mardi 2 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2202311 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ATLANTIQUE AVOCATS ASSOCIES (SAINT-HERBLAIN) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 février 2022, M. B C, représenté par Me Vaubois, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'ordonner au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- la décision attaquée est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été précédée de l'avis de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur d'appréciation, dès lors que le préfet n'est pas tenu de rejeter la demande de titre de séjour en présence d'un document d'état civil présumé inauthentique ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie être père d'un enfant français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Des pièces communiquées par le préfet de la Loire-Atlantique ont été enregistrées le 19 janvier 2023.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant béninois, déclare être entré sur le territoire français le 28 décembre 2017. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'une enfant française, née le 5 juillet 2020 à Nantes. Par une décision du 21 décembre 2021, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
4. Pour refuser de délivrer à M. C un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 précité, le préfet a, d'une part, retenu que les actes d'état civil produits par ce dernier étaient apocryphes et qu'il ne pouvait dès lors justifier de son état civil et, d'autre part, qu'il était inscrit au fichier des personnes recherchées suite à un mandat d'arrêt délivré pour des faits d'importation non autorisée de stupéfiants et de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement.
5. En premier lieu, pour justifier de son état civil, M. C qui déclare être né le 15 janvier 1987 à Cotonou (Bénin), a produit un acte de naissance dressé le 18 février 1987 par le maire de la commune de Xwlakoji. Pour renverser la présomption de validité des actes d'état civil établis à l'étranger et affirmer qu'en raison de son caractère inauthentique l'intéressé ne justifiait pas de son identité, le préfet de la Loire-Atlantique, qui a produit les courriels des services de la police aux frontières émettant des réserves sur l'authenticité des actes d'état civil produits, a considéré que la naissance n'avait pas été déclarée dans le délai de 10 jours prévu par l'article 60 du code des personnes et de la famille béninois. Il résulte cependant des termes de cet article que ce délai pouvait être de trois mois avant l'installation effective des organes décentralisés, installation dont la date n'est pas précisée par le préfet. Dans ces conditions, cette circonstance ne suffit pas à ôter à l'acte ainsi produit son caractère probant. Par ailleurs, pour justifier de son identité, M. C produit une carte d'identité consulaire délivrée par l'ambassade de la République du Bénin en France et dont l'authenticité n'est pas contestée. Ainsi, le requérant est fondé à soutenir que c'est à tort, que pour refuser de lui délivrer le titre de séjour prévu à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique a considéré que l'intéressé n'a pas justifié de son état civil.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour lorsqu'il envisage de refuser de délivrer un titre de séjour dont la délivrance est prévue de plein droit que si l'étranger remplit effectivement l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée cette délivrance, mais non de la saisir du cas de tous les étrangers se prévalant d'une telle délivrance. La circonstance que la présence en France d'un étranger menace l'ordre public, si elle est le cas échéant propre à justifier légalement le refus de délivrer de plein droit un titre de séjour à cet étranger alors même qu'il en remplit les conditions, ne dispense en revanche pas le préfet de son obligation de saisir la commission du titre de séjour.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. C est père d'un enfant français né le 5 juillet 2020, et il n'est pas contesté qu'il vit avec cet enfant, à l'éducation duquel il contribue, ainsi qu'avec sa compagne de nationalité française. Si, ainsi que l'a relevé le préfet pour refuser de délivrer à M. C un titre de séjour en sa qualité de père d'enfant français, la présence de celui-ci en France est susceptible d'être considérée comme une menace pour l'ordre public à raison de son inscription sur le fichier des personnes recherchées suite à la délivrance par un juge d'instruction, le 26 novembre 2019, d'un mandat d'arrêt pour des faits d'importation non autorisée de stupéfiants et de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement, cette circonstance ne pouvait toutefois dispenser le préfet de l'obligation de saisir la commission départementale du titre de séjour. Il est constant que cette instance n'a pas été consultée. Il en résulte que M. C est fondé à soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 21 décembre 2021 du préfet de la Loire-Atlantique refusant de lui délivrer un titre de séjour. Il est, par voie de conséquence, fondé à demander également l'annulation de la décision préfectorale portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique uniquement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. M. C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Vaubois, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 21 décembre 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer la situation de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Vaubois, avocate de M. C, la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Vaubois renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D C, à Me Vaubois et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Degommier, président,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Martel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.
La rapporteure,
C. A
Le président,
S. DEGOMMIERLa greffière,
F. MERLET
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026