reposant sur les seules déclarations de Mme B, en produisant uniquement quelques photographies, une attestation de l'intéressée et un document de la caisse d'allocations familiales faisant apparaitre que, postérieurement à la décision attaquée, cette dernière a déclaré vivre en couple depuis le mois d'août 2020. S'il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que M. A est le père de l'enfant Abou A né le 29 juillet 2021 de sa relation avec Mme B, et s'il soutient s'occuper quotidiennement de son fils, notamment lorsque sa compagne travaille, il n'apporte que très peu d'éléments pour justifier des liens entretenus avec son fils et de sa participation à l'entretien et l'éducation de ce dernier. En tout état de cause, si M. A et sa compagne souhaitent fixer durablement leur cellule familiale sur le territoire, il appartient à cette dernière de solliciter une autorisation de regroupement familial au bénéfice du requérant. Eu égard à l'ensemble de ces éléments et alors même qu'il justifie avoir participé à plusieurs activités associatives principalement en 2018 et 2019, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation et aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant son admission exceptionnelle au séjour. Pour les mêmes motifs et alors que le requérant est également père de deux enfants résidant en Guinée, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent également être écartés.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Le 3° de l'article L. 611-1 est notamment relatif à l'hypothèse où l'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit précédemment la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

7. L'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, doit être écarté.

8. Eu égard à ce qui est dit au point 5, M. A qui reprend les mêmes éléments qu'au soutien de ses conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour, n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

9. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, les moyens tirés par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Sa requête doit, par suite, être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Smati.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 février 2023.

La rapporteure,

Y. C

Le président,

T. GIRAUD

La greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Le greffier,

N°2202224

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