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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202283

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202283

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantFLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 février 2022 et 24 février 2023, M. A F, représenté par Me Boezec, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 19 juillet 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Des pièces communiquées par le préfet de la Loire-Atlantique ont été enregistrées le 19 janvier 2023.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Barbe, substituant Me Boezec, avocat de M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant algérien, déclarant être entré en France le 19 juin 2018, est marié depuis le 6 juin 2020 à Mme B, de nationalité française. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en tant que conjoint de ressortissante française. Par une décision du 19 juillet 2021, dont M. F demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 18 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, et les dispositions des articles L. 511-1, L. 513-2 et L. 513-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que M. F n'établit pas la régularité de son entrée en France, dès lors qu'il n'a pas respecté l'obligation qui lui incombait de déclarer son entrée sur le territoire, et qu'il ne remplit donc pas les conditions fixées par le 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer une carte de séjour sur le fondement de cet article. L'arrêté attaqué précise également qu'il n'est marié avec une ressortissante française que depuis le 6 juin 2020, et qu'il n'est pas dénué d'attaches dans son pays d'origine. Cette décision comporte ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, un exposé suffisant des motifs de droit et de fait qui la fondent. Il résulte par ailleurs des termes de cette motivation que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. F. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'absence d'examen doivent être écartés comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / ()/ 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus / () ".

5. Pour refuser à M. F le bénéfice du titre de séjour sollicité, le préfet s'est fondé sur les circonstances que l'intéressé n'établissait pas être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il ne pouvait par suite solliciter un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-2° de l'accord franco-algérien.

6. Il ressort des pièces du dossier que si M. F déclare être entré en France le 19 juin 2018, il est constant qu'il ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, faute notamment d'avoir déclaré son entrée sur le territoire. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir qu'il remplissait les conditions prévues par le 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer un certificat de résidence de plein droit. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas, en refusant de lui délivrer le certificat litigieux, méconnu les stipulations de cet article.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. M. F fait valoir entretenir une relation avec Mme B depuis 2016 et une communauté de vie depuis la fin de l'année 2018, toutefois, les pièces communiquées établissent la réalité d'une communauté de vie postérieurement au mariage, le 6 juin 2020, à l'exception d'une unique attestation d'un proche faisant état d'une communauté de vie à compter du début de l'année 2020. En outre, alors que son mariage demeure récent à la date de la décision attaquée, M. F, qui a vécu en Algérie jusqu'à l'âge de trente-six ans, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Enfin, il ne justifie pas d'une impossibilité de quitter le territoire français en vue d'y revenir, muni d'un passeport cette fois revêtu d'un visa de long séjour, et rien ne fait obstacle à ce que son épouse puisse lui rendre visite ailleurs qu'en France, notamment en Algérie. Ainsi, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, M. F n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de lui délivrer un certificat de résidence algérien en qualité de conjoint de ressortissante française.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. M. F fait valoir que la décision attaquée préjudice aux intérêts du fils de sa conjointe qu'il considère comme son propre fils. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que M. F s'entend bien avec le fils de sa conjointe, âgé de 17 ans à la date de la décision attaquée, il ne justifie pas d'un investissement particulier dans l'éducation de celui-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. F invoque à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire, doit être écarté.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, M. F n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. F invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, M. F n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. F doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à Me Boezec et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

C. C

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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