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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202429

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202429

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantATTIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2022, M. C B A, représenté par Me Attia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 24 août 2021 par laquelle le préfet du Val d'Oise a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation°;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

M. B A soutient que :

- la compétence du signataire de la décision préfectorale du 24 août 2021 n'est pas établie ;

- la décision préfectorale du 24 août 2021 est dépourvue de timbre ou de cachet du service ou de l'entité d'où émane la décision ;

- la décision du 24 août 2021 et la décision implicite de rejet du 15 janvier 2022 ne sont pas suffisamment motivées ;

- la décision du 24 août 2021 et la décision implicite de rejet du 15 janvier 2022 reposent sur une procédure irrégulière, les critères de sélection étant subjectifs ;

- la décision du 24 août 2021 et la décision implicite de rejet du 15 janvier 2022 sont entachées d'une erreur de droit, dès lors qu'elles méconnaissent l'article 21-24 du code civil et le décret n°2012-127 du 30 janvier 2012 approuvant la charte des droits et devoirs du citoyen français et le livret de citoyen, qui n'établissent aucun examen de passage ;

- la décision du 24 août 2021 et la décision implicite de rejet du 15 janvier 2022 reposent sur un détournement de pouvoir ;

- la décision du 24 août 2021 et la décision implicite de rejet du 15 janvier 2022 méconnaissent le principe d'égalité ;

- la décision du 24 août 2021 et la décision implicite de rejet du 15 janvier 2022 sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision du 24 août 2021 et la décision implicite de rejet du 15 janvier 2022 méconnaissent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusion dirigées contre la décision préfectorale du 24 août 2021 sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Brémond, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant portugais, demande au tribunal d'annuler la décision implicite née le 15 janvier 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision du 24 août 2021 par laquelle le préfet du Val d'Oise a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993, les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi la fin de non-recevoir opposée par le ministre doit-elle être accueillie, les conclusions dirigées contre la décision préfectorale étant irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

En ce qui concerne la légalité externe :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B A aurait demandé communication des motifs de la décision ministérielle rejetant implicitement son recours préalable obligatoire. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En second lieu, M. B A a bénéficié de l'entretien d'assimilation prévu par les dispositions de l'article 41 du décret du 30'décembre 1993, ainsi qu'en atteste le procès-verbal d'entretien produit par le ministre en date du 29 juillet 2021. Il ressort de ce procès-verbal d'entretien que l'évaluation de sa connaissance de l'histoire, de la culture et de la société française a été effectuée à partir des réponses qu'il a apportées aux questions posées, selon des critères objectifs. Par suite, M. B A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée repose sur une procédure irrégulière.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré de connaissance par le postulant de l'histoire, de la culture et de la société françaises et des droits et devoirs conférés par la nationalité française.

6. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de M. B A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que les réponses qu'il a apportées lors de son entretien mené en préfecture en vue d'évaluer son niveau de connaissance de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, des droits et devoirs conférés par la nationalité française et de son adhésion aux principes et valeurs essentiels de la République, témoignent d'une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France et aux règles de vie en société tenant aux principes, aux symboles et aux institutions de la République.

7. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 21-24 du code civil et du décret du 30 janvier 2012 est inopérant dès lors que la décision attaquée se fonde sur les dispositions des articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993.

8. En deuxième lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

9. En troisième lieu, l'accès à la nationalité française ne constituant pas un droit pour l'étranger qui la sollicite, le refus d'accorder la naturalisation à M. B A n'est pas constitutif d'une atteinte au principe d'égalité.

10. En quatrième lieu, il ressort du compte rendu d'entretien d'assimilation, établi par les services de la préfecture du Val d'Oise le 29 juillet 2021, que M. B A, interrogé par les services préfectoraux, n'a notamment pas été en mesure d'expliquer les évènements liés au 14 juillet, à la Révolution française et ne connaissait pas Louis XVI. De plus, l'intéressé ignorait les dates de la Seconde Guerre mondiale et les évènements liés au 8 mai 1945. En outre, il ne connaissait ni la devise ni le nom du symbole de la République française, ni celui d'un écrivain français. Par ailleurs, le requérant n'a pas su définir les principes de démocratie, d'égalité, de fraternité et de laïcité. Dans ces conditions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, ajourner à deux ans la demande de naturalisation de M. B A pour les motifs mentionnés ci-dessus sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

11. En cinquième lieu, la décision par laquelle une demande d'acquisition de la nationalité française est rejetée ou ajournée n'est pas, par nature, susceptible de porter atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale de la personne qui la sollicite. La décision attaquée n'emporte par elle-même aucune modification dans les conditions d'existence de M. B A. Il ne peut dès lors utilement se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales. En outre, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-discrimination résultant de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ne peut être utilement soulevé indépendamment de l'invocation du droit ou de la liberté garantis par la convention dont la jouissance est affectée par la discrimination alléguée. Le droit pour un étranger d'acquérir la nationalité d'un État signataire de cette convention n'est pas au nombre des droits et libertés reconnus par celle-ci. Par suite, M. B A ne saurait utilement invoquer la méconnaissance, par la décision contestée, de ces stipulations.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

La présidente,

H. DOUETLa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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