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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202435

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202435

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202435
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantALDEGUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 25 février 2022 et le 1er août 2022, Mme B D veuve C, représentée par Me Aldeguer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'ascendante d'un ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire réexaminer son dossier ou de lui faire délivrer le visa de long séjour sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il appartient à la commission de verser aux débats le procès-verbal de réunion de l'avis de la commission afin de vérifier sa réunion effective et le respect des règles de quorum ;

- il appartient à la commission de justifier que la demande prévue à l'article D. 312-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a bien été faite ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'elle justifie de l'aide financière procurée par son fils et dispose d'une couverture médicale ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante tunisienne née en 1952, demande au tribunal d'annuler la décision du 22 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français ou de son conjoint.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Aux termes de l'article D. 312-5 du même code : " Le président de la commission mentionnée à l'article D. 312-3 est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; / 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur. / Le président et les membres de la commission sont nommés par décret du Premier ministre pour une durée de trois ans. Pour chacun d'eux, un premier et un second suppléant sont nommés dans les mêmes conditions ". L'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prévoit que cette commission " délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis ".

3. Il ressort de la feuille d'émargement de la séance du 22 décembre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France lors de laquelle a été examiné le recours de Mme D, qu'étaient alors présents le second suppléant du président, la seconde suppléante du représentant du ministère de l'intérieur, le représentant de la juridiction administrative et le second suppléant du représentant du ministère chargé de l'immigration. Par suite, à supposer que la requérante ait entendu soulever le moyen tiré du non-respect par la commission des règles de composition et de quorum, un tel moyen ne peut qu'être écarté.

4. Aux termes de l'article D. 312-6 du même code : " Les autorités diplomatiques ou consulaires, les services du ministère des affaires étrangères et les services du ministère chargé de l'immigration fournissent à la commission mentionnée à l'article D. 312-3, sur sa demande, les informations utiles à l'examen des recours dont elle est saisie. "

5. En se bornant à soutenir qu'il appartient à la commission de justifier qu'elle a demandé au poste consulaire, en application des dispositions précitées de l'article D. 312-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de lui fournir toutes les informations utiles à l'examen du recours, sans préciser quels éléments auraient été omis dans le cadre de cet examen, la requérante n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. La commission a rejeté le recours de Mme D en application des articles L. 211-1 et suivants, L. 313-6 et suivants et L. 314-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux motifs que l'intéressée ne justifiait pas de la prise en charge de ses éventuelles dépenses médicales et hospitalières pendant toute la durée du séjour envisagé et qu'elle ne prouvait pas être sans ressources ni être bénéficiaire de virements financiers consistants et réguliers depuis une période significative de la part de son fils résidant en France. La décision énonçant ses motifs de droit et de fait, le moyen de la requête tiré de l'insuffisance de sa décision ne peut qu'être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial () ". L'article L. 411-1 du même code, auquel se réfère l'article L. 423-11 qui subordonne la délivrance de cartes de résidents aux ascendants à charge de ressortissants français et de leurs conjoints à la présentation d'un visa de long séjour, prévoit que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour ; () ".

8. Lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour par un ressortissant étranger faisant état de sa qualité d'ascendant à charge de ressortissant français, les autorités consulaires peuvent légalement fonder leur décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

9. La requérante produit une attestation du président directeur général de la caisse nationale de sécurité sociale du 13 septembre 2021 certifiant qu'elle perçoit une pension de vieillesse d'un montant mensuel bruts de 275,733 dinars tunisiens. S'il ressort de la documentation jointe au mémoire en défense, non sérieusement contestée par la requérante, qu'en Tunisie, le salaire mensuel minimum garanti est, depuis le mois de janvier 2021, de 429,312 dinars pour 48 heures de travail hebdomadaire et de 365,732 dinars pour 40 heures de travail hebdomadaire, il ressort des écritures en réplique de Mme D que l'intéressée, qui justifie du décès de son époux le 28 septembre 2020, indique percevoir une pension de réversion mais n'en chiffre pas le montant et se borne à soutenir que celle-ci ne lui permet pas de faire face à ses besoins quotidiens. La requérante ne justifie dès lors pas précisément du niveau de ses ressources propres. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme D est la mère de M. A C, de nationalité française, né en 1983, vivant en France avec son épouse, également de nationalité française et que le couple, dont il est soutenu qu'ils étaient parents d'un enfant à la date de la décision litigieuse, déclarait au titre de l'année 2020 un revenu fiscal de référence de 78 648 euros. S'il ressort d'un acte établi le 15 septembre 2021 que le couple s'est engagé sur l'honneur à prendre en charge financièrement Mme D lors de son séjour en France, il ressort des pièces du dossier que les versements d'argent de M. C à sa mère, bien que portant sur des montants non négligeables, ne débutent qu'au mois de mai 2020 et que seuls deux virements ont été effectués en 2021. La requérante ne peut dès lors, et en tout état de cause, être regardée comme justifiant de ce que son fils pourvoirait à ses besoins de façon régulière et depuis une période significative. Les moyens de la requête tirés de l'erreur de fait commise par l'administration sur ce point, et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par l'administration doivent donc être écartés.

10. Si la requérante verse au dossier une attestation de souscription d'un contrat d'assurance " Assistance voyage à l'étranger " valable du 25 janvier 2022 au 24 janvier 2023, ainsi qu'une proposition de souscription d'un autre contrat d'assurance, il est constant que la période de validité de l'assurance médicale souscrite et la proposition de contrat, au demeurant non validée, sont postérieures à la date de la décision attaquée. Mme D n'est donc pas fondée à soutenir qu'en retenant l'absence de justification d'une assurance pour ses éventuelles dépenses médicales et hospitalières la commission aurait commis une erreur de fait ou une erreur d'appréciation.

11. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en confirmant le refus de délivrance d'un visa de long séjour opposé à Mme D, qui ne nie pas avoir passé l'essentiel de sa vie en Tunisie où vivent ses deux autres enfants, et qui s'est déjà rendue en France sous couvert d'un visa de court séjour, la commission aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission n'aurait pas procédé à un examen particulier de la demande de Mme D.

13. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 22 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision refusant de délivrer à Mme D un visa de long séjour en qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français.

Sur les conclusions accessoires :

14. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions de la requête tendant au prononcé d'une mesure d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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